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1490JU – Aureus César – Aulus Hirtius

Avers : C. CAESAR – COS. TERT (Caius Cæsar Consul tertium, Caius César consul pour la troisième fois)

Tête voilée de Vesta (ou de Jules César ou de Pietas) à droite.

Revers : A. HIRTIVS PR (Aulus Hirtius Præfectus, Aulus Hirtius préfet)

Instruments pontificaux: lituus, vase à sacrifice et hache.

British Museum 8.07g

1

10+

ATELIER : Afrique

Datation 46 avant J.C.

Matière Or

Gentes : Julia et Hirtia

Références : RRC 466/1 – B.22 (Julia) – Syd.1018

Cet Aureus est bien plus qu’une simple pièce de monnaie ; c’est un outil de propagande et une démonstration de force économique. Frappée en 46 av. J.-C., elle est indissociable du triomphe absolu de Jules César après la guerre civile.

1. Le Symbolisme : « La Piété et le Pouvoir »

L’iconographie de cette pièce est soigneusement choisie pour légitimer l’autorité de César non seulement comme chef militaire, mais aussi comme chef spirituel de Rome.

  • L’Avers (La Tête Voilée) :

    • Identification : On y voit une tête féminine voilée. Si certains y voient Vesta (la déesse du foyer et de la stabilité de l’État), beaucoup d’historiens considèrent qu’il s’agit de la Piété (Pietas).

    • Le Message : Le voile symbolise la dévotion religieuse. César rappelle qu’il est Pontifex Maximus (Grand Pontife) depuis 63 av. J.-C. En affichant la Piété, il justifie ses actions passées (y compris la guerre civile) comme étant guidées par le respect des dieux et du destin de Rome.

    • Innovation : C’est l’une des premières fois que les traits d’un mortel (César) semblent subtilement se mêler à ceux d’une divinité, préfigurant le portrait impérial.

  • Le Revers (Les Instruments Sacerdotaux) :

    • Les trois objets représentés — le lituus (bâton d’augure), la capis (vase à sacrifice) et la securis (hache cérémonielle) — sont les attributs directs des plus hautes fonctions religieuses romaines.

    • Signification : Ces symboles réaffirment que César possède l’autorité rituelle pour interpréter la volonté des dieux. Pour le peuple et les soldats, cela signifie que sa victoire est « sacrée ».


2. Le Contexte Historique : L’Or du Triomphe

L’année 46 av. J.-C. est une année charnière pour Rome et pour César.

  • Le Retour d’Afrique : La pièce est frappée juste après la bataille de Thapsus, où César a écrasé les derniers partisans de Pompée (menés par Caton le Jeune et Metellus Scipio). C’est la fin effective de la résistance républicaine organisée.

  • Le Quadruple Triomphe : À son retour à Rome, César célèbre quatre triomphes en un mois (Gaule, Égypte, Pontus, Afrique). Ces cérémonies grandioses nécessitent des sommes colossales pour gratifier les vétérans et organiser les jeux.

  • La Standardisation de l’Or : Avant César, Rome frappait l’or de manière exceptionnelle (en cas d’urgence). Avec cette émission massive (dirigée par son fidèle lieutenant Aulus Hirtius, alors préteur), César fait de l’aureus une monnaie régulière. Il utilise pour cela le butin de la Guerre des Gaules et les réserves du trésor public (Aerarium) dont il s’est emparé.

3. Aulus Hirtius : Le Bras Droit

Le nom présent sur la pièce, A. HIRTIVS PR, fait référence à Aulus Hirtius.

  • Il n’est pas seulement le magistrat responsable de la frappe (Préfet ou Préteur) ; il est l’un des plus proches confidents de César.

  • C’est lui qui terminera l’écriture de la Guerre des Gaules (Livre VIII) après la mort du dictateur. Sa présence sur la monnaie souligne la centralisation du pouvoir autour des fidèles de César.


En résumé

Cet aureus est le témoin du passage de la République vers le régime impérial. Il ne sert pas seulement à payer les dettes de guerre, il impose l’image d’un César Pieux, Victorieux et Incontournable.

Curiosité : un exemplaire de cet aureus sans légende au revers et juste C CAESAR au droit et un portrait numismatique ressemblant à César:

Bibliothèque nationale de France 7.87g
Bibliothèque nationale de France 7.87g

Pour voir d’autres exemplaires de cette monnaie :

Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon

D’après une inscription, la famille Hirtia était originaire de Ferentinum dans le pays des Herniques. Le plus célèbre de ses représentants, celui auquel se rapportent les monnaies décrites plus loin, est Aulus Hirtius, l’ami de Jules César. Légat en Gaule en 696 (58 av. J.-C.), il prit une part active à la conquête de cette province et il fit même frapper des monnaies de bronze dans le pays des Trévires. Ses médailles font supposer qu’il fut l’un des préteurs urbains nommés par César en 708 (46 av. J.-C.) pour administrer les affaires de la république, pendant l’absence du dictateur, parti pour faire la guerre en Espagne aux Pompéiens. C’est probablement comme préteur urbain qu’Hirtius fit décréter la lex Hirtia qui excluait de toutes les fonctions publiques les partisans de Pompée. Plus tard, Hirtius revint en Gaule, et s’installa à Narbonne d’où il écrivit plusieurs lettres à Cicéron. Quelques semaines avant la mort de César en 710 (44 av. J.-C.) il fut nommé gouverneur de la Gaule Belgique; il ne se rendit pas dans sa province et se fit désigner consul avec C. Vibius Pansa pour l’année 711 (43 av. J.-C.). Mais avant d’entrer en charge, il dut se retirer à Pouzzoles pour échapper au despotisme de Marc Antoine et il essaya vainement de ramener les partis à la conciliation. Sa modération n’eut aucun succès de part et d’autre; il s’en consola en prenant dans sa retraite des leçons d’éloquence de Cicéron, Devenu consul au premier janvier 711, il fit voter les honneurs décernés à Decimus Brutus et à Octave, mais il ne consentit pas à déclarer Antoine ennemi public, et il entama avec lui des négociations pendant le siège de Modène. Il fut tué en donnant l’assaut au camp ennemi, ainsi que son collègue Pansa : les corps des deux consuls reçurent des funérailles extraordinaires et leur mort fut regardée comme une calamité publique, tellement qu’elle devint le point de départ d’une ère chronologique.
Les médailles d’A. Hirtius se partagent en deux catégories : celles qu’il fit frapper avec le titre d’imperator dans le pays des Trévires, et celles qu’il fit frapper à Rome même. Les premières représentent au droit un éléphant, emblème du nom de Jules César, qui foule aux pieds l’étendard d’Arioviste, battu par César en 696 (58 av. J.-C.); le revers est occupé par les attributs du souverain pontificat, dignité dont César était investi depuis l’an 691 (63 av. J.-C.). Ces médailles de bronze ont donc été frappées après l’an 696 (58 av. J.-C.) pendant que A. Hirtius était légat de César. Leur type est identique, sauf la légende, au denier de Jules César, au type de l’éléphant, dont elles sont l’imitation. Cependant Fr. Lenormant croit que ces pièces de bronze n’ont été fabriquées qu’en 710 (44 av. J.-C.) et voici comment il s’exprime à leur sujet : « A. Hirtius avait été nommé par César propréteur de la Gaule Belgique pour cette année 44, mais il était resté à Rome et faisait gouverner sa province par un délégué. Aussi est-ce en son nom, A. HIRTIVS, que fut alors frappée une petite monnaie de bronze qui se trouve très habituellement dans les environs de Trèves. Les types en reproduisent servilement ceux du denier de César au type de l’éléphant et des insignes du pontificat, monnaie qui avait été particulièrement répandue dans les Gaules pendant la guerre, puisqu’elle était, comme nous l’avons déjà dit, celle que le général faisait frapper pour les besoins de ses troupes. Il en avait même déjà été frappé une copie de bronze au nom de CAESAR, que l’on rencontre également dans le pays de Trèves, et qui peut avoir été émise par César lui-même, dans le cours de ses campagnes en Belgique. Le délégué d’Hirtius imposa ainsi, à plusieurs des chefs gaulois qui monnayaient dans la province, entre autres, à un chef des Rèmes, Athedias, de placer sur leurs espèces de cuivre le nom du gouverneur, sous la forme : A. HIRtius IMPerator, en même temps que le leur propre ». Nous croyons que l’émission des monnaies de bronze d’Hirtius peut remonter jusqu’aux campagnes de l’an 696 (58 av. J.-C.); mais leur frappe fut prolongée longtemps après, car il en est sur lesquelles on lit CARIN en légende rétrograde, et ce nom ne saurait être que celui de C. Carinas, gouverneur de la Gaule Belgique de 723 à 725 (31 à 29 av. J.-C.). Les autres monnaies de A. Hirtiusont été frappées en 708 (46 av. J.-C.) pendant qu’il était préteur urbain; le revers de ces médailles porte les emblèmes du souverain pontificat de Jules César. Quant au droit, il faut y reconnaître la tête voilée de la Piété, et non, comme on l’a dit parfois, celle de Jules César voilé en pontife. Toutefois sur certains exemplaires, le graveur du coin monétaire a, par une flatterie qui n’est pas sans exemple, manifestement essayé de rapprocher les traits de la Piété de ceux de Jules César lui-même; c’était un acheminement au décret de l’an 709 (45 av. J.-C.) par lequel le Sénat autorisait César à placer son effigie sur les espèces; nous reviendrons sur cette question à la famille Julia.

Lieux de découverte (9 exemplaires)

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