
1713JU – Denier César – Quintus Voconius Vitulus
Avers : DIVI·IVLI (Divi Iulii, Au divin Jules)
Tête laurée de Jules César à droite. Derrière le buste, un lituus.
Revers : Q. VOCONIVS // VITVLVS (Quintus Voconius Vitulus)
Veau à gauche.
INDICE DE RARETE : 9
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10+
ATELIER : Rome
Datation : 40 avant J.C.
Matière : Argent
Gentes : Voconia et Julia
Références : RRC 526/2 – B.2 (Voconia) – Syd. 1132
Frappé en 40 av. J.-C. par le monétaire Q. Voconius Vitulus, ce denier est un témoignage iconographique majeur de la transition entre la République et l’Empire. Il s’inscrit dans une stratégie de légitimation menée par le jeune Octave (futur Auguste).
1. L’Avers : La Divinisation de César
L’avers présente le buste lauré de Jules César, marqué par la légende DIVI IVLI.
Le Lituus : Situé derrière la nuque de César, cet instrument liturgique (le bâton recourbé des augures) rappelle que César appartenait au collège des Augures. C’est un rappel de sa pietas et de sa connexion privilégiée avec les dieux.
Le Titre de Divus : En 42 av. J.-C., le Sénat a officiellement reconnu César comme une divinité (Divus Iulius). Cette monnaie, frappée deux ans plus tard, est l’un des premiers supports de diffusion de ce nouveau statut. Pour Octave, il ne s’agit pas seulement d’honorer son père adoptif, mais d’affirmer sa propre identité de Divi Filius (fils d’un dieu).
2. Le Revers : Jeux de Mots et Identité de Famille
Le revers illustre un veau (ou un taurillon) marchant à gauche, entouré du nom du monétaire Q. VOCONIVS VITVLVS.
Type Parlant (Canting Type) : Le choix du veau est un jeu de mots visuel sur le cognomen du monétaire, Vitulus, qui signifie littéralement « veau » en latin. C’était une pratique courante chez les magistrats monétaires romains pour marquer l’identité de leur gens.
Le Statut de Vitulus : Q. Voconius Vitulus est désigné comme Quaestor Designatus. Le fait qu’il consacre l’avers à César plutôt qu’à une divinité républicaine traditionnelle montre l’alignement total de la magistrature romaine sur les intérêts du parti césarien à cette époque.
3. Contexte de Production (40 av. J.-C.)
L’année 40 av. J.-C. est une période de tensions extrêmes :
Le Siège de Pérouse : Octave vient de remporter la guerre de Pérouse contre Fulvie et Lucius Antonius (femme et frère de Marc Antoine).
Propagande et Paix de Brindes : La frappe de ce denier coïncide avec les négociations qui mèneront au traité de Brindes, redistribuant le monde romain entre les triumvirs. En affichant le portrait de César, Octave rappelle à l’armée et au peuple que c’est lui le seul héritier légitime de l’héritage césarien, face à Marc Antoine.
Le Magistrat : Quintus Voconius Vitulus
Bien que son nom figure sur l’une des monnaies les plus prestigieuses de la fin de la République, l’homme derrière la frappe reste une figure relativement mystérieuse de l’histoire romaine.
1. Identité et Rang
Quintus Voconius Vitulus appartient à la gens Voconia, une famille plébéienne qui n’atteint les hautes sphères de l’État qu’assez tardivement.
Titre : Sur les monnaies (notamment le denier RRC 526/4), il est qualifié de Q. DESIGN. S. C. (Quaestor Designatus Senatus Consulto). Cela signifie qu’il était questeur désigné au moment de la frappe et qu’il agissait par décret du Sénat.
Fonction : Il fait partie du collège des magistrats monétaires de l’année 40 av. J.-C. Son collègue connu pour cette même année est Tiberius Sempronius Gracchus (RRC 525).
2. Origines : La Gens Voconia
La famille est principalement connue pour deux autres membres illustres :
Q. Voconius Saxa : Tribun de la plèbe en 169 av. J.-C., célèbre pour la Lex Voconia (approuvée par Caton l’Ancien), qui limitait le droit des femmes à hériter de grandes fortunes.
Q. Voconius Naso : Préteur et juge lors du célèbre procès de Cluentius plaidé par Cicéron en 66 av. J.-C.
3. Allégeance Politique
Voconius Vitulus est un partisan déclaré d’Octave. À une époque où le pouvoir est disputé entre les triumvirs, le choix de faire figurer le portrait d’Octave (avec la barbe de deuil) et celui du divin Jules César sur ses émissions montre une loyauté sans faille au camp césarien.
Il est l’un de ces « nouveaux hommes » ou partisans de rang intermédiaire à qui Octave confie la gestion de l’atelier monétaire de Rome pour saturer l’espace public de sa propre image et de celle de son père adoptif.
4. Le Symbolisme du « Veau » (Vitulus)
Le choix du revers de l’aureus (le veau) est une signature héraldique personnelle :
C’est un type parlant : en latin, vitulus signifie « veau ».
Cette pratique, typiquement républicaine, permettait au magistrat de marquer la monnaie de son identité familiale tout en servant l’autorité supérieure (ici Octave).
Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon
Les Voconii ne font leur apparition dans l’histoire romaine que dans les derniers siècles de la république. On connaît notamment Q. Voconius Saxa, tribun du peuple en 585 (169 av. J.-C.), auteur de la loi Voconia défendue par Caton l’Ancien; Q. Voconius Naso, juge dans le procès de Cluentius plaidé par Cicéron, en 688(66 av. J.-C.); et enfin Q. Voconius Vitulus, qui remplit la charge de monétaire.
Q. Voconius Vitulus n’est connu que par les médailles qui le qualifient de quaeslor designalus; son collègue qui a aussi frappé monnaie était Ti. Sempronius Gracchus. Les médailles de Voconius ont, au revers, un veau, emblème du surnom du monétaire; elles portent au droit, les unes, l’effigie de Jules César, et les autres celle d’Octave; elles ont été frappées peu d’années après la mort de Jules César, sous le triumvirat d’Octave, Antoine et Lépide, selon l’opinion de Borghesi.
La barbe que porte Octave, en signe de deuil à cause de la mort de Jules César, fait placer ces médailles au temps de la guerre contre Sex. Pompée en 716-718. Elles ne sauraient, en effet, être postérieures, car Dion Cassius nous apprend que c’est après la guerre contre Sextus Pompée qu’Octave se rasa pour la première fois depuis la mort de César. Les médailles de Q. Voconius Vitulus ne sauraient, d’autre part, être antérieures à l’an 713 (41 av. J.-C.), car Jules César ne reçut le titre de divus que le V des kalendes de décembre 712 (42 av. J.-C.). Ce titre paraissant sur toutes les médailles, il faut donc renoncer à les classer en 711 (43 av. J.-C.) comme on l’a fait souvent. Fr. Lenormant croit qu’on peut placer la date de la magistrature de Ti. Sempronius Graccus et de Q. Voconius Vitulus vers les années 713 et 714 (41 et 40 av. J.-C.). C’est l’époque où, des trois triumvirs, Octave seul était demeuré en Italie; ainsi on s’expliquerait pourquoi les questeurs urbains ont mis, sur leurs espèces, son effigie à l’exclusion de celle de ses deux collègues. La mention senalus consulto indique que les questeurs urbains frappaient sous l’autorité du sénat qui, alors, était réconcilié avec Octave auquel il avait concédé le droit d’effigie monétaire.
Lieux de découverte (7 exemplaires)