
1530JU – Denier César – Lucius Aemilius Buca
INDICE DE RARETE : 10
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ATELIER : Rome
Datation : 44 avant J.C.
Matière : Argent
Gentes : Aemilia et Julia
Références : RRC 480/7b – B.36 (Julia) – Syd.1062
Ce denier, frappé par Lucius Aemilius Buca, est l’un des documents numismatiques les plus chargés d’histoire de la fin de la République romaine. Son symbolisme reflète l’apogée du pouvoir de Jules César, mais aussi les tensions qui mèneront aux Ides de Mars.
1. Le Portrait et la Légende : L’Affirmation du Pouvoir Absolu
Dictateur à vie (DICT PERPETVO) : C’est l’élément le plus frappant. Contrairement aux dictatures temporaires prévues par la loi romaine pour faire face à une crise, le titre de Dictator Perpetuo (reçu en février 44 av. J.-C.) indique que César ne compte jamais rendre le pouvoir. Pour les sénateurs défenseurs de la République, c’est la preuve irréfutable de ses ambitions monarchiques.
Le Portrait de son vivant : Jules César fut le premier Romain à voir son propre portrait figurer sur une pièce de monnaie de son vivant, un privilège jusqu’alors réservé aux dieux ou aux rois hellénistiques. Cela brisait un tabou républicain majeur.
La Couronne de Laurier : Elle symbolise non seulement ses triomphes militaires passés, mais elle était aussi devenue un attribut permanent que César portait pour masquer sa calvitie et souligner son statut quasi divin.
2. Le Revers : Vénus et la Légitimité Divine
Vénus Victrix (ou Genetrix) : Comme le souligne LesDioscures.com, le revers présente Vénus assise, tenant une Victoire. Vénus est la divinité tutélaire de la Gens Julia (la famille de César), qui affirmait descendre d’Énée, fils de la déesse.
La Victoire (Victoriola) : En tenant la Victoire dans sa main, Vénus (et par extension César) affirme que le succès militaire de Rome est un don divin transmis par sa lignée. C’est une communication politique puissante : le pouvoir de César est légitime car il est voulu par les dieux.
3. Le Contexte Historique : Le Chant du Cygne
Ce denier a été frappé dans les toutes dernières semaines de la vie de César (février-mars 44 av. J.-C.).
L’organisation monétaire : Buca était l’un des quattuorviri monetales (collège de quatre magistrats monétaires, au lieu de trois habituellement), une extension du collège décidée par César pour financer ses grands projets et ses futures campagnes (notamment contre les Parthes).
Le catalyseur du complot : La circulation de ces pièces dans Rome a servi de rappel quotidien et tangible de l’emprise totale de César sur l’État. Voir le visage de César associé au titre de « Dictateur à vie » dans leurs propres bourses a sans doute radicalisé les membres de la conspiration menée par Brutus et Cassius.
En somme, ce denier n’est pas qu’une simple monnaie ; c’est un outil de propagande ultime qui, en affichant une ambition sans limite, a paradoxalement précipité la chute du dictateur.
Lucius Aemilius Buca est un personnage clé de la numismatique romaine, bien que sa trace dans les textes historiques soit plus discrète que sur ses monnaies. Il appartient à la prestigieuse gens Aemilia, l’une des familles patriciennes les plus anciennes de Rome.
1. Identité et Origines
Fils de monétaire : Lucius est le fils de Marcus Aemilius Scaurus (monétaire en 58 av. J.-C.), un homme politique influent et proche de Sylla. Cela explique pourquoi Lucius utilise le « Songe de Sylla » sur le denier RRC 480/1 : il s’agit d’une référence aux gloires de sa propre famille.
Soutien politique : Il est mentionné historiquement en 54 av. J.-C. comme l’un des soutiens (souscripteur) lors du procès de Scaurus, ce qui confirme ses attaches avec l’aristocratie traditionnelle.
2. Rôle en 44 av. J.-C. : Le Quattuorvirat
Buca occupe la fonction de Quattuorvir monétaire (IIII. VIR) en 44 av. J.-C. Cette année-là, Jules César modifie le fonctionnement de l’atelier monétaire de Rome :
De trois à quatre : Traditionnellement, les magistrats monétaires étaient trois (Triumviri Monetales). César porte leur nombre à quatre pour répondre à ses besoins massifs en numéraire pour ses projets de guerres (notamment contre les Parthes).
Un collège de transition : Buca travaille aux côtés d’autres magistrats comme Cossutius Maridianus. Ensemble, ils supervisent le passage historique du portrait divin (Vénus) au portrait du dirigeant vivant (César).
3. Son importance numismatique
Buca est considéré comme le plus prolifique et le plus intéressant des quatre magistrats de cette année charnière :
Iconographie personnelle : Il est le seul du collège à avoir frappé des monnaies avec un motif purement familial (le Songe de Sylla, RRC 480/1) avant de se plier entièrement à la propagande césarienne.
Témoin de l’histoire : Ses émissions permettent de suivre précisément l’évolution des titres de César. On trouve sous son nom des deniers avec les légendes :
CAESAR IM P M (César Imperator, Grand Pontife)
CAESAR DICT PERPETVO (César Dictateur à vie) — cette dernière légende ayant été l’un des déclencheurs du complot des sénateurs.
4. Disparition
Après l’assassinat de Jules César aux Ides de Mars (15 mars 44 av. J.-C.), la trace de Lucius Aemilius Buca disparaît des archives. On suppose qu’il n’a plus exercé de responsabilités monétaires majeures après cette année mouvementée, son nom n’apparaissant plus sur les émissions ultérieures.
Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon
L. Aemilius Buca. Quatuorvir monétaire en 710 (44 av. J. C.)
Ce personnage mentionné dans le procès de Scaurus, était le fils du monétaire M. Scaurus, contemporain de Sylla. Il fut quatuorvir monétaire l’année même de la mort de Jules César, en 710 (44 av. J.-C.). L’histoire de L. Aemilius Buca n’est pas autrement connue; les types de ses médailles se rapportent tous à Jules César; on en trouvera l’explication et les dessins à la gens Julia, avec l’histoire du collège monétaire dont L. Buca a fait partie.
Lieux de découverte (2 exemplaires)