
1621MU – Denier Mussidia – Lucius Mussidius Longus
Avers : Anepigraphe
Buste rayonnant et drapé de Sol de face.
Revers : L.MVSSIDI / LONGI CLOACIN (Lucius Mussidius Longus/ Cloacine)
Deux statues de Venus Cloacina sur plate-forme avec balustrade du lieu saint de Venus Cloacina. L’inscription sur la plate-forme est CLOACIN.
INDICE DE RARETE : 7
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10+
ATELIER : Rome
Datation : 42 avant J.C.
Matière : Argent
Gens : Mussidia
Références : RRC 494/43a – B.7 (Mussidia) – Syd.1094
L’étude de ce denier (frappé par L. Mussidius Longus en 42 av. J.-C.) révèle une symbolique complexe, mêlant aspirations à la paix civile et propagande liée au Second Triumvirat.
Voici une analyse approfondie du symbolisme et du contexte, telle que documentée sur LesDioscures.com :
1. Le revers : Le sanctuaire de Vénus Cloacina (Cloacina Sacrum)
Ce revers est l’un des plus célèbres de l’iconographie républicaine tardive pour son aspect architectural unique.
L’origine du lieu : Le sanctuaire était situé sur le Forum Romain, là où l’égout principal (Cloaca Maxima) entrait dans la zone du Forum. Selon la tradition, c’est à cet endroit précis que les Romains et les Sabins se sont réconciliés et purifiés après l’enlèvement des Sabines.
Le symbole de la « Purification » : Le nom Cloacina dérive du verbe latin cloare (purifier). En choisissant ce monument, le monétaire Mussidius Longus envoie un message politique fort : après l’assassinat de César et les proscriptions sanglantes, Rome a besoin de purification et de réconciliation.
Les deux statues : Elles représentent la déesse sous deux aspects ou symbolisent l’union des deux peuples fondateurs (Romains et Sabins), renforçant l’idée d’une unité retrouvée.
2. L’avers : Le buste de Sol (le Soleil)
Le choix de Sol au lieu d’une divinité plus traditionnelle comme Rome ou Jupiter n’est pas anodin.
Référence à l’Orient et à Rhodes : En 42 av. J.-C., le monde romain est déchiré. Les triumvirs (Octave, Marc Antoine et Lépide) s’apprêtent à affronter Brutus et Cassius en Orient. Sol est une divinité particulièrement associée à l’Orient et à l’île de Rhodes (célèbre pour son Colosse représentant Hélios/Sol). Cassius avait pillé Rhodes peu de temps auparavant ; l’image de Sol sur les monnaies triumvirales peut ainsi symboliser la « libération » ou la reconquête de ces territoires.
La Lumière après les Ténèbres : Le Soleil levant apporte l’espoir d’une ère nouvelle et d’un retour à l’ordre après le chaos de la guerre civile.
3. Contexte Historique : L’année 42 av. J.-C.
Cette monnaie est frappée à un moment charnière de l’histoire de Rome :
L’année de Philippes : C’est l’année de la bataille de Philippes, où les héritiers de César écrasent les « Libérateurs » (assassins de César).
Légitimation du pouvoir : L. Mussidius Longus fait partie d’un collège de monétaires qui soutiennent activement le Second Triumvirat. Parallèlement à ce type « mythologique », il frappe également des deniers avec les portraits d’Octave, de Marc Antoine et de Lépide, ainsi que le portrait de Jules César divinisé.
Propagande de Paix : Alors que les armées se rassemblent pour une confrontation finale, l’utilisation d’images liées à la concorde (Vénus Cloacina) tente de présenter les triumvirs non comme des chefs de guerre, mais comme les restaurateurs de la paix et de la piété romaine.
Lucius Mussidius Longus est un personnage dont la trace historique repose quasi exclusivement sur son activité de monétaire (magistrat chargé de la frappe des monnaies). Malgré cette discrétion dans les textes anciens, ses émissions monétaires sont parmi les plus riches en symbolisme de la fin de la République.
Voici ce que l’on sait de lui et de sa fonction :
1. Un « Homme Nouveau » au service des Triumvirs
Origine familiale : La gens Mussidia était une famille plébéienne mineure, probablement originaire de Sulmona (pays des Paeligni). Lucius est considéré comme un « homme nouveau » (novus homo), parvenu à des responsabilités grâce à son ralliement à la cause des héritiers de César.
Carrière : Après avoir été monétaire en 42 av. J.-C., il semble avoir poursuivi sa carrière sous Auguste. Certaines sources l’identifient comme le Lucius Mussidius qui fut proconsul de Sicile, où il fit également frapper des monnaies de bronze locales.
Descendance : Son allégeance politique a porté ses fruits pour sa famille, puisque son fils (ou petit-fils), Titus Mussidius Pollianus, a atteint le rang prestigieux de consul sous le règne de Caligula.
2. Membre du Collège des Quattuorviri (42 av. J.-C.)
Lucius Mussidius Longus n’exerçait pas seul. En 42 av. J.-C., les membres du Second Triumvirat (Octave, Marc Antoine, Lépide) ont porté le nombre de magistrats monétaires de trois à quatre pour faire face aux besoins financiers colossaux de la guerre contre les assassins de César. Il faisait partie de ce collège de Quattuorviri Monetales aux côtés de :
P. Clodius
L. Livineius Regulus
C. Vibius Varus
3. Son rôle politique et monétaire
Sous le titre de IIII VIR A.P.F. (Quattuorvir chargé de la frappe de l’or et de l’argent), sa mission était double :
Financement militaire : Produire massivement des deniers et des aurei pour payer les légions avant la bataille décisive de Philippes.
Propagande : Ses pièces, dont le fameux denier au portrait de César (RRC 494/39), servaient à légitimer le pouvoir des triumvirs en rappelant leur lien avec le dictateur divinisé.
4. Ses types monétaires célèbres
Outre le portrait de César, Mussidius Longus est connu pour deux autres types majeurs qui témoignent de ses attaches religieuses et politiques :
Le sanctuaire de Vénus Cloacina : Représentant une petite plateforme sur le Forum Romain. Ce type célèbre le retour à la concorde et à la purification de l’État après les souillures des guerres civiles.
Le buste de Sol (le Soleil) : Souvent associé à l’idée de renaissance et de protection divine sur l’Orient romain.
Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon
La famille Mussidia n’est connue que par les monnaies de L. Mussidius Longus, fils de T. Mussidius Longus. On ne sait rien sur la vie de ce personnage qui fut monétaire en 711 et 712 (43-42 av. J.-C.) en même temps que P. Clodius M. f., L. Livineius Regulus et C. Vibius Varus. Outre les monnaies qui n’ont que son nom, L. Mussidius en a fait émettre qui portent les noms : 1° de Jules César, déjà mort quand elles furent frappées ; 2° de Lépide; 3° de Marc Antoine; 4° d’Octave. L. Mussidius Longus prend sur plusieurs médailles le titre de quatuorvir chargé de la fabrication des espèces d’or.
La couronne, au revers des deniers n. 1, 2, 3, est la couronne d’épis attachée par des bandelettes de laine blanche, des frères Arvales. Sur le denier n. 4, on voit la tête caractéristique de Fulvie avec les attributs de la Victoire; nous avons déjà expliqué la présence du portrait de la première femme de Marc Antoine, sur les médailles 2. La tête de la Concorde sur les deniers n° 5 et 6, figure sur un grand nombre de monnaies contemporaines; nous rappellerons seulement que la Concorde avait un temple in arce, bâti dès l’an (217 5 37 av. J.-C.) et qu’on célébrait la fête de cette déesse le 5 février. On voit souvent aussi, sur les médailles de la fin de la république, au milieu des guerres civiles, le caducée, symbole de la paix, tenu par deux mains jointes. La tête radiée du Soleil (n° 7) se rencontre aussi sur des monnaies de Marc Antoine frappées en 711 (Antonia, 28 à 31). Mais le type le plus intéressant est celui du revers des pièces n. 6 et 7, bien qu’il ne soit pas encore clairement expliqué. Le nom de Cloacina (de cluere, purgare), inscrit sur le vaisseau, est le surnom de Vénus expiatrix, et prouve que nous sommes en présence du monument élevé à cette déesse non loin de l’enceinte des comices. On racontait que ce sanctuaire avait été érigé par les Romains et les Sabins portant des branches de myrte en signe de réconciliation, après le rapt des Sabines et le combat qui s’ensuivit. Vénus Cloacina dont les attributs avaient beaucoup de rapport avec ceux de la Concorde, pouvait donc être très opportunément invoquée durant la période des guerres civiles. Les deux personnages debout sur le vaisseau, et dont l’un tient une branche de myrte, sont Romulus et Tatius, le roi des Sabins.
Lieux de découverte (44 exemplaires)