
1674AR – Denier Arria – Marcus Arrius Secundus
INDICE DE RARETE : 10
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ATELIER : Rome
Datation : 41 avant J.C.
Matière : Argent
Gens : Arria
Références : RRC 513/2 – B.2 (Arria) – Syd.1084
Ce denier, frappé en 41 av. J.-C., est l’un des témoignages les plus fascinants de la transition entre la République et le Principat. À cette époque, le collège des monétaires tente de maintenir ses privilèges traditionnels tout en naviguant dans les eaux troubles des guerres civiles.
1. Un Symbolisme de Valeur Militaire (Le Revers)
Le revers de cette pièce est un hommage direct aux dona militaria (récompenses militaires) obtenues par le père du monétaire, Quintus Arrius.
La Hasta Pura : Placée au centre, cette lance sans pointe de fer était une décoration honorifique décernée pour un acte de bravoure exceptionnel.
La Couronne de Laurier et la Phalère : Flanquant la lance, ces éléments soulignent le prestige de la Gens Arria. Selon les sources historiques, ces honneurs auraient été acquis lors de la lutte contre l’insurrection de Spartacus, notamment lors de l’engagement contre Crixus.
Signification : Le monétaire utilise le revers pour légitimer sa position sociale par le rappel de la virtus (vertu guerrière) de ses ancêtres.
2. L’Ambigüité du Portrait (L’Avers)
Le portrait à l’avers constitue le point le plus débattu par les numismates (notamment Alföldi et Woytek) :
L’Ancêtre ou le Triumvir ? Officiellement, le portrait représente Quintus Arrius. Cependant, les traits juvéniles et le profil sont étrangement proches de ceux du jeune Octave (futur Auguste).
Une Stratégie de « Double Jeu » : En 41 av. J.-C., Rome est déchirée entre les partisans d’Octave et ceux de Marc Antoine. En proposant un portrait « hybride » — qui ressemble à un chef contemporain tout en étant légalement identifié comme un ancêtre — Marcus Arrius Secundus pratique une forme de prudence politique. Si Octave triomphe, le monétaire peut revendiquer son allégeance ; s’il échoue, il peut plaider la simple piété familiale.
3. Le Contexte Historique : L’Année de la Guerre de Pérouse
L’année 41 av. J.-C. est marquée par la Guerre de Pérouse, un conflit fratricide au sein même du camp césarien. Le monnayage de cette année est le dernier souffle de l’indépendance des monétaires romains.
Peu après cette émission, Octave et Marc Antoine prendront un contrôle quasi total sur l’iconographie monétaire, remplaçant les gloires familiales des anciennes lignées par leur propre image et leurs propres réalisations.
Cette pièce est donc l’une des dernières monnaies où la petite noblesse romaine tente encore d’exister face à l’émergence des figures providentielles.
Marcus Arrius Secundus était un magistrat monétaire de la République romaine, actif vers 41 av. J.-C. (certaines sources comme Woytek suggèrent un début d’activité dès 43 av. J.-C. au sein d’un collège de quatre magistrats ou quatuorviri).
1. Origines et Famille (Gens Arria)
Il appartient à la Gens Arria, une famille plébéienne qui émerge sur la scène politique romaine au Ier siècle av. J.-C.
Filiation : Il est identifié comme le fils de Quintus Arrius, un personnage influent de l’époque de Cicéron.
L’héritage paternel : Son père, Quintus Arrius, fut préteur en 73 av. J.-C. Il s’illustra durant la Troisième Guerre Servile (révolte de Spartacus). Bien que la guerre ait été finalement remportée par Crassus, Quintus Arrius remporta une victoire décisive contre Crixus, l’un des lieutenants de Spartacus, au Mont Gargano, où périrent 20 000 rebelles. C’est cet exploit qui justifie les récompenses militaires (dona militaria) figurant sur l’aureus RRC 513/1.
2. Carrière et Contexte Politique
Marcus Arrius Secundus exerce ses fonctions durant la période troublée du Second Triumvirat.
Collège Monétaire : Il aurait fait partie d’un collège de quatuorviri (quatre magistrats) aux côtés de C. Clodius Pulcher, C. Numonius Vaala et L. Servius Rufus. Ce groupe de monétaires est célèbre pour avoir frappé des monnaies aux types très personnalisés, mêlant l’histoire de leurs familles respectives à des allusions politiques contemporaines.
Positionnement : Le portrait présent sur certains de ses deniers (RRC 513/3) présente une ressemblance frappante avec le jeune Octave (le futur Auguste). Cela suggère que Secundus était un partisan du camp césarien, utilisant l’ambiguïté du portrait (ancêtre vs leader vivant) pour naviguer dans le climat politique dangereux de l’époque.
3. Rôle de « Quatuorvir » du Sénat
Selon Ernest Babelon, Marcus Arrius Secundus était l’un des monétaires désignés par le Sénat pour frapper de l’or après le meurtre de Jules César. Cette mission visait à réaffirmer le pouvoir souverain de l’État en matière monétaire face aux émissions purement militaires des généraux en campagne.
Synthèse
« Fils du préteur Quintus Arrius, Marcus Arrius Secundus utilise son mandat monétaire en 41 av. J.-C. pour glorifier les succès de son père contre les esclaves révoltés de Spartacus. Son monnayage, d’une grande rareté, témoigne de la transition iconographique où l’hommage aux ancêtres commence à se confondre avec le culte des nouveaux chefs de guerre, comme Octave. »
Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon
Borghesi a consacré à l’histoire de la gens Arria une étude fort développée, et nous n’avons ici qu’à résumer les recherches de ce savant en ce qui concerne la numismatique. Le nom de Arria ou Aria dérive comme les noms Arruncia, Arrenia, Arrucia, et le cognomen Arruntanus, du prénom étrusque Arunte, qui lui-même vient du grec, nom du dieu Mars. L’existence, à l’époque de la république, de personnages du nom d’Arrius, en Campanie, à Rome, à Aquillée et dans la Gaule Cisalpine, est prouvée par de nombreuses inscriptions. Un des membres de la gens Arria, Q. Arrius, préteur en 681 (73 av. J.-C.), battit Crixus, un des lieutenants de Spartacus pendant la guerre Sociale ; il fit personnellement des prodiges de valeur, détruisit plus de trente mille ennemis, et obtint en récompense de ses exploits qui avaient sauvé la République, une couronne d’or, une haste et une phalère. Candidat malheureux au consulat pour l’année 695 (59 av. J.-C.) il est considéré comme la souche de la gens Arria à Rome.
Son fils, M. Arrius Secundus, est le seul des membres de la gens Arria qui ait occupé la charge de magistrat monétaire. Mommsen place la date de ses médailles qui sont assez rares, après la mort de César en 711 2 (43 av. J.-C.), et Fr. Lenormant recule cette date d une année, en 712. M. Arrius Secundus paraît avoir été quatuorvir monétaire avec C. Clodius C. f. Pulcher, C. Numonius Vaala et L. Servius Rufus. La pièce d’or qu’il fit frapper rentre dans la série des monnaies d’or peu nombreuses que le Sénat fit émettre après le meurtre du dictateur, en concurrence avec celles des généraux, pour marquer qu’il ressaisissait le pouvoir souverain. Sur ces aureus, on voit représentée, au droit, la Fortune du peuple romain, Forluna populi romani, que le Sénat croyait avoir rendue plus heureuse. On pourrait aussi supposer que cette tête de la Fortune rappelle le cognomen du monétaire, Secundus, et qu elle est un souvenir des exploits du préteur Q. Arrius qui, pendant la guerre Sociale, avait sauvé la fortune du peuple romain, mise en péril par Spartacus. Au revers de cette médaille et de la suivante, on voit la couronne de laurier, la haste et la phalère qui représentent les récompenses données au préteur Q. Arrius pour ses exploits. C’est la tête même de ce personnage, père du monétaire, et non, comme on l’a dit, celle d’Auguste barbu, qui figure sur les deniers 2 et 3. Enfin le revers du denier 3 rappelle encore les exploits de Q. Arrius : on le voit s’apprêtant à jeter une enseigne militaire au milieu des rangs ennemis, pour exciter ses soldats à la reconquérir. Le monétaire M. Arrius Secundus parait avoir succombé dans une expédition contre les Germains, sous Auguste.
Lieux de découverte (2 exemplaires)