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1618MU – Denier Mussidia – Lucius Mussidius Longus

Avers : Anepigraphe

Buste drapée de Victoire à droite.

Revers : L · MVSSIDIVS · LONGVS (Lucius Mussidius Longus)

Victoire sur un bige, tenant les rênes des deux mains.

British Museum 3.88g

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10+

ATELIER : Rome

Datation 42 avant J.C.

Matière Argent

Gens : Mussidia

Références : RRC 494/40 – B.4 (Mussidia) – Syd.1095

L’émission de ce denier, frappée par Lucius Mussidius Longus en 42 av. J.-C., est l’un des témoignages monétaires les plus fascinants de la fin de la République romaine. Son symbolisme est intrinsèquement lié aux tensions politiques du Second Triumvirat.

1. Symbolisme Iconographique

Le choix de la Victoire (Victoria) sur les deux faces de la pièce n’est pas anodin. À cette époque, Rome est déchirée par la guerre civile.

  • L’Avers (Le portrait de Fulvie) : Comme mentionné précédemment, la Victoire de l’avers présente des traits de portrait réalistes. L’identification à Fulvie, épouse de Marc Antoine, est largement acceptée.

    • Signification : En prêtant ses traits à une divinité, Fulvie affirme l’autorité et la légitimité de son clan. C’est une étape cruciale vers la divinisation des membres de la famille impériale que l’on verra sous Auguste. Elle symbolise la victoire « domestiquée » par les partisans d’Antoine.

  • Le Revers (La Victoire en bige) : Le bige (char à deux chevaux) au galop souligne l’aspect dynamique et imminent du triomphe. La Victoire tenant les rênes montre que le destin de Rome est guidé par cette force divine, justifiant par la force les actions des triumvirs.

2. Contexte Historique : L’ombre de Philippes

L’année 42 av. J.-C. est une année charnière pour l’histoire romaine :

  • Le Second Triumvirat en action : Octave, Marc Antoine et Lépide ont formé leur alliance l’année précédente. Ils ont besoin de fonds massifs pour financer leurs légions. Cette monnaie sert principalement à payer la solde des soldats.

  • La campagne contre les Libérateurs : C’est l’année de la bataille de Philippes, où les triumvirs affrontent les assassins de Jules César (Brutus et Cassius). Le symbolisme de la Victoire sur le denier 494/40 est une forme de propagande préventive : il s’agit de galvaniser les troupes en leur promettant que la Victoire est déjà dans leur camp.

  • Le rôle de Lucius Mussidius Longus : En tant que magistrat monétaire (monetalis), il était chargé de superviser la frappe. Ses émissions de 42 av. J.-C. (incluant également les célèbres deniers à l’effigie d’Antoine, d’Octave et de Lépide, ou encore le sanctuaire de Venus Cloacina) montrent un soutien indéfectible au Triumvirat.

3. Importance Numismatique

Ce denier marque la transition entre la monnaie républicaine traditionnelle (où l’on représentait des ancêtres décédés ou des divinités abstraites) et la monnaie impériale (centrée sur le culte de la personnalité).

Lucius Mussidius Longus est un personnage dont la trace historique repose quasi exclusivement sur son activité de monétaire (magistrat chargé de la frappe des monnaies). Malgré cette discrétion dans les textes anciens, ses émissions monétaires sont parmi les plus riches en symbolisme de la fin de la République.

Voici ce que l’on sait de lui et de sa fonction :

1. Un « Homme Nouveau » au service des Triumvirs

  • Origine familiale : La gens Mussidia était une famille plébéienne mineure, probablement originaire de Sulmona (pays des Paeligni). Lucius est considéré comme un « homme nouveau » (novus homo), parvenu à des responsabilités grâce à son ralliement à la cause des héritiers de César.

  • Carrière : Après avoir été monétaire en 42 av. J.-C., il semble avoir poursuivi sa carrière sous Auguste. Certaines sources l’identifient comme le Lucius Mussidius qui fut proconsul de Sicile, où il fit également frapper des monnaies de bronze locales.

  • Descendance : Son allégeance politique a porté ses fruits pour sa famille, puisque son fils (ou petit-fils), Titus Mussidius Pollianus, a atteint le rang prestigieux de consul sous le règne de Caligula.

2. Membre du Collège des Quattuorviri (42 av. J.-C.)

Lucius Mussidius Longus n’exerçait pas seul. En 42 av. J.-C., les membres du Second Triumvirat (Octave, Marc Antoine, Lépide) ont porté le nombre de magistrats monétaires de trois à quatre pour faire face aux besoins financiers colossaux de la guerre contre les assassins de César. Il faisait partie de ce collège de Quattuorviri Monetales aux côtés de :

  • P. Clodius

  • L. Livineius Regulus

  • C. Vibius Varus

3. Son rôle politique et monétaire

Sous le titre de IIII VIR A.P.F. (Quattuorvir chargé de la frappe de l’or et de l’argent), sa mission était double :

  • Financement militaire : Produire massivement des deniers et des aurei pour payer les légions avant la bataille décisive de Philippes.

  • Propagande : Ses pièces, dont le fameux denier au portrait de César (RRC 494/39), servaient à légitimer le pouvoir des triumvirs en rappelant leur lien avec le dictateur divinisé.

4. Ses types monétaires célèbres

Outre le portrait de César, Mussidius Longus est connu pour deux autres types majeurs qui témoignent de ses attaches religieuses et politiques :

  • Le sanctuaire de Vénus Cloacina : Représentant une petite plateforme sur le Forum Romain. Ce type célèbre le retour à la concorde et à la purification de l’État après les souillures des guerres civiles.

  • Le buste de Sol (le Soleil) : Souvent associé à l’idée de renaissance et de protection divine sur l’Orient romain.

Pour voir d’autres exemplaires de cette monnaie :

Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon

La famille Mussidia n’est connue que par les monnaies de L. Mussidius Longus, fils de T. Mussidius Longus. On ne sait rien sur la vie de ce personnage qui fut monétaire en 711 et 712 (43-42 av. J.-C.) en même temps que P. Clodius M. f., L. Livineius Regulus et C. Vibius Varus. Outre les monnaies qui n’ont que son nom, L. Mussidius en a fait émettre qui portent les noms : 1° de Jules César, déjà mort quand elles furent frappées ; 2° de Lépide; 3° de Marc Antoine; 4° d’Octave. L. Mussidius Longus prend sur plusieurs médailles le titre de quatuorvir chargé de la fabrication des espèces d’or.
La couronne, au revers des deniers n. 1, 2, 3, est la couronne d’épis attachée par des bandelettes de laine blanche, des frères Arvales. Sur le denier n. 4, on voit la tête caractéristique de Fulvie avec les attributs de la Victoire; nous avons déjà expliqué la présence du portrait de la première femme de Marc Antoine, sur les médailles 2. La tête de la Concorde sur les deniers n° 5 et 6, figure sur un grand nombre de monnaies contemporaines; nous rappellerons seulement que la Concorde avait un temple in arce, bâti dès l’an (217 5 37 av. J.-C.) et qu’on célébrait la fête de cette déesse le 5 février. On voit souvent aussi, sur les médailles de la fin de la république, au milieu des guerres civiles, le caducée, symbole de la paix, tenu par deux mains jointes. La tête radiée du Soleil (n° 7) se rencontre aussi sur des monnaies de Marc Antoine frappées en 711 (Antonia, 28 à 31). Mais le type le plus intéressant est celui du revers des pièces n. 6 et 7, bien qu’il ne soit pas encore clairement expliqué. Le nom de Cloacina (de cluere, purgare), inscrit sur le vaisseau, est le surnom de Vénus expiatrix, et prouve que nous sommes en présence du monument élevé à cette déesse non loin de l’enceinte des comices. On racontait que ce sanctuaire avait été érigé par les Romains et les Sabins portant des branches de myrte en signe de réconciliation, après le rapt des Sabines et le combat qui s’ensuivit. Vénus Cloacina dont les attributs avaient beaucoup de rapport avec ceux de la Concorde, pouvait donc être très opportunément invoquée durant la période des guerres civiles. Les deux personnages debout sur le vaisseau, et dont l’un tient une branche de myrte, sont Romulus et Tatius, le roi des Sabins.

Lieux de découverte (11 exemplaires)

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