
1619MU – Denier Mussidia – Lucius Mussidius Longus
INDICE DE RARETE : 9
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ATELIER : Rome
Datation : 42 avant J.C.
Matière : Argent
Gens : Mussidia
Références : RRC 494/41 – B.5 (Mussidia) – Syd.1092
Ce denier, frappé par L. Mussidius Longus en 42 av. J.-C., est une pièce maîtresse pour comprendre la communication politique à Rome juste avant la bataille de Philippes.
Voici une analyse détaillée de son symbolisme et du contexte de l’époque :
1. Contexte Historique : L’équilibre précaire du Second Triumvirat
L’année 42 av. J.-C. est une période de transition violente. Jules César a été assassiné deux ans plus tôt, et le Second Triumvirat (Octave, Marc Antoine et Lépide) s’est officiellement formé pour stabiliser l’État et venger César.
L’union contre les « Libérateurs » : Alors que les armées des triumvirs se préparent à affronter Brutus et Cassius en Grèce, il est crucial de projeter une image d’unité absolue à Rome.
La propagande monétaire : Le monnayeur L. Mussidius Longus agit ici comme un relais de cette propagande. La monnaie ne sert pas seulement à payer les légions, elle sert à légitimer l’alliance des trois chefs aux yeux du peuple et des soldats.
2. Symbolisme de l’Avers : La Concorde (Concordia)
Le choix de la tête de la déesse Concordia n’est pas anodin.
La Paix Civile : Après des décennies de guerres civiles, la Concorde invoque le désir de fin des hostilités internes.
L’entente des Chefs : Elle symbolise spécifiquement l’accord entre Octave, Marc Antoine et Lépide. En plaçant cette divinité sur l’avers, le monnayeur affirme que les triumvirs agissent en parfaite harmonie pour le bien de la République.
3. Symbolisme du Revers : L’Alliance et la Prospérité
Le revers présente un motif iconographique très fort : deux mains jointes tenant un caducée.
La Dextrarum Iunctio (Mains jointes) : C’est le geste romain traditionnel de la conclusion d’un traité ou d’une alliance sacrée. C’est le symbole ultime de la loyauté (Fides) et de la réconciliation.
Le Caducée : Attribut du dieu Mercure, il représente ici la paix retrouvée, mais aussi la reprise du commerce et de la prospérité économique qui découlent de la fin des conflits.
Le Message Global : Le message est clair : « Grâce à l’accord des triumvirs (les mains jointes), la paix et l’abondance (le caducée) reviennent sous la protection de l’harmonie (la Concorde). »
Lucius Mussidius Longus est un personnage dont la trace historique repose quasi exclusivement sur son activité de monétaire (magistrat chargé de la frappe des monnaies). Malgré cette discrétion dans les textes anciens, ses émissions monétaires sont parmi les plus riches en symbolisme de la fin de la République.
Voici ce que l’on sait de lui et de sa fonction :
1. Un « Homme Nouveau » au service des Triumvirs
Origine familiale : La gens Mussidia était une famille plébéienne mineure, probablement originaire de Sulmona (pays des Paeligni). Lucius est considéré comme un « homme nouveau » (novus homo), parvenu à des responsabilités grâce à son ralliement à la cause des héritiers de César.
Carrière : Après avoir été monétaire en 42 av. J.-C., il semble avoir poursuivi sa carrière sous Auguste. Certaines sources l’identifient comme le Lucius Mussidius qui fut proconsul de Sicile, où il fit également frapper des monnaies de bronze locales.
Descendance : Son allégeance politique a porté ses fruits pour sa famille, puisque son fils (ou petit-fils), Titus Mussidius Pollianus, a atteint le rang prestigieux de consul sous le règne de Caligula.
2. Membre du Collège des Quattuorviri (42 av. J.-C.)
Lucius Mussidius Longus n’exerçait pas seul. En 42 av. J.-C., les membres du Second Triumvirat (Octave, Marc Antoine, Lépide) ont porté le nombre de magistrats monétaires de trois à quatre pour faire face aux besoins financiers colossaux de la guerre contre les assassins de César. Il faisait partie de ce collège de Quattuorviri Monetales aux côtés de :
P. Clodius
L. Livineius Regulus
C. Vibius Varus
3. Son rôle politique et monétaire
Sous le titre de IIII VIR A.P.F. (Quattuorvir chargé de la frappe de l’or et de l’argent), sa mission était double :
Financement militaire : Produire massivement des deniers et des aurei pour payer les légions avant la bataille décisive de Philippes.
Propagande : Ses pièces, dont le fameux denier au portrait de César (RRC 494/39), servaient à légitimer le pouvoir des triumvirs en rappelant leur lien avec le dictateur divinisé.
4. Ses types monétaires célèbres
Outre le portrait de César, Mussidius Longus est connu pour deux autres types majeurs qui témoignent de ses attaches religieuses et politiques :
Le sanctuaire de Vénus Cloacina : Représentant une petite plateforme sur le Forum Romain. Ce type célèbre le retour à la concorde et à la purification de l’État après les souillures des guerres civiles.
Le buste de Sol (le Soleil) : Souvent associé à l’idée de renaissance et de protection divine sur l’Orient romain.
Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon
La famille Mussidia n’est connue que par les monnaies de L. Mussidius Longus, fils de T. Mussidius Longus. On ne sait rien sur la vie de ce personnage qui fut monétaire en 711 et 712 (43-42 av. J.-C.) en même temps que P. Clodius M. f., L. Livineius Regulus et C. Vibius Varus. Outre les monnaies qui n’ont que son nom, L. Mussidius en a fait émettre qui portent les noms : 1° de Jules César, déjà mort quand elles furent frappées ; 2° de Lépide; 3° de Marc Antoine; 4° d’Octave. L. Mussidius Longus prend sur plusieurs médailles le titre de quatuorvir chargé de la fabrication des espèces d’or.
La couronne, au revers des deniers n. 1, 2, 3, est la couronne d’épis attachée par des bandelettes de laine blanche, des frères Arvales. Sur le denier n. 4, on voit la tête caractéristique de Fulvie avec les attributs de la Victoire; nous avons déjà expliqué la présence du portrait de la première femme de Marc Antoine, sur les médailles 2. La tête de la Concorde sur les deniers n° 5 et 6, figure sur un grand nombre de monnaies contemporaines; nous rappellerons seulement que la Concorde avait un temple in arce, bâti dès l’an (217 5 37 av. J.-C.) et qu’on célébrait la fête de cette déesse le 5 février. On voit souvent aussi, sur les médailles de la fin de la république, au milieu des guerres civiles, le caducée, symbole de la paix, tenu par deux mains jointes. La tête radiée du Soleil (n° 7) se rencontre aussi sur des monnaies de Marc Antoine frappées en 711 (Antonia, 28 à 31). Mais le type le plus intéressant est celui du revers des pièces n. 6 et 7, bien qu’il ne soit pas encore clairement expliqué. Le nom de Cloacina (de cluere, purgare), inscrit sur le vaisseau, est le surnom de Vénus expiatrix, et prouve que nous sommes en présence du monument élevé à cette déesse non loin de l’enceinte des comices. On racontait que ce sanctuaire avait été érigé par les Romains et les Sabins portant des branches de myrte en signe de réconciliation, après le rapt des Sabines et le combat qui s’ensuivit. Vénus Cloacina dont les attributs avaient beaucoup de rapport avec ceux de la Concorde, pouvait donc être très opportunément invoquée durant la période des guerres civiles. Les deux personnages debout sur le vaisseau, et dont l’un tient une branche de myrte, sont Romulus et Tatius, le roi des Sabins.
Lieux de découverte (7 exemplaires)