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1617JU – Denier César – Lucius Mussidius Longus

Avers : Anepigraphe

Buste laurée de Jules César à droite.

Revers : L · MVSSIDIVS · LONGVS (Lucius Mussidius Longus)

Corne d’abondance sur globe; à gauche le gouvernail; à droite un caducée ailé et chapeau de prêtre.

British Museum 4.15g

1

10+

ATELIER : Rome

Datation 42 avant J.C.

Matière Argent

Gentes : Mussidia et Julia

Références : RRC 494/39a – B.58 (Julia) – Syd.1096

Ce denier, frappé en 42 av. J.-C. par le magistrat monétaire Lucius Mussidius Longus, est un chef-d’œuvre de communication politique. Émis deux ans après l’assassinat de Jules César, il s’inscrit dans une période de transition brutale vers l’Empire.

Voici une analyse détaillée du symbolisme et du contexte historique de cette monnaie.


1. Contexte Historique : L’héritage de César

En 42 av. J.-C., Rome est dirigée par le Second Triumvirat (Octave, Marc Antoine et Lépide). Cette année est marquée par la bataille de Philippes, où les héritiers de César écrasent les troupes des « Libérateurs » (Brutus et Cassius).

  • Légitimation du pouvoir : Octave, fils adoptif de César, cherche à consolider sa position en rappelant son lien avec le dictateur défunt.

  • Divinisation : César est officiellement divinisé par le Sénat en 42 av. J.-C. sous le nom de Divus Iulius. Le portrait sur le denier 494/39 est l’un des premiers à célébrer cette mémoire posthume sans le voile de deuil, présentant un César lauré, presque intemporel.

  • L’atelier monétaire : Mussidius Longus est l’un des Quattuorviri Monetales (collège de quatre magistrats chargés de la monnaie), une expansion du traditionnel triumvirat monétaire, signe de l’ampleur des besoins financiers pour les guerres civiles.


2. Analyse du Revers : Une Cosmologie du Pouvoir

Le revers est exceptionnel par l’accumulation de cinq attributs symboliques qui, ensemble, dessinent le programme politique des triumvirs.

SymboleSignification Politique et Divine
Le GlobeReprésente la domination universelle de Rome sur le monde connu (oikoumene).
Le Gouvernail (Rudder)Symbolise la direction de l’État et le contrôle des mers (crucial contre la menace de Sextus Pompée).
La Corne d’abondanceIncarne la prospérité et l’abondance retrouvées après les privations de la guerre civile.
Le Caducée ailéAttribut de Mercure, il symbolise la paix, le commerce florissant et la félicité publique.
L’ApexBonnet des flamines (prêtres), il rappelle la piété religieuse et l’autorité spirituelle de César.

L’interprétation globale : Cette combinaison signifie que, sous l’égide de l’héritage césarien, Rome jouit d’une paix stable (caducée), d’une prospérité économique (corne d’abondance) et d’une domination totale (globe/gouvernail) bénie par les dieux (apex).


3. L’Avers : Un Portrait de Propagande

Le portrait de César à l’avers est particulièrement fin. Il porte la couronne de laurier, symbole de victoire permanente. Contrairement aux monnaies frappées de son vivant (comme le RRC 480/13 de Sepullius Macer), ce portrait posthume vise à transformer l’homme en une icône politique indéboulonnable pour justifier le pouvoir de ses successeurs.

Lucius Mussidius Longus est un personnage dont la trace historique repose quasi exclusivement sur son activité de monétaire (magistrat chargé de la frappe des monnaies). Malgré cette discrétion dans les textes anciens, ses émissions monétaires sont parmi les plus riches en symbolisme de la fin de la République.

Voici ce que l’on sait de lui et de sa fonction :

1. Un « Homme Nouveau » au service des Triumvirs

  • Origine familiale : La gens Mussidia était une famille plébéienne mineure, probablement originaire de Sulmona (pays des Paeligni). Lucius est considéré comme un « homme nouveau » (novus homo), parvenu à des responsabilités grâce à son ralliement à la cause des héritiers de César.

  • Carrière : Après avoir été monétaire en 42 av. J.-C., il semble avoir poursuivi sa carrière sous Auguste. Certaines sources l’identifient comme le Lucius Mussidius qui fut proconsul de Sicile, où il fit également frapper des monnaies de bronze locales.

  • Descendance : Son allégeance politique a porté ses fruits pour sa famille, puisque son fils (ou petit-fils), Titus Mussidius Pollianus, a atteint le rang prestigieux de consul sous le règne de Caligula.

2. Membre du Collège des Quattuorviri (42 av. J.-C.)

Lucius Mussidius Longus n’exerçait pas seul. En 42 av. J.-C., les membres du Second Triumvirat (Octave, Marc Antoine, Lépide) ont porté le nombre de magistrats monétaires de trois à quatre pour faire face aux besoins financiers colossaux de la guerre contre les assassins de César. Il faisait partie de ce collège de Quattuorviri Monetales aux côtés de :

  • P. Clodius

  • L. Livineius Regulus

  • C. Vibius Varus

3. Son rôle politique et monétaire

Sous le titre de IIII VIR A.P.F. (Quattuorvir chargé de la frappe de l’or et de l’argent), sa mission était double :

  • Financement militaire : Produire massivement des deniers et des aurei pour payer les légions avant la bataille décisive de Philippes.

  • Propagande : Ses pièces, dont le fameux denier au portrait de César (RRC 494/39), servaient à légitimer le pouvoir des triumvirs en rappelant leur lien avec le dictateur divinisé.

4. Ses types monétaires célèbres

Outre le portrait de César, Mussidius Longus est connu pour deux autres types majeurs qui témoignent de ses attaches religieuses et politiques :

  • Le sanctuaire de Vénus Cloacina : Représentant une petite plateforme sur le Forum Romain. Ce type célèbre le retour à la concorde et à la purification de l’État après les souillures des guerres civiles.

  • Le buste de Sol (le Soleil) : Souvent associé à l’idée de renaissance et de protection divine sur l’Orient romain.

Variante avec la légende du revers écrite dans le sens antihoraire 

Références : RRC 494/39b – Syd.1096c

British Museum 3.66g

Pour voir d’autres exemplaires de cette monnaie :

Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon

La famille Mussidia n’est connue que par les monnaies de L. Mussidius Longus, fils de T. Mussidius Longus. On ne sait rien sur la vie de ce personnage qui fut monétaire en 711 et 712 (43-42 av. J.-C.) en même temps que P. Clodius M. f., L. Livineius Regulus et C. Vibius Varus. Outre les monnaies qui n’ont que son nom, L. Mussidius en a fait émettre qui portent les noms : 1° de Jules César, déjà mort quand elles furent frappées ; 2° de Lépide; 3° de Marc Antoine; 4° d’Octave. L. Mussidius Longus prend sur plusieurs médailles le titre de quatuorvir chargé de la fabrication des espèces d’or.
La couronne, au revers des deniers n. 1, 2, 3, est la couronne d’épis attachée par des bandelettes de laine blanche, des frères Arvales. Sur le denier n. 4, on voit la tête caractéristique de Fulvie avec les attributs de la Victoire; nous avons déjà expliqué la présence du portrait de la première femme de Marc Antoine, sur les médailles 2. La tête de la Concorde sur les deniers n° 5 et 6, figure sur un grand nombre de monnaies contemporaines; nous rappellerons seulement que la Concorde avait un temple in arce, bâti dès l’an (217 5 37 av. J.-C.) et qu’on célébrait la fête de cette déesse le 5 février. On voit souvent aussi, sur les médailles de la fin de la république, au milieu des guerres civiles, le caducée, symbole de la paix, tenu par deux mains jointes. La tête radiée du Soleil (n° 7) se rencontre aussi sur des monnaies de Marc Antoine frappées en 711 (Antonia, 28 à 31). Mais le type le plus intéressant est celui du revers des pièces n. 6 et 7, bien qu’il ne soit pas encore clairement expliqué. Le nom de Cloacina (de cluere, purgare), inscrit sur le vaisseau, est le surnom de Vénus expiatrix, et prouve que nous sommes en présence du monument élevé à cette déesse non loin de l’enceinte des comices. On racontait que ce sanctuaire avait été érigé par les Romains et les Sabins portant des branches de myrte en signe de réconciliation, après le rapt des Sabines et le combat qui s’ensuivit. Vénus Cloacina dont les attributs avaient beaucoup de rapport avec ceux de la Concorde, pouvait donc être très opportunément invoquée durant la période des guerres civiles. Les deux personnages debout sur le vaisseau, et dont l’un tient une branche de myrte, sont Romulus et Tatius, le roi des Sabins.

Lieux de découverte (28 exemplaires)

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