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1544ME – Quinaire Mettia – Marcus Mettius

Avers : Anépigraphe

Tête de Junon Sospita à droite portant une peau de chèvre. Serpent derrière le buste.

Revers : M METTI (Marcus Mettius)

Victoria (la Victoire) pilotant une bige à droite.

British Museum 1.6g

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10+

ATELIER : Rome

Datation 44 avant J.C.

Matière Argent

Gens : Mettia

Références : RRC 480/23 – B.1 (Mettia) – Syd.1058

Ce quinaire s’inscrit dans l’une des périodes les plus tendues et les plus denses de l’histoire de Rome : les mois précédant et suivant l’assassinat de Jules César.


1. Le Symbolisme de l’Avers : Junon Sospita

La représentation de Junon Sospita (« la Salvatrice ») est riche en significations :

  • Identité Familiale : Pour le magistrat Marcus Mettius, c’est une affirmation de ses origines. Junon Sospita est la divinité tutélaire de Lanuvium. En l’affichant, il célèbre son prestige familial et ses racines religieuses.

  • Protection et Salut : Le terme Sospita évoque la protection. Dans le contexte de 44 av. J.-C., où les tensions civiles sont extrêmes, invoquer une divinité protectrice n’est jamais neutre. Elle symbolise la préservation de l’État.

  • L’attribut du Serpent : Le serpent accompagnant Junon fait référence aux rites de Lanuvium, où des jeunes filles devaient nourrir un serpent sacré dans une grotte pour prouver leur pureté et garantir la fertilité des terres.

2. Le Symbolisme du Revers : La Victoire et le Bige

La Victoire sur un char (bige) est un motif classique, mais il prend une dimension particulière sous César :

  • Légitimation du Pouvoir : En 44 av. J.-C., César est au sommet de sa gloire après ses victoires dans les guerres civiles. La Victoire sur la monnaie de son fidèle lieutenant Mettius célèbre les triomphes passés et la « paix » imposée par les armes.

  • Dynamisme et Rapidité : Le mouvement galopant du bige souligne l’autorité triomphante de Rome.

3. Le Contexte Historique : L’année de la Rupture

L’émission 480/23 appartient au collège des Quattuorviri monetales (un collège de quatre magistrats exceptionnellement créé par César pour augmenter la masse monétaire).

  • Le Financement Militaire : Les quinaires, valant un demi-denier, étaient souvent utilisés pour la paye des soldats (le stipendium). Cette frappe massive de 44 av. J.-C. servait probablement à financer les préparatifs de la grande campagne que César projetait contre les Parthes.

  • Transition Numismatique : Ce quinaire est l’un des derniers à suivre les codes « républicains » classiques (divinités au droit) juste avant que Marcus Mettius ne frappe les premiers deniers montrant le visage de César de son vivant — une rupture radicale avec la tradition qui sera l’un des griefs des conjurés pour l’assassinat des Ides de Mars.


Le saviez-vous ?

La rareté de cette pièce s’explique par le fait que les quinaires étaient moins produits que les deniers et circulaient souvent jusqu’à l’usure complète ou étaient refondus lors des réformes monétaires impériales.

Marcus Mettius est un personnage fascinant dont la carrière illustre parfaitement le passage de la fidélité militaire à la haute administration sous Jules César.

1. Un compagnon d’armes fidèle

Marcus Mettius apparaît pour la première fois dans l’histoire en 58 av. J.-C. César, dans ses Commentaires sur la Guerre des Gaules (Livre I, 47), mentionne l’avoir choisi pour une mission diplomatique périlleuse.

  • L’ambassade auprès d’Arioviste : César envoie Mettius comme médiateur auprès du chef germain Arioviste. Le choix n’est pas anodin : Mettius était lié à Arioviste par les liens de l’hospitalité.

  • La captivité : Malgré son statut de diplomate, Arioviste le fait jeter aux fers. César raconte l’avoir secouru personnellement après sa victoire, affirmant que le plaisir de retrouver son ami sain et sauf était presque égal à celui de la victoire elle-même.

2. Le Magistrat Monétaire de l’an 44

En 44 av. J.-C., Mettius est nommé l’un des quattuorviri monetales (collège de quatre magistrats chargés de la frappe des monnaies). Cette année est cruciale car César a augmenté le nombre de monétaires de trois à quatre pour intensifier la production de numéraire.

  • Le Collège des Monétaires : Il partageait cette fonction avec L. Aemilius Buca, P. Sepullius Macer et C. Cossutius Maridianus.

  • Rôle de Propagande : En tant que partisan dévoué, Mettius a utilisé son mandat pour ancrer l’image de César dans l’esprit des Romains. Son denier est historiquement fondamental car il a été frappé avant le 15 mars, participant à la sacralisation du vivant de César.

3. Origines et Identité : La Gens Mettia

Le nom de Mettius est associé à une ancienne lignée latine et sabine.

  • Origine géographique : L’iconographie de ses pièces (notamment Junon Sospita) confirme que les Mettii étaient originaires de Lanuvium, une ville célèbre pour son sanctuaire dédié à cette déesse.

  • Le Serpent de Junon : Sur d’autres types de monnaies qu’il a supervisés (comme le quinaire RRC 480/28), on voit une jeune fille nourrissant un serpent, une référence directe aux rites de virginité pratiqués à Lanuvium.


En résumé, Marcus Mettius est l’exemple type de l’homme nouveau (homo novus) dont l’ascension sociale a été portée par le génie de César. Son nom reste gravé dans l’histoire principalement grâce à ces deniers qui ont, malgré eux, précipité la chute du dictateur en affichant son visage comme celui d’un roi.

Pour voir d’autres exemplaires de cette monnaie :

Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon

Le nom de Mettius est déjà illustre chez les Sabins et les Latins. Citons, par exemple, Mettius Fuffetius, dictateur d’Albe la Longue, au temps du roi Tullus Hostilius, avec lequel fut réglé le combat des Horaces et des Curiaces et qui prit parti pour Fidènes et Veies contre Rome. Mettius Geminus commandait la cavalerie de Tusculum dans la guerre entre Rome et les cités latines confédérées en 414 (340 av. J.-C.). P. Mettius, partisan de Saturninus et de Glaucia, tua C. Memmius, un des candidats au consulat en 654 (100 av. J.-C.). Enfin, M. Mettius, lieutenant de Jules César, est celui qui fit frapper les monnaies qui suivent, en 710 (44 av. J.-C.). Envoyé par César, pendant la guerre des Gaules, comme ambassadeur, auprès d’Arioviste, le chef de la confédération germanique, il fut retenu prisonnier par le barbare; mais César, après sa victoire, le fit mettre en liberté . La tête de Junon Sospita, qui paraît sur le quinaire de M. Mettius, comme sur les monnaies de L. Papius Celsus, de L. Procilius, de L. Roscius Fabatus, de L. Thorius Balbus, rappelle que les Mettii se disaient originaires de Lanuvium, où cette déesse avait un sanctuaire célèbre. Le revers du denier n. 3 et du sesterce est, de même, à rapprocher du revers des deniers de L. Roscius Fabatus et de L. Procilius, où l’on voit la déesse de Lanuvium avec un serpent. Sur le quinaire de L. Papius Celsus, on a, ainsi que sur celui de M. Mettius, une jeune fille qui donne à manger au serpent consacré à la déesse. Chaque année on soumettait une jeune fille à cette épreuve ; vierge, elle était épargnée par le monstre, sinon, elle ne manquait pas d’être dévorée.

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