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1602JU – Denier César – Lucius Livineius Regulus

Avers : Anepigraphe

Tête laurée de Jules César à droite entre une branche de laurier à gauche et un caducée à droite.

Revers : L·LIVINEIVS – REGVLVS (Lucius Livineius Regulus)

Taureau chargeant à droite.

British Museum 3.87g

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10+

ATELIER : Rome

Datation 42 avant J.C.

Matière Argent

Gentes : Livineia et Julia

Références : RRC 494/24 – B.57 (Julia)

Ce denier, frappé en 42 av. J.-C., est une monnaie riche en symboles qui témoigne de la période charnière suivant l’assassinat de Jules César. Ce type monétaire s’inscrit dans une stratégie de légitimation du second Triumvirat.

Voici une analyse détaillée du symbolisme et du contexte historique :

1. Le Contexte Historique : L’apothéose de César

En 42 av. J.C., Rome est en pleine guerre civile. Les héritiers de César (Octave, Marc Antoine et Lépide) s’apprêtent à affronter les « Libérateurs » (Brutus et Cassius) à la bataille de Philippes.

  • Posthume et Divin : César a été officiellement divinisé (Divus Iulius) peu avant. Cette pièce sert à rappeler sa mémoire, mais surtout à affirmer que ses successeurs sont les héritiers d’un dieu.

  • Le monétaire : Lucius Livineius Regulus, qui supervise la frappe, utilise cette émission pour honorer à la fois le dictateur défunt et la loyauté de sa propre famille envers la cause césarienne.

2. Symbolisme de l’Avers (Le Portrait)

Le portrait de César est entouré de deux attributs majeurs :

  • Le Caducée ailé : Attribut de Mercure, il symbolise la Paix, la Félicité et la renaissance du commerce. Après des années de guerres civiles, le message est clair : César (et ses héritiers) apporte la prospérité retrouvée.

  • Le Rameau (Laurier ou Olivier) : Placé derrière la tête, il renforce l’idée de la victoire militaire (laurier) débouchant sur la paix (olivier). C’est la Pax Romana obtenue par les armes.

3. Symbolisme du Revers (Le Taureau furieux)

Le taureau chargeant est l’élément le plus complexe et le plus documenté par les numismates, notamment sur LesDioscures.com :

  • L’allusion aux ancêtres : Le père du monétaire a servi sous César lors de la campagne d’Afrique. Le taureau pourrait rappeler un événement précis de la bataille de Thapsus, où un taureau sacrificiel s’était échappé, incident que César avait transformé en présage de victoire.

  • L’ascendance divine (Vénus) : Le taureau est le signe zodiacal du Taureau, régi par la planète Vénus. La Gens Iulia (famille de César) prétendait descendre directement de Vénus. Le taureau est donc une signature généalogique divine.

  • La Force Militaire : Animal puissant et impétueux, le taureau chargeant représente la force irrésistible des légions césariennes face aux conspirateurs.

Le monétaire Lucius Livineius Regulus est un personnage clé de la numismatique de la fin de la République, bien que sa biographie reste mystérieuse. Il fait partie de la gens Livineia, une famille plébéienne qui accède à la notoriété sous Jules César.

Il appartient au collège des quatre magistrats monétaires de l’année 42 av. J.-C. (les Quattuorviri), aux côtés de L. Mussidius Longus, P. Clodius et C. Vibius Varus.

1. Fonctions et Rôle Politique

  • Quattuorvir Monétaire : Sa mission principale était de superviser la frappe des monnaies destinées à financer l’effort de guerre du second Triumvirat.

  • Préfet de la Ville (Praefectus Urbi) : Sur certaines de ses émissions (comme le denier RRC 494/28), il porte le titre de PRAEF VR. Selon l’analyse de T.V. Buttrey reprise par LesDioscures.com, il aurait exercé cette fonction prestigieuse à Rome en l’absence des consuls, ce qui en faisait probablement le membre le plus influent de son collège monétaire (primus).

2. Une Famille liée à César et Cicéron

Le monétaire utilise ses monnaies pour glorifier son lignage, une pratique courante à cette époque de « promotion personnelle » :

  • Le Père (L. Livineius Regulus) : Il était un ami proche de Cicéron. En tant que Préteur, il a servi comme lieutenant (legatus) de Jules César lors de la campagne d’Afrique en 46 av. J.-C. Son portrait apparaît d’ailleurs sur d’autres deniers de la série (RRC 494/27 et 494/29).

  • Loyauté Césarienne : La famille semble avoir été indéfectiblement liée au parti de César, ce qui explique pourquoi Lucius Livineius Regulus a été chargé de frapper les portraits de César divinisé ainsi que ceux d’Octave, Marc Antoine et Lépide.

3. Les Types Monétaires associés

En dehors du célèbre denier au taureau (RRC 494/24), ce monétaire a produit d’autres types remarquables mettant en scène son histoire familiale :

  • Scènes de Venatio : Des combats de gladiateurs ou de bêtes sauvages (lion, sanglier) qui rappellent probablement les jeux organisés par son père ou ses ancêtres.

  • Chaire Curule : Symbole du pouvoir des magistrats supérieurs (préteurs), entourée de faisceaux de licteurs, pour souligner le rang sénatorial de sa lignée.

Pour voir d’autres exemplaires de cette monnaie :

Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon

Le gentilicium Livineius n’a été porté que par des Reguli qui eux-mêmes n’étaient qu’une branche de la gens Atilia. On considère comme certain que les deux frères L. Regulus et M. Regulus, que Cicéron cite parmi ses meilleurs amis, étaient des Livineii. On connaît encore un Livineius Regulus qui fut sénateur sous Tibère. Deux membres de la famille Livineia ont frappé monnaie; ils portent l’un et l’autre le nom de L. Livineius Regulus.

L. Livineius Regulus. Monétaire en 711-712 (43-42 av. J.-C.)

Ce personnage est historiquement inconnu; tout ce que l’on peut dire avec certitude, c’est qu’il fut triumvir monétaire avec L. Mussidius Longus, P. Clodius et C. Vibius Varus. La date des fonctions de ce collège est l’an 711-712 et non, comme l’a cru Mommsen, l’an 716.
Les monnaies de L. Livineius Regulus, comme celles de ses collègues, peuvent se partager en diverses catégories : 1° celles qui portent la tête de Jules César, mort l’année précédente; 2° celles qui ont la tête de Marc Antoine; 3° celles qui ont la tête d’Octave: 4° celles qui ont la tête de Lépide; 5° enfin celles qui portent exclusivement des types spéciaux au monétaire et se rapportant à l’histoire de sa famille. La tête qui figure sur les médailles de cette dernière série (n° 8 à 13) est celle du préteur L. Livineius Regulus, père du monétaire. Ce portrait figure sur les monnaies à titre de souvenir de famille, et l’on constate des exemples analogues pour C. AntiusRestio, M. Arrius Secundus, C. Numonius Vaala, C. Coelius Caldus et d’autres encore. Le préteur L. Regulus est probablement l’ami de Cicéron dont nous avons parlé tout à l’heure et qui fut lieutenant de Jules César pendant la guerre d’Afrique en 708 (46 av.J.-C.).

La médaille n° 8 exige un commentaire particulier à cause de sa légende. Le magistrat monétaire s’appelle ainsi sur cette pièce : Regulusfilins, praefectus Urbis. Il était donc préfet de Rome quand il lit frapper cette monnaie et les suivantes ; mais les pièces précédentes lui donnent le titre de quatuorvir auro publico feriundo. Par conséquent, il faut admettre l’une des deux hypothèses suivantes : ou bien, qu’il s’agit de deux personnages différents, l’un qui a été magistrat monétaire en 711-712, l’autre qui a frappé monnaie comme praefectus Urbis, peut-être en 709 (45 av. J.-C.), avec L. Munatius Plancus,pendant que César était parti pour son expédition d’Espagne, abandonnant aux préfets urbains le gouvernement de Rome’; ou bien, que le triumvir monétaire de l’an 711 fut, peu après l’expiration de sa charge en 712, élevé aux fonctions de praefectus Urbis- et qu’il continua en cette qualité à battre monnaie. Nous préférons cette dernière hypothèse. Les monnaies en question sont donc un peu postérieures à celles où le même personnage porte le titre de quatuorvir ; leurs types de revers se rapportent soit aux fonctions du pracfecius Urbis qui était chargé de l’approvisionnement de Rome (n° 13), soit aux insignes de sa dignité, comme la sella curulis (nos 8, 9 et 10), soit enfin aux jeux et aux fêtes données pendant l’exercice de sa charge (n° 12) : nous savons précisément qu’en l’an 712, Octave fit donner des jeux Apollinaires splendides dans lesquels figurèrent des combats d’animaux féroces.

Lieux de découverte (8 exemplaires)

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