
1591AE – Aureus Lépide – Lucius Mussidius Longus
Avers : M·LEPIDVS·III·VIR·R·P·C
Tête de Lépide à gauche.
Revers : L · MVSSIDIVS · LONGVS (Lucius Mussidius Longus)
Corne d’abondance.
INDICE DE RARETE : 10+
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ATELIER : Rome
Cet aureus est une monnaie d’exception frappée à Rome en 42 av. J.-C., une année charnière marquant la consolidation du pouvoir du Second Triumvirat.
Voici l’analyse détaillée du contexte et des symboles de cette émission, supervisée par le magistrat monétaire L. Mussidius Longus :
Contexte Historique : L’affirmation du Triumvirat
Le Temps des Guerres Civiles : Nous sommes deux ans après l’assassinat de Jules César. Rome est dirigée par le Second Triumvirat (Octave, Marc Antoine et Lépide). Cette monnaie est frappée alors que les triumvirs se préparent à affronter les républicains (Brutus et Cassius) à la bataille de Philippes.
Lépide, le « Troisième Homme » : Bien que souvent éclipsé par ses collègues, Marcus Aemilius Lepidus occupe alors une position centrale. Il reste à Rome pour administrer l’Italie pendant qu’Antoine et Octave partent en campagne. L’émission de cet aureus à son effigie souligne son autorité légale et religieuse (il est Pontifex Maximus).
Le financement de la guerre : L’usage de l’or est rare et presque exclusivement réservé aux besoins militaires urgents. Cet aureus servait à payer les légions stationnées en Italie, assurant ainsi leur fidélité au régime triumviral.
Symbolisme : Ordre, Abondance et Légitimité
Cette pièce est une véritable « profession de foi » politique des triumvirs :
Avers (Le Portrait de Lépide) :
Le Portrait : Le portrait de Lépide à gauche est entouré de la légende
M·LEPIDVS·III·VIR·R·P·C.Signification : C’est l’affirmation d’un pouvoir personnel. Le titre III VIR R P C (Triumvir Rei Publicae Constituendae) indique qu’il a reçu le mandat légal de « restaurer la République ». C’est un paradoxe visuel : utiliser un portrait de type « monarchique » pour proclamer le retour à l’ordre républicain.
Revers (La Corne d’Abondance) :
Le Type : Une corne d’abondance (cornucopia) ornée d’un ruban (vitta). La légende mentionne le nom du monétaire :
L·MVSSIDIVS LONGVS.Signification : La corne d’abondance symbolise la Felicitas (le bonheur public) et l’abondance retrouvée. Le message est simple : après le chaos des guerres, le gouvernement des triumvirs garantit la paix et la fin de la famine (problème récurrent à Rome à cause des blocus). Le ruban souligne le caractère sacré et béni de cette prospérité.
Importance Numismatique
Cet aureus est l’un des rares témoignages monétaires de l’importance de Lépide avant son éviction progressive par Octave. Il illustre parfaitement comment la monnaie servait de premier média de masse pour diffuser une image de stabilité et de légitimité divine.
Lucius Mussidius Longus est un magistrat monétaire romain dont l’activité est documentée uniquement par ses émissions monétaires, principalement en 42 av. J.-C.
Il appartient à la gens Mussidia, une famille plébéienne relativement mineure dont les membres n’ont que rarement atteint les plus hautes fonctions de l’État. Voici les points clés à retenir sur ce personnage :
1. Membre d’un Collège Exceptionnel
Mussidius Longus faisait partie d’un collège de quatre magistrats (quattuorviri monetales) et non des trois habituels (triumviri), signe de l’augmentation des besoins monétaires durant les guerres civiles. Ses collègues étaient :
P. Clodius
L. Livineius Regulus
C. Vibius Varus
Ce groupe a été nommé par le Second Triumvirat (Octave, Marc Antoine, Lépide) pour financer la campagne contre Brutus et Cassius.
2. Le Titre de « Quatuorvir A.P.F. »
Sur certaines de ses monnaies, il porte le titre complet de IIII VIR A.P.F., ce qui signifie Quatuorvir Auro Publico Feriundo (Quatuorvir chargé de la frappe de l’or public).
C’est un détail historique crucial : c’est sous ce collège que la frappe de l’or (l’aureus), auparavant sporadique et militaire, commence à être plus régulièrement supervisée par l’atelier de Rome.
3. Un Maître de la Propagande
Mussidius Longus se distingue par la variété et la qualité de ses types monétaires. Son rôle était de diffuser l’image des chefs du Triumvirat tout en honorant la mémoire du défunt Jules César. Il a frappé des monnaies pour :
Les Triumvirs : Notamment l’aureus de Lépide que nous avons évoqué, mais aussi pour Octave et Marc Antoine.
Jules César : Des émissions posthumes honorant le dictateur divinisé.
Des types personnels : Il est célèbre pour ses deniers représentant le sanctuaire de Vénus Cloacina (RRC 494/42), un petit temple sur le Forum Romain lié à la purification.
4. Origine et Famille
On sait, grâce aux légendes de ses pièces (L. MVSSIDIVS T. F. LONGVS), qu’il était le fils d’un certain Titus Mussidius Longus. Son cognomen « Longus » suggère un ancêtre particulièrement grand. Bien que sa carrière politique après 42 av. J.-C. nous soit inconnue, il est possible qu’il soit l’ancêtre d’un sénateur de l’époque d’Auguste.
Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon
La famille Mussidia n’est connue que par les monnaies de L. Mussidius Longus, fils de T. Mussidius Longus. On ne sait rien sur la vie de ce personnage qui fut monétaire en 711 et 712 (43-42 av. J.-C.) en même temps que P. Clodius M. f., L. Livineius Regulus et C. Vibius Varus. Outre les monnaies qui n’ont que son nom, L. Mussidius en a fait émettre qui portent les noms : 1° de Jules César, déjà mort quand elles furent frappées ; 2° de Lépide; 3° de Marc Antoine; 4° d’Octave. L. Mussidius Longus prend sur plusieurs médailles le titre de quatuorvir chargé de la fabrication des espèces d’or.
La couronne, au revers des deniers n. 1, 2, 3, est la couronne d’épis attachée par des bandelettes de laine blanche, des frères Arvales. Sur le denier n. 4, on voit la tête caractéristique de Fulvie avec les attributs de la Victoire; nous avons déjà expliqué la présence du portrait de la première femme de Marc Antoine, sur les médailles 2. La tête de la Concorde sur les deniers n° 5 et 6, figure sur un grand nombre de monnaies contemporaines; nous rappellerons seulement que la Concorde avait un temple in arce, bâti dès l’an (217 5 37 av. J.-C.) et qu’on célébrait la fête de cette déesse le 5 février. On voit souvent aussi, sur les médailles de la fin de la république, au milieu des guerres civiles, le caducée, symbole de la paix, tenu par deux mains jointes. La tête radiée du Soleil (n° 7) se rencontre aussi sur des monnaies de Marc Antoine frappées en 711 (Antonia, 28 à 31). Mais le type le plus intéressant est celui du revers des pièces n. 6 et 7, bien qu’il ne soit pas encore clairement expliqué. Le nom de Cloacina (de cluere, purgare), inscrit sur le vaisseau, est le surnom de Vénus expiatrix, et prouve que nous sommes en présence du monument élevé à cette déesse non loin de l’enceinte des comices. On racontait que ce sanctuaire avait été érigé par les Romains et les Sabins portant des branches de myrte en signe de réconciliation, après le rapt des Sabines et le combat qui s’ensuivit. Vénus Cloacina dont les attributs avaient beaucoup de rapport avec ceux de la Concorde, pouvait donc être très opportunément invoquée durant la période des guerres civiles. Les deux personnages debout sur le vaisseau, et dont l’un tient une branche de myrte, sont Romulus et Tatius, le roi des Sabins.