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1592AN – Aureus Marc Antoine – Lucius Mussidius Longus

Avers : M·ANTONIVS·III·VIR·R·P·C

Tête de Marc Antoine à droite.

Revers : L · MVSSIDIVS · LONGVS (Lucius Mussidius Longus)

Corne d’abondance.

British Museum 8.13g

1

10+

ATELIER : Rome

Datation 42 avant J.C.

Matière Or

Gentes Mussidia et Antonia

Références RRC 494/14 – B.23 (Antonia) – Syd.1110

Cet aureus, frappé par L. Mussidius Longus en 42 av. J.-C., est une pièce de propagande majeure du Second Triumvirat. Son symbolisme et son contexte s’inscrivent dans une période de transition violente où l’image monétaire devient une arme politique.

Voici l’analyse détaillée de ses deux facettes :

1. Le Contexte Historique : L’année de tous les dangers (42 av. J.-C.)

L’année 42 av. J.-C. est marquée par la préparation de la bataille de Philippes. Rome est dirigée par le Second Triumvirat (Marc Antoine, Octave et Lépide), dont l’objectif est d’écraser les assassins de Jules César (Brutus et Cassius).

  • Le financement de la guerre : Pour mobiliser et garantir la fidélité de près de 28 légions, les triumvirs ont un besoin colossal de liquidités. L’or (aureus) est frappé en priorité pour payer les officiers et les primes de combat.

  • L’atelier de Rome : Lucius Mussidius Longus est l’un des quattuorviri (le collège des quatre magistrats monétaires) chargés de cette émission massive. Contrairement aux frappes de camp réalisées par les généraux en déplacement, ces pièces sont frappées officiellement à Rome, démontrant que les triumvirs contrôlent totalement les institutions de la capitale.

  • L’officialisation du portrait : C’est à ce moment que l’usage de représenter un dirigeant vivant (initié par César en 44 av. J.-C.) se généralise, marquant la fin définitive de la tradition républicaine qui interdisait l’auto-célébration d’un individu sur la monnaie d’État.

2. Le Symbolisme : L’image de l’autorité et de l’espoir

La pièce est conçue pour transmettre un message double : la force militaire et la promesse de jours meilleurs.

  • L’Avers (Portrait de Marc Antoine) :

    • Légitimité : La légende M·ANTONIVS·III·VIR·R·P·C affirme son titre officiel de « Triumvir pour la réorganisation de la République ». Ce n’est pas une dictature, mais une magistrature légale (établie par la Lex Titia).

    • La Barbe (Pietas) : Marc Antoine est souvent représenté avec une barbe courte, dite de deuil. C’est un signe de piété envers Jules César : il ne se rasera pas tant qu’il n’aura pas vengé son mentor. C’est un message direct aux vétérans de César.

  • Le Revers (La Corne d’abondance) :

    • La Promesse de l’Abondance (Annona) : La corne d’abondance (cornucopia) symbolise la fin des privations. En période de guerre civile, le blocus des mers par Sextus Pompée affamait Rome. En affichant ce symbole, les triumvirs promettent que leur victoire ramènera la richesse et la nourriture.

    • Le Globe et le Gouvernail (parfois associés) : Sur certains types de cette série, la corne repose sur un globe, signifiant que le destin du monde est désormais entre les mains des triumvirs.

    • L’influence du monétaire : Lucius Mussidius Longus, bien que simple magistrat, signe ici une œuvre d’une grande finesse artistique. Son nom apparaît clairement, liant sa famille (la gens Mussidia) au destin des nouveaux maîtres de Rome.

Lucius Mussidius Longus est un magistrat monétaire romain dont l’activité est documentée uniquement par ses émissions monétaires, principalement en 42 av. J.-C.

Il appartient à la gens Mussidia, une famille plébéienne relativement mineure dont les membres n’ont que rarement atteint les plus hautes fonctions de l’État. Voici les points clés à retenir sur ce personnage :

1. Membre d’un Collège Exceptionnel

Mussidius Longus faisait partie d’un collège de quatre magistrats (quattuorviri monetales) et non des trois habituels (triumviri), signe de l’augmentation des besoins monétaires durant les guerres civiles. Ses collègues étaient :

  • P. Clodius

  • L. Livineius Regulus

  • C. Vibius Varus

Ce groupe a été nommé par le Second Triumvirat (Octave, Marc Antoine, Lépide) pour financer la campagne contre Brutus et Cassius.

2. Le Titre de « Quatuorvir A.P.F. »

Sur certaines de ses monnaies, il porte le titre complet de IIII VIR A.P.F., ce qui signifie Quatuorvir Auro Publico Feriundo (Quatuorvir chargé de la frappe de l’or public).

C’est un détail historique crucial : c’est sous ce collège que la frappe de l’or (l’aureus), auparavant sporadique et militaire, commence à être plus régulièrement supervisée par l’atelier de Rome.

3. Un Maître de la Propagande

Mussidius Longus se distingue par la variété et la qualité de ses types monétaires. Son rôle était de diffuser l’image des chefs du Triumvirat tout en honorant la mémoire du défunt Jules César. Il a frappé des monnaies pour :

  • Les Triumvirs : Notamment l’aureus de Lépide que nous avons évoqué, mais aussi pour Octave et Marc Antoine.

  • Jules César : Des émissions posthumes honorant le dictateur divinisé.

  • Des types personnels : Il est célèbre pour ses deniers représentant le sanctuaire de Vénus Cloacina (RRC 494/42), un petit temple sur le Forum Romain lié à la purification.

4. Origine et Famille

On sait, grâce aux légendes de ses pièces (L. MVSSIDIVS T. F. LONGVS), qu’il était le fils d’un certain Titus Mussidius Longus. Son cognomen « Longus » suggère un ancêtre particulièrement grand. Bien que sa carrière politique après 42 av. J.-C. nous soit inconnue, il est possible qu’il soit l’ancêtre d’un sénateur de l’époque d’Auguste.

Pour voir d’autres exemplaires de cette monnaie :

Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon

La famille Mussidia n’est connue que par les monnaies de L. Mussidius Longus, fils de T. Mussidius Longus. On ne sait rien sur la vie de ce personnage qui fut monétaire en 711 et 712 (43-42 av. J.-C.) en même temps que P. Clodius M. f., L. Livineius Regulus et C. Vibius Varus. Outre les monnaies qui n’ont que son nom, L. Mussidius en a fait émettre qui portent les noms : 1° de Jules César, déjà mort quand elles furent frappées ; 2° de Lépide; 3° de Marc Antoine; 4° d’Octave. L. Mussidius Longus prend sur plusieurs médailles le titre de quatuorvir chargé de la fabrication des espèces d’or.
La couronne, au revers des deniers n. 1, 2, 3, est la couronne d’épis attachée par des bandelettes de laine blanche, des frères Arvales. Sur le denier n. 4, on voit la tête caractéristique de Fulvie avec les attributs de la Victoire; nous avons déjà expliqué la présence du portrait de la première femme de Marc Antoine, sur les médailles 2. La tête de la Concorde sur les deniers n° 5 et 6, figure sur un grand nombre de monnaies contemporaines; nous rappellerons seulement que la Concorde avait un temple in arce, bâti dès l’an (217 5 37 av. J.-C.) et qu’on célébrait la fête de cette déesse le 5 février. On voit souvent aussi, sur les médailles de la fin de la république, au milieu des guerres civiles, le caducée, symbole de la paix, tenu par deux mains jointes. La tête radiée du Soleil (n° 7) se rencontre aussi sur des monnaies de Marc Antoine frappées en 711 (Antonia, 28 à 31). Mais le type le plus intéressant est celui du revers des pièces n. 6 et 7, bien qu’il ne soit pas encore clairement expliqué. Le nom de Cloacina (de cluere, purgare), inscrit sur le vaisseau, est le surnom de Vénus expiatrix, et prouve que nous sommes en présence du monument élevé à cette déesse non loin de l’enceinte des comices. On racontait que ce sanctuaire avait été érigé par les Romains et les Sabins portant des branches de myrte en signe de réconciliation, après le rapt des Sabines et le combat qui s’ensuivit. Vénus Cloacina dont les attributs avaient beaucoup de rapport avec ceux de la Concorde, pouvait donc être très opportunément invoquée durant la période des guerres civiles. Les deux personnages debout sur le vaisseau, et dont l’un tient une branche de myrte, sont Romulus et Tatius, le roi des Sabins.

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