
1529JU – Denier César – Lucius Aemilius Buca
INDICE DE RARETE : 9
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ATELIER : Rome
Datation : 44 avant J.C.
Matière : Argent
Gens : Aemilia et Julia
Références : RRC 480/6 – B.37 (Julia) – Syd.1063
Ce denier est bien plus qu’une simple unité monétaire : c’est un manifeste politique frappé dans les dernières semaines de la vie de Jules César. Sa symbolique dense et son contexte historique en font l’un des témoins les plus poignants de la chute de la République romaine.
1. Contexte Historique : L’Étincelle des Ides de Mars
Cette monnaie est frappée à Rome entre février et début mars 44 av. J.-C., sous l’autorité du magistrat monétaire L. Aemilius Buca.
Le titre de la rupture : La légende CAESAR DICT PERPETVO (César Dictateur à Vie) est révolutionnaire. Traditionnellement, la dictature était une magistrature d’exception limitée à 6 mois. En s’autoproclamant « perpétuel », César brise le cycle républicain de l’alternance, ce qui sera l’argument majeur de Brutus et Cassius pour justifier son assassinat.
Le portrait du vivant : C’est l’un des premiers exemples où un Romain vivant apparaît sur une monnaie, une pratique jusque-là réservée aux rois hellénistiques ou aux divinités. Pour l’aristocratie sénatoriale, c’était la preuve ultime de ses ambitions royales.
Le réalisme (Vérisme) : Le portrait est frappant de réalisme. On y voit un homme marqué par l’âge, au cou décharné, portant la couronne de laurier (qui, selon Suétone, lui servait aussi à dissimuler sa calvitie).
2. Symbolisme du Revers : Un Programme Politique
Le revers est un condensé de l’idéologie césarienne, utilisant des symboles « croisés » (en sautoir) pour illustrer l’harmonie des pouvoirs.
| Symbole | Signification Politique |
| Le Caducée | Attribut de Mercure, il symbolise la paix, la félicité publique et le renouveau du commerce après les guerres civiles. |
| Le Faisceau (Fasces) | Symbole de l’Imperium (le pouvoir de commandement militaire et civil). Ici, il représente l’autorité légale de César. |
| La Hache | Souvent liée au rôle de Pontifex Maximus (Grand Pontife), elle rappelle que César est le chef de la religion romaine. |
| Le Globe | Représente la domination mondiale de Rome, stabilisée par les conquêtes de César (Gaule, Égypte, Afrique). |
| Les Mains Jointes | La Dextrarum Junctio symbolise la Concorde (l’harmonie) entre le dictateur, le Sénat et le peuple, ou la loyauté des troupes. |
3. Analyse Numismatique
L’équilibre entre le caducée (paix) et le faisceau (pouvoir) suggère que la dictature de César n’est pas une fin en soi, mais l’instrument nécessaire pour restaurer la prospérité du monde romain. Malheureusement pour lui, cette iconographie de « monarque de fait » a précipité sa fin le 15 mars.
Lucius Aemilius Buca est un personnage clé de la numismatique romaine, bien que sa trace dans les textes historiques soit plus discrète que sur ses monnaies. Il appartient à la prestigieuse gens Aemilia, l’une des familles patriciennes les plus anciennes de Rome.
1. Identité et Origines
Fils de monétaire : Lucius est le fils de Marcus Aemilius Scaurus (monétaire en 58 av. J.-C.), un homme politique influent et proche de Sylla. Cela explique pourquoi Lucius utilise le « Songe de Sylla » sur le denier RRC 480/1 : il s’agit d’une référence aux gloires de sa propre famille.
Soutien politique : Il est mentionné historiquement en 54 av. J.-C. comme l’un des soutiens (souscripteur) lors du procès de Scaurus, ce qui confirme ses attaches avec l’aristocratie traditionnelle.
2. Rôle en 44 av. J.-C. : Le Quattuorvirat
Buca occupe la fonction de Quattuorvir monétaire (IIII. VIR) en 44 av. J.-C. Cette année-là, Jules César modifie le fonctionnement de l’atelier monétaire de Rome :
De trois à quatre : Traditionnellement, les magistrats monétaires étaient trois (Triumviri Monetales). César porte leur nombre à quatre pour répondre à ses besoins massifs en numéraire pour ses projets de guerres (notamment contre les Parthes).
Un collège de transition : Buca travaille aux côtés d’autres magistrats comme Cossutius Maridianus. Ensemble, ils supervisent le passage historique du portrait divin (Vénus) au portrait du dirigeant vivant (César).
3. Son importance numismatique
Buca est considéré comme le plus prolifique et le plus intéressant des quatre magistrats de cette année charnière :
Iconographie personnelle : Il est le seul du collège à avoir frappé des monnaies avec un motif purement familial (le Songe de Sylla, RRC 480/1) avant de se plier entièrement à la propagande césarienne.
Témoin de l’histoire : Ses émissions permettent de suivre précisément l’évolution des titres de César. On trouve sous son nom des deniers avec les légendes :
CAESAR IM P M (César Imperator, Grand Pontife)
CAESAR DICT PERPETVO (César Dictateur à vie) — cette dernière légende ayant été l’un des déclencheurs du complot des sénateurs.
4. Disparition
Après l’assassinat de Jules César aux Ides de Mars (15 mars 44 av. J.-C.), la trace de Lucius Aemilius Buca disparaît des archives. On suppose qu’il n’a plus exercé de responsabilités monétaires majeures après cette année mouvementée, son nom n’apparaissant plus sur les émissions ultérieures.
Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon
L. Aemilius Buca. Quatuorvir monétaire en 710 (44 av. J. C.)
Ce personnage mentionné dans le procès de Scaurus, était le fils du monétaire M. Scaurus, contemporain de Sylla. Il fut quatuorvir monétaire l’année même de la mort de Jules César, en 710 (44 av. J.-C.). L’histoire de L. Aemilius Buca n’est pas autrement connue; les types de ses médailles se rapportent tous à Jules César; on en trouvera l’explication et les dessins à la gens Julia, avec l’histoire du collège monétaire dont L. Buca a fait partie.
Lieux de découverte (7 exemplaires)