
1620MU – Denier Mussidia – Lucius Mussidius Longus
Avers : CONCORDIA (la Concorde)
Buste voilée de Concordia à droite.
Revers : L.MVSSIDI / LONGI CLOACIN (Lucius Mussidius Longus/ Cloacina, Lucius Mussidius Longus/ Cloacine)
Deux statues de Venus Cloacina sur plate-forme avec balustrade du lieu saint de Venus Cloacina. L’inscription sur la plate-forme est CLOACIN.
INDICE DE RARETE : 6
1
10+
ATELIER : Rome
Datation : 42 avant J.C.
Matière : Argent
Gens : Mussilia
Références : RRC 494/42a – B.6 (Mussidia) – CRR.1093
Ce denier, frappé par L. Mussidius Longus, est une pièce fascinante car elle capture Rome à un tournant critique de son histoire, mêlant propagande politique et archéologie monumentale.
Voici une analyse détaillée de son symbolisme et du contexte de l’époque :
1. Contexte Historique : L’Ombre de la Guerre Civile (42 av. J.-C.)
L’année 42 av. J.-C. est celle de la bataille de Philippes. Le monde romain est déchiré entre :
Les héritiers de César (le Second Triumvirat : Octave, Marc Antoine et Lépide).
Les « Libérateurs » (Brutus et Cassius, les assassins de César).
Le monnayeur L. Mussidius Longus frappe cette monnaie à Rome pour le compte des triumvirs. Le climat social est alors marqué par la peur, les proscriptions et le désir d’une paix stable après des décennies de conflits internes.
2. Le Symbolisme de l’Avers : Concordia
Le portrait de Concordia (la Concorde), déesse de l’harmonie et de l’entente, n’est pas un choix anesthésié. C’est un message politique fort :
Appel à l’unité : Il symbolise l’accord (fragile) entre les trois membres du Triumvirat.
Légitimation : En affichant la Concorde, les triumvirs se présentent comme les seuls garants de l’ordre public face au chaos provoqué par les républicains radicaux.
3. Le Symbolisme du Revers : Le Sanctuaire de Venus Cloacina
Le revers est l’un des plus célèbres de la numismatique républicaine car il représente un monument précis du Forum Romain : le Sacrum Cloacina.
Vénus et la Purification : Bien que Cloacina soit liée à la Cloaca Maxima (le grand égout), elle était associée à Vénus. Selon la légende, c’est à cet endroit que les Romains et les Sabins déposèrent leurs armes et se purifièrent avec des rameaux de myrte après la fin des hostilités (suite à l’enlèvement des Sabines).
Le message de réconciliation : En montrant ce sanctuaire, le monnayeur rappelle l’épisode fondateur où deux peuples ennemis ont choisi de s’unir pour ne former qu’un seul peuple. C’est une métaphore directe de la situation de 42 av. J.-C. : l’espoir que les factions romaines opposées puissent, elles aussi, se réconcilier.
Détails architecturaux : On y voit deux statues (Vénus et Cloacina, ou deux aspects de la divinité), une balustrade en treillis et les marches menant au monument. C’est un témoignage archéologique précieux d’un sanctuaire aujourd’hui disparu (il n’en reste que la base circulaire sur le Forum).
4. Pourquoi ce choix pour Mussidius Longus ?
Les monnayeurs de cette période utilisaient souvent les monnaies pour souligner l’ancienneté de leur lignée ou pour plaire aux dirigeants actuels. En choisissant des thèmes de purification et de concorde, Longus s’aligne parfaitement sur la communication des triumvirs qui prétendent « nettoyer » la République de ses traîtres pour restaurer l’harmonie.
Lucius Mussidius Longus est un personnage dont la trace historique repose quasi exclusivement sur son activité de monétaire (magistrat chargé de la frappe des monnaies). Malgré cette discrétion dans les textes anciens, ses émissions monétaires sont parmi les plus riches en symbolisme de la fin de la République.
Voici ce que l’on sait de lui et de sa fonction :
1. Un « Homme Nouveau » au service des Triumvirs
Origine familiale : La gens Mussidia était une famille plébéienne mineure, probablement originaire de Sulmona (pays des Paeligni). Lucius est considéré comme un « homme nouveau » (novus homo), parvenu à des responsabilités grâce à son ralliement à la cause des héritiers de César.
Carrière : Après avoir été monétaire en 42 av. J.-C., il semble avoir poursuivi sa carrière sous Auguste. Certaines sources l’identifient comme le Lucius Mussidius qui fut proconsul de Sicile, où il fit également frapper des monnaies de bronze locales.
Descendance : Son allégeance politique a porté ses fruits pour sa famille, puisque son fils (ou petit-fils), Titus Mussidius Pollianus, a atteint le rang prestigieux de consul sous le règne de Caligula.
2. Membre du Collège des Quattuorviri (42 av. J.-C.)
Lucius Mussidius Longus n’exerçait pas seul. En 42 av. J.-C., les membres du Second Triumvirat (Octave, Marc Antoine, Lépide) ont porté le nombre de magistrats monétaires de trois à quatre pour faire face aux besoins financiers colossaux de la guerre contre les assassins de César. Il faisait partie de ce collège de Quattuorviri Monetales aux côtés de :
P. Clodius
L. Livineius Regulus
C. Vibius Varus
3. Son rôle politique et monétaire
Sous le titre de IIII VIR A.P.F. (Quattuorvir chargé de la frappe de l’or et de l’argent), sa mission était double :
Financement militaire : Produire massivement des deniers et des aurei pour payer les légions avant la bataille décisive de Philippes.
Propagande : Ses pièces, dont le fameux denier au portrait de César (RRC 494/39), servaient à légitimer le pouvoir des triumvirs en rappelant leur lien avec le dictateur divinisé.
4. Ses types monétaires célèbres
Outre le portrait de César, Mussidius Longus est connu pour deux autres types majeurs qui témoignent de ses attaches religieuses et politiques :
Le sanctuaire de Vénus Cloacina : Représentant une petite plateforme sur le Forum Romain. Ce type célèbre le retour à la concorde et à la purification de l’État après les souillures des guerres civiles.
Le buste de Sol (le Soleil) : Souvent associé à l’idée de renaissance et de protection divine sur l’Orient romain.
Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon
La famille Mussidia n’est connue que par les monnaies de L. Mussidius Longus, fils de T. Mussidius Longus. On ne sait rien sur la vie de ce personnage qui fut monétaire en 711 et 712 (43-42 av. J.-C.) en même temps que P. Clodius M. f., L. Livineius Regulus et C. Vibius Varus. Outre les monnaies qui n’ont que son nom, L. Mussidius en a fait émettre qui portent les noms : 1° de Jules César, déjà mort quand elles furent frappées ; 2° de Lépide; 3° de Marc Antoine; 4° d’Octave. L. Mussidius Longus prend sur plusieurs médailles le titre de quatuorvir chargé de la fabrication des espèces d’or.
La couronne, au revers des deniers n. 1, 2, 3, est la couronne d’épis attachée par des bandelettes de laine blanche, des frères Arvales. Sur le denier n. 4, on voit la tête caractéristique de Fulvie avec les attributs de la Victoire; nous avons déjà expliqué la présence du portrait de la première femme de Marc Antoine, sur les médailles 2. La tête de la Concorde sur les deniers n° 5 et 6, figure sur un grand nombre de monnaies contemporaines; nous rappellerons seulement que la Concorde avait un temple in arce, bâti dès l’an (217 5 37 av. J.-C.) et qu’on célébrait la fête de cette déesse le 5 février. On voit souvent aussi, sur les médailles de la fin de la république, au milieu des guerres civiles, le caducée, symbole de la paix, tenu par deux mains jointes. La tête radiée du Soleil (n° 7) se rencontre aussi sur des monnaies de Marc Antoine frappées en 711 (Antonia, 28 à 31). Mais le type le plus intéressant est celui du revers des pièces n. 6 et 7, bien qu’il ne soit pas encore clairement expliqué. Le nom de Cloacina (de cluere, purgare), inscrit sur le vaisseau, est le surnom de Vénus expiatrix, et prouve que nous sommes en présence du monument élevé à cette déesse non loin de l’enceinte des comices. On racontait que ce sanctuaire avait été érigé par les Romains et les Sabins portant des branches de myrte en signe de réconciliation, après le rapt des Sabines et le combat qui s’ensuivit. Vénus Cloacina dont les attributs avaient beaucoup de rapport avec ceux de la Concorde, pouvait donc être très opportunément invoquée durant la période des guerres civiles. Les deux personnages debout sur le vaisseau, et dont l’un tient une branche de myrte, sont Romulus et Tatius, le roi des Sabins.
Lieux de découverte (79 exemplaires)