
1585AE – Aureus Lépide – Lucius Mussidius Longus
INDICE DE RARETE : 10+
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ATELIER : Rome
Datation : 42 avant J.C.
Matière : Or
Gentes : Mussidia et Aemilia
Références : RRC 494/7b – B.38 (Aemilia) – Syd.1099
Cet Aureus, frappé par le magistrat L. Mussidius Longus, est bien plus qu’une simple unité monétaire ; c’est un outil de légitimation politique et un symbole de la force du Second Triumvirat.
Voici l’analyse détaillée de son symbolisme et de son contexte historique :
1. Symbolisme : Mars et la vengeance de César
Le revers de cette monnaie, représentant Mars, le dieu de la guerre, est chargé de significations spécifiques à l’année 42 av. J.-C. :
L’ancêtre divin : Pour Lépide (dont le portrait figure à l’avers), Mars n’est pas seulement le dieu de la guerre, mais une divinité protectrice liée à la gens Aemilia. En l’affichant, Lépide affirme son lignage et sa noblesse.
Mars Ultor (Le Vengeur) : Bien que le temple officiel de Mars Ultor ne soit inauguré que plus tard par Octave, l’image de Mars en armes sur cette pièce symbolise la mission sacrée des Triumvirs : venger l’assassinat de Jules César.
L’Iconographie guerrière : Mars est représenté avec un pied sur un bouclier, tenant une lance et un parazonium. Cette posture victorieuse annonce l’issue souhaitée du conflit imminent contre les « Libérateurs » (Brutus et Cassius).
2. Contexte Historique : Rome sous tension (42 av. J.-C.)
L’année 42 av. J.-C. est un tournant majeur de la fin de la République romaine.
Le partage des rôles : Pendant que Marc Antoine et Octave partent vers la Grèce pour affronter les armées de Brutus et Cassius, Lépide reste à Rome. Il est chargé de maintenir l’ordre en Italie et de protéger le centre du pouvoir. Cette monnaie, frappée à l’atelier de Rome, est donc une affirmation de sa présence et de son autorité en l’absence des deux autres triumvirs.
Le rôle du magistrat L. Mussidius Longus : Longus était l’un des quattuorviri monetales (un collège exceptionnel de quatre magistrats au lieu de trois). Son titre complet sur la monnaie,
IIII·VIR·A·P·F(Auro Publico Feriundo), indique qu’il était spécifiquement chargé de transformer l’or public en monnaie.Le financement de la guerre : La frappe d’aurei (monnaies d’or) est rare sous la République. Elle répond ici à un besoin urgent : payer les légions. L’or, métal de prestige, servait à fidéliser les officiers et les soldats avant la confrontation décisive de Philippes.
3. Une série coordonnée
Il est fascinant de noter que cette pièce fait partie d’une série « cohérente » : Mussidius Longus a frappé des types similaires pour les trois triumvirs (Octave, Marc Antoine et Lépide). Cela visait à projeter une image de Concorde et d’unité totale du Triumvirat face à leurs ennemis, malgré les tensions internes qui commençaient déjà à poindre.
Le monétaire responsable de l’émission de cet aureus est Lucius Mussidius Longus.
Voici les informations essentielles sur ce magistrat et son rôle particulier dans le système monétaire romain :
1. Son titre : Un collège exceptionnel
Contrairement à la règle habituelle de la République romaine où les monnaies étaient frappées par un collège de trois magistrats (Tresviri Monetales), Mussidius Longus fait partie en 42 av. J.-C. d’un collège de quatre magistrats (Quattuorviri).
Sa légende sur l’aureus porte l’abréviation
IIII·VIR·A·P·F, ce qui signifie Quattuorvir Auro Publico Feriundo (« L’un des quatre magistrats chargés de frapper l’or public »).Cette augmentation du nombre de magistrats témoigne de l’énorme besoin en numéraire (surtout en or) pour financer les guerres civiles du Second Triumvirat.
2. Un « partisan » du Triumvirat
Lucius Mussidius Longus n’était pas un simple technicien ; il était un fidèle des Triumvirs (Octave, Marc Antoine et Lépide). En 42 av. J.-C., il frappe une série complète de monnaies honorant chacun des trois chefs :
Le type RRC 494/7 (celui que nous avons évoqué) est dédié à Lépide.
D’autres types de la même année portent les portraits de Marc Antoine et d’Octave. Cette coordination montre que Longus agissait sous les ordres directs du pouvoir central à Rome pour diffuser l’image de l’unité triumvirale.
3. La Gens Mussidia
L’histoire de la gens Mussidia est relativement obscure avant cette période. On considère souvent que Lucius Mussidius Longus est le membre le plus célèbre de cette famille. Sa carrière se situe à la fin de la République, et son nom disparaît des annales après la consolidation du pouvoir impérial par Auguste.
4. Son style et ses autres types célèbres
Outre l’aureus de Lépide, il est très connu en numismatique pour ses deniers d’argent représentant le sanctuaire de Venus Cloacina (RRC 494/42). Le choix de ce sanctuaire (situé sur le Forum Romain) montre son intérêt pour les monuments et la topographie de Rome, renforçant l’idée d’un magistrat très impliqué dans la vie politique de la cité alors que les chefs militaires étaient en campagne.
Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon
La famille Mussidia n’est connue que par les monnaies de L. Mussidius Longus, fils de T. Mussidius Longus. On ne sait rien sur la vie de ce personnage qui fut monétaire en 711 et 712 (43-42 av. J.-C.) en même temps que P. Clodius M. f., L. Livineius Regulus et C. Vibius Varus. Outre les monnaies qui n’ont que son nom, L. Mussidius en a fait émettre qui portent les noms : 1° de Jules César, déjà mort quand elles furent frappées ; 2° de Lépide; 3° de Marc Antoine; 4° d’Octave. L. Mussidius Longus prend sur plusieurs médailles le titre de quatuorvir chargé de la fabrication des espèces d’or.
La couronne, au revers des deniers n. 1, 2, 3, est la couronne d’épis attachée par des bandelettes de laine blanche, des frères Arvales. Sur le denier n. 4, on voit la tête caractéristique de Fulvie avec les attributs de la Victoire; nous avons déjà expliqué la présence du portrait de la première femme de Marc Antoine, sur les médailles 2. La tête de la Concorde sur les deniers n° 5 et 6, figure sur un grand nombre de monnaies contemporaines; nous rappellerons seulement que la Concorde avait un temple in arce, bâti dès l’an (217 5 37 av. J.-C.) et qu’on célébrait la fête de cette déesse le 5 février. On voit souvent aussi, sur les médailles de la fin de la république, au milieu des guerres civiles, le caducée, symbole de la paix, tenu par deux mains jointes. La tête radiée du Soleil (n° 7) se rencontre aussi sur des monnaies de Marc Antoine frappées en 711 (Antonia, 28 à 31). Mais le type le plus intéressant est celui du revers des pièces n. 6 et 7, bien qu’il ne soit pas encore clairement expliqué. Le nom de Cloacina (de cluere, purgare), inscrit sur le vaisseau, est le surnom de Vénus expiatrix, et prouve que nous sommes en présence du monument élevé à cette déesse non loin de l’enceinte des comices. On racontait que ce sanctuaire avait été érigé par les Romains et les Sabins portant des branches de myrte en signe de réconciliation, après le rapt des Sabines et le combat qui s’ensuivit. Vénus Cloacina dont les attributs avaient beaucoup de rapport avec ceux de la Concorde, pouvait donc être très opportunément invoquée durant la période des guerres civiles. Les deux personnages debout sur le vaisseau, et dont l’un tient une branche de myrte, sont Romulus et Tatius, le roi des Sabins.