
1506LO – Sesterce Lollia – Marcus Lollius Palicanus
INDICE DE RARETE : 10+
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ATELIER : Rome
Datation : 45 avant J.C.
Matière : Argent
Gens : Lollia
Références : RRC 473/4 – B.4 (Lollia) – Syd.963
L’émission de ce sesterce par Lollius Palicanus en 45 av. J.-C. est une pièce maîtresse pour comprendre la communication politique à la fin de la République romaine, juste avant l’assassinat de Jules César.
Le Symbolisme : La Logique de la Distribution
L’iconographie de cette pièce est inhabituelle car elle ne représente pas de divinités classiques, mais des objets concrets liés à l’administration civile.
L’Olla (Le vase) au Droit : Ce récipient globulaire servait au stockage des denrées. Dans le contexte du monnayage de Palicanus, elle symbolise la Liberalitas (la générosité) ou la Providentia (la prévoyance) de l’État. Elle évoque directement les réserves de grain destinées au peuple.
La Tessera (Le jeton) au Revers : La tessera frumentaria était le jeton officiel que les citoyens romains présentaient pour recevoir leur ration de blé gratuite ou à prix réduit.
Le message global : En associant le contenant (l’olla) et le droit d’accès (la tessera), Palicanus rappelle au peuple romain les bienfaits des distributions frumentaires. C’est une imagerie « populiste » au sens noble du terme, visant à s’attirer la faveur des masses urbaines.
Le Contexte Historique : L’héritage d’un tribun
Pour comprendre pourquoi Palicanus choisit ces symboles en 45 av. J.-C., il faut regarder l’histoire de sa famille :
L’hommage au père : Le monétaire est probablement le fils de Marcus Lollius Palicanus, un tribun de la plèbe très actif en 71-70 av. J.-C. Ce dernier s’était battu pour la restauration des pouvoirs des tribuns (que Sylla avait restreints) et pour le droit du peuple à bénéficier des distributions de grain.
L’ère de César : En 45 av. J.-C., Jules César est au sommet de son pouvoir. Il a réorganisé les listes de bénéficiaires des distributions de blé (réduisant le nombre d’allocataires de 320 000 à 150 000 pour assainir les finances). En frappant cette monnaie, Palicanus réaffirme l’importance de cette institution alors que le contrôle de l’État sur les vivres est un enjeu de pouvoir absolu.
L’affirmation d’un rang : Bien que ce soit un sesterce (une petite dénomination en argent à l’époque), l’utilisation de symboles si spécifiques permet à la famille Lollia de lier son nom à la protection des droits alimentaires du peuple, une stratégie de « branding » politique très efficace pour les élections futures.
Le monétaire Marcus Lollius Palicanus (ou Palikanus) appartient à la gens Lollia, une famille d’origine plébéienne (peut-être samnite) qui a marqué la fin de la République romaine par son attachement aux droits populaires.
Voici les informations clés sur ce personnage et sa lignée :
1. Identité du monétaire (45 av. J.-C.)
Le monétaire de cet émission est identifié comme le fils du célèbre tribun de la plèbe du même nom. À cette époque (45 av. J.-C.), la fonction de monétaire (tresvir monetalis) était souvent occupée par de jeunes hommes issus de familles sénatoriales, servant de tremplin pour leur future carrière politique (cursus honorum).
2. L’héritage de son père (M. Lollius Palicanus, Tribun en 71 av. J.-C.)
La majeure partie du message de la monnaie rend hommage à l’action politique de son père. Ce dernier était un personnage central de la politique « populaire » :
Défenseur de la plèbe : Il fut l’un des principaux artisans du rétablissement des pouvoirs des tribuns de la plèbe, qui avaient été drastiquement réduits par la dictature de Sylla.
Orateur et opposant : Décrit par les sources (comme Valère Maxime ou Cicéron) comme un orateur fougueux, il fut un farouche opposant aux Optimates (la faction conservatrice du Sénat).
Échec au consulat : En 67 av. J.-C., il brigua le consulat, mais le consul en charge des élections, Pison, refusa de proclamer son nom bien qu’il ait reçu les suffrages, le jugeant « indigne » en raison de son passé séditieux.
3. Carrière possible du monétaire
Certains historiens et numismates (comme Crawford ou Babelon) suggèrent que ce monétaire pourrait être le même Marcus Lollius qui devint consul en 21 av. J.-C. sous Auguste :
Proche d’Auguste : Si cette identification est correcte, il aurait été un fidèle de l’empereur, premier gouverneur de la Galatie et plus tard précepteur de Caius César (le petit-fils d’Auguste).
La Clades Lolliana : Ce Marcus Lollius est resté célèbre pour une défaite militaire en Gaule contre les Germains en 16 av. J.-C., où il perdit l’aigle de la Vème Légion.
Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon
Les Lollii n ‘apparaissent pas dans l ‘histoire de Rome avant le dernier siècle de la république. On les croit d’origine samnite parce qu ‘un Samnite du nom de Lollius est mentionné dans la guerre contre Pyrrhus, roi d ‘Epire, en 485 (269 av. J.-C.). Le seul cognomen qu’on rencontre chez les Lollii est Palicanus; il fut porté pour la première fois par M. Lollius Palicanus ou Palikanus, tribun du peuple en 683 (71 av. J.-C.). Orateur médiocre, mais ardent défenseur de la classe plébéienne contre Sylla, il parvint à rendre aux tribuns du peuple leur ancienne puissance et fut un des principaux accusateurs de Verrès le souvenir de son dévouement à la cause populaire a été conservé sur les médailles. La famille Lollia n’a fourni qu’un seul monétaire, dont le prénom est inconnu. C’était certainement un descendant du fameux tribun, puisque les monnaies sont frappées en son honneur. Ces monnaies qui datent de 709 (4, av. J.-C.) environ, peuvent être attribuées à M. Lollius M. f., probablement fils de Palicanus. et qui devint consul en 733 (21 av. J.-C.). Cinq ans plus tard, nous trouvons ce personnage comme légat en Gaule; il combattit avec succès les tribus germaniques qui avaient franchi le Rhin; toutefois, ayant laissé tomber aux mains de l’ennemi l’aigle de la cinquième légion, Suétone qualifia ainsi cet accident militaire : majoris infamiae quam detrimenti. Il était, paraît-il, sous les ordres de Varus dans sa désastreuse campagne ; il n’en conserva pas moins, dans la suite, l’amitié d’Auguste qui lui confia l’éducation de Caius César. On ignore quel était son cognomen; mais il est probable qu’il s’appelait Palicanus comme son père, si l’attribution de nos monnaies est fondée. La tête de l’Honneur, de la Liberté, de la Félicité et la tablette ou tessère de vote, rappellent le rôle démocratique du tribun de l’an 683. La chaise curule entre deux épis paraît se rapporter à une particularité de la vie de ce tribun qui, s’étant porté, en l’an 687 (67 av. J.-C.), comme candidat au consulat, eût été élu si le président des comices, le consul Pison, n’eût refusé de proclamer son nom : la chaise curule, emblème du consulat, figure sur la monnaie comme protestation contre cette exclusion. La tribune aux harangues rappelle que ce tribun rendit à la puissance tribunitienne son ancien éclat; on y distingue, à la base, les rostres ou éperons de navire qui la décoraient depuis la prise d’Antium en 420 (334 av. J.-C.).