
1562AN – Denier Marc Antoine et César – Marcus Antonius
Avers : M. A(NT)ON IMP (Marcus Antonius Imperator, Marc Antoine Imperator)
Tête nue de Marc Antoine à droite, barbu ; derrière, un lituus.
Revers : CAESAR DIC (Cæsar Dictator, César dictateur)
Tête laurée de Jules César à droite ; derrière, un vase à sacrifices “capis”.
INDICE DE RARETE : 9
1
10+
ATELIER : Gaule cisalpine
Datation : 43 avant J.C.
Matière : Argent
Gentes : Antonia et Julia
Références : RRC 488/1 – B.4 (Antonia) – Syd.1165
Ce denier est l’un des outils de propagande les plus puissants de la fin de la République romaine. Frappé en 43 av. J.-C., peu après la formation du Second Triumvirat, il porte un message politique et religieux complexe.
Voici l’analyse détaillée de son symbolisme et de son contexte :
1. Le Contexte Historique : La lutte pour l’héritage
En 43 av. J.-C., Rome est en plein chaos après l’assassinat de Jules César (44 av. J.-C.). Marc Antoine, qui était le bras droit de César, cherche à s’imposer comme son seul héritier légitime face à deux fronts :
Les Républicains (assassins de César) : Brutus et Cassius, qui ont fui vers l’Orient.
Octave : Le jeune petit-neveu et fils adoptif de César, qui conteste l’autorité d’Antoine.
En frappant cette monnaie, Antoine utilise l’image du dictateur défunt pour transférer le prestige et la divinité de César sur sa propre personne.
2. Le Symbolisme de l’Avers (Marc Antoine)
Le Portrait Barbu : Antoine est représenté avec une barbe courte. À Rome, le rasage de près était la norme ; porter la barbe était un signe de deuil profond (squalor). C’est une déclaration visuelle : il est le vengeur de César.
Le Lituus (Bâton d’augure) : Ce symbole derrière sa tête rappelle qu’Antoine appartient au collège des Augures. Cela souligne sa piété et son droit religieux de consulter les dieux avant d’agir, une fonction essentielle pour un général.
La légende « IMP » (Imperator) : Elle affirme son commandement militaire absolu sur ses légions en Gaule.
3. Le Symbolisme du Revers (Jules César)
Le Portrait Lauré : César est représenté avec la couronne de lauriers, symbole de ses triomphes, mais aussi de son statut quasi-royal et divin.
Le Capis (Aiguière/Cruche sacrificielle) : Cet objet rituel placé derrière César fait référence à sa fonction de Pontifex Maximus (Grand Pontife), le chef suprême de la religion romaine.
La légende « CAESAR DIC » (Caesar Dictator) : Bien que mort, il est toujours désigné comme Dictateur, rappelant que l’ordre qu’Antoine prétend restaurer est celui de César.
4. Synthèse : Une filiation politique
L’association systématique des instruments religieux (Lituus et Capis) montre qu’Antoine ne se présente pas seulement comme un successeur militaire, mais comme le continuateur de la mission sacrée de César. L’utilisation de ces symboles sacerdotaux sur le monnayage de cette époque servait à légitimer le pouvoir personnel en le drapant dans la tradition et la religion.
En résumé, ce denier est une « pièce de légitimation ». En plaçant son visage à côté de celui de César, Antoine dit au peuple et aux soldats : « Je suis l’héritier des pouvoirs, de la piété et de la vengeance de Jules César. »
Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon
Marc Antoine fit frapper ces médailles (n° 3 à 7), peu après la mort de César dont il se proclamait le vengeur ; il en ordonna l’émission comme général, pour la solde de ses troupes, pendant le siège de Modène, à la fin de l’année710 (44 av. J.-C.). Sur l’une de ces pièces, le titre d’imperator reipublicae constituandae se rapproche de la formule qui sera adoptée, quelques mois plus tard, après la constitution du triumvirat.
Lieux de découverte (8 exemplaires)