
1586AN – Aureus Marc Antoine – Lucius Mussidius Longus
Avers : M-ANTONIVS·III·VIR·R·P·C
Tête de Marc Antoine à droite.
Revers : L·MVSSIDIVS T·F·LONGVS·IIII VIR·A·P·F
Mars debout à droite, portant un casque corinthien, tenant une épée de la main gauche et une lance de la droite; le pied gauche sur un bouclier.
INDICE DE RARETE : 10+
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ATELIER : Rome
Datation : 42 avant J.C.
Matière : Or
Gentes : Mussidia et Antonia
Références : RRC 494/8a – B.24 (Antonia) – Syd.1097
Cet Aureus n’est pas qu’une simple unité monétaire ; c’est un outil de propagande sophistiqué produit dans l’œil du cyclone des guerres civiles romaines. En 42 av. J.-C., la République est à l’agonie et la monnaie devient le principal vecteur de légitimité pour les chefs militaires.
1. Le Symbolisme : L’Alliance de la Force et de l’Honneur
Chaque élément visuel de cette pièce est soigneusement choisi pour envoyer un message politique aux soldats et aux citoyens :
Le Portrait de Marc Antoine : C’est l’affirmation d’une autorité suprême. En faisant figurer son visage sur l’or (métal destiné au paiement de la haute hiérarchie militaire), Antoine se place au-dessus des institutions traditionnelles. La mention
III VIR R.P.C.formalise son pouvoir dictatorial partagé avec Octave et Lépide.Mars Victorieux : Le revers représentant Mars (le dieu de la guerre) est un choix stratégique. Contrairement à Vénus (souvent associée à la lignée de César et donc à Octave), Mars s’adresse directement à la vertu guerrière d’Antoine.
Le pied sur le bouclier : Ce geste symbolise la domination et la paix imposée par les armes (Pax Romana par la victoire).
L’épée et la lance : Elles rappellent que le Triumvirat est prêt à l’affrontement final contre les républicains (Brutus et Cassius).
La mention
A.P.F.(Auro Publico Feriundo) : Cette inscription sur le revers souligne que l’or utilisé appartient au Trésor Public. C’est une manière de dire : « Ce n’est pas la monnaie d’un tyran, mais celle de l’État pour restaurer l’ordre ».
2. Le Contexte Historique : L’Or de la Bataille de Philippes
L’année 42 av. J.-C. est l’une des plus tendues de l’histoire romaine.
Le financement de la guerre : Pour venger la mort de Jules César, Marc Antoine et Octave doivent lever et entretenir 28 légions. Le coût est colossal. La série RRC 494 a été frappée spécifiquement pour cette campagne. L’or (aureus) est indispensable car il est plus facile à transporter pour les armées en mouvement vers la Macédoine.
La rivalité interne : Bien qu’alliés, Antoine et Octave se livrent une guerre d’image. En choisissant L. Mussidius Longus comme monétaire, Antoine s’assure une production de haute qualité artistique, surpassant parfois celle de ses rivaux.
La fin de la République : Cette monnaie marque la fin du contrôle du Sénat sur les émissions monétaires. Ce sont désormais les « hommes forts » qui dictent l’iconographie, préfigurant le système impérial où le portrait du souverain deviendra la norme.
Le monétaire responsable de l’émission de cet aureus est Lucius Mussidius Longus.
Voici les informations essentielles sur ce magistrat et son rôle particulier dans le système monétaire romain :
1. Son titre : Un collège exceptionnel
Contrairement à la règle habituelle de la République romaine où les monnaies étaient frappées par un collège de trois magistrats (Tresviri Monetales), Mussidius Longus fait partie en 42 av. J.-C. d’un collège de quatre magistrats (Quattuorviri).
Sa légende sur l’aureus porte l’abréviation
IIII·VIR·A·P·F, ce qui signifie Quattuorvir Auro Publico Feriundo (« L’un des quatre magistrats chargés de frapper l’or public »).Cette augmentation du nombre de magistrats témoigne de l’énorme besoin en numéraire (surtout en or) pour financer les guerres civiles du Second Triumvirat.
2. Un « partisan » du Triumvirat
Lucius Mussidius Longus n’était pas un simple technicien ; il était un fidèle des Triumvirs (Octave, Marc Antoine et Lépide). En 42 av. J.-C., il frappe une série complète de monnaies honorant chacun des trois chefs :
Le type RRC 494/7 (celui que nous avons évoqué) est dédié à Lépide.
D’autres types de la même année portent les portraits de Marc Antoine et d’Octave. Cette coordination montre que Longus agissait sous les ordres directs du pouvoir central à Rome pour diffuser l’image de l’unité triumvirale.
3. La Gens Mussidia
L’histoire de la gens Mussidia est relativement obscure avant cette période. On considère souvent que Lucius Mussidius Longus est le membre le plus célèbre de cette famille. Sa carrière se situe à la fin de la République, et son nom disparaît des annales après la consolidation du pouvoir impérial par Auguste.
4. Son style et ses autres types célèbres
Outre l’aureus de Lépide, il est très connu en numismatique pour ses deniers d’argent représentant le sanctuaire de Venus Cloacina (RRC 494/42). Le choix de ce sanctuaire (situé sur le Forum Romain) montre son intérêt pour les monuments et la topographie de Rome, renforçant l’idée d’un magistrat très impliqué dans la vie politique de la cité alors que les chefs militaires étaient en campagne.
Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon
La famille Mussidia n’est connue que par les monnaies de L. Mussidius Longus, fils de T. Mussidius Longus. On ne sait rien sur la vie de ce personnage qui fut monétaire en 711 et 712 (43-42 av. J.-C.) en même temps que P. Clodius M. f., L. Livineius Regulus et C. Vibius Varus. Outre les monnaies qui n’ont que son nom, L. Mussidius en a fait émettre qui portent les noms : 1° de Jules César, déjà mort quand elles furent frappées ; 2° de Lépide; 3° de Marc Antoine; 4° d’Octave. L. Mussidius Longus prend sur plusieurs médailles le titre de quatuorvir chargé de la fabrication des espèces d’or.
La couronne, au revers des deniers n. 1, 2, 3, est la couronne d’épis attachée par des bandelettes de laine blanche, des frères Arvales. Sur le denier n. 4, on voit la tête caractéristique de Fulvie avec les attributs de la Victoire; nous avons déjà expliqué la présence du portrait de la première femme de Marc Antoine, sur les médailles 2. La tête de la Concorde sur les deniers n° 5 et 6, figure sur un grand nombre de monnaies contemporaines; nous rappellerons seulement que la Concorde avait un temple in arce, bâti dès l’an (217 5 37 av. J.-C.) et qu’on célébrait la fête de cette déesse le 5 février. On voit souvent aussi, sur les médailles de la fin de la république, au milieu des guerres civiles, le caducée, symbole de la paix, tenu par deux mains jointes. La tête radiée du Soleil (n° 7) se rencontre aussi sur des monnaies de Marc Antoine frappées en 711 (Antonia, 28 à 31). Mais le type le plus intéressant est celui du revers des pièces n. 6 et 7, bien qu’il ne soit pas encore clairement expliqué. Le nom de Cloacina (de cluere, purgare), inscrit sur le vaisseau, est le surnom de Vénus expiatrix, et prouve que nous sommes en présence du monument élevé à cette déesse non loin de l’enceinte des comices. On racontait que ce sanctuaire avait été érigé par les Romains et les Sabins portant des branches de myrte en signe de réconciliation, après le rapt des Sabines et le combat qui s’ensuivit. Vénus Cloacina dont les attributs avaient beaucoup de rapport avec ceux de la Concorde, pouvait donc être très opportunément invoquée durant la période des guerres civiles. Les deux personnages debout sur le vaisseau, et dont l’un tient une branche de myrte, sont Romulus et Tatius, le roi des Sabins.