
1467EP – Denier Scipion – Eppius
Avers : Q. METELL / SCIPIO. IMP (Quintus Metellus Scipio imperator)
Tête de l’Afrique à droite, coiffée de la dépouille d’éléphant avec un épi de blé placé devant le visage et un araire sous le buste.
Revers : EPPIVS/ LEG. F. C (Eppius Legatus Fisci Castrensis, Eppius légat du trésor des camps)
Hercule nu debout de face, la léonté sur le bras, appuyé sur sa massue reposant sur un rocher.
INDICE DE RARETE : 7
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ATELIER : Afrique
Datation : 47-46 avant J.C.
Matière : Argent
Gentes : Eppia et Caecilia
Références : RRC 461/1 – B.50 (Caecilia) – Syd.1051
Ce denier ne se contente pas d’être une unité monétaire ; c’est un véritable manifeste politique et religieux frappé par les derniers défenseurs de la République romaine en exil.
1. Symbolisme de l’Avers : L’Afrique nourricière
Le droit de la pièce est dominé par la personnification de l’Afrique.
La dépouille d’éléphant : Ce couvre-chef (exuvie) identifie immédiatement le continent. C’est un rappel de la souveraineté de Scipion sur cette terre où il s’est réfugié.
Les attributs agricoles (Épi de blé et Araire) : Avant la conquête de l’Égypte, l’Afrique (autour de Carthage) était le principal grenier à blé de Rome. En plaçant ces symboles, Scipion affirme qu’il contrôle l’approvisionnement vital de la Ville, menaçant ainsi indirectement César d’une famine à Rome.
La Légende :
Q·METELL SCIPIO·IMP. Scipion revendique son titre d’Imperator, soulignant son autorité militaire légitime face à l’usurpation qu’il attribue à César.
2. Symbolisme du Revers : La Force Divine (Hercule-Melqart)
Le revers présente un Hercule musclé, appuyé sur sa massue.
Identité double : Si pour un Romain il s’agit d’Hercule, pour les populations locales (et pour l’allié de Scipion, le roi Juba Ier de Numidie), il s’agit de Melqart, la divinité tutélaire phénicienne. Ce choix iconographique vise à rallier les forces locales à la cause pompéienne.
Référence artistique : La posture d’Hercule, appuyé sur sa massue recouverte de la peau du lion de Némée, évoque le style de la célèbre statue de l’Hercule Farnèse (une copie de Lysippe). Elle symbolise la persévérance et la force brute après l’effort, une métaphore de la résistance républicaine.
Le magistrat Eppius : La mention
EPPIVS LEG·F·Cindique que Marcus Eppius était le légat chargé du trésor militaire (Fiscus Castrensis).
3. Contexte Historique : L’ultime résistance (47-46 av. J.-C.)
La pièce est frappée dans un atelier militaire itinérant en Afrique du Nord, durant l’une des phases les plus sombres de la guerre civile.
Le refuge des « Optimates » : Après la défaite de Pompée à Pharsale (48 av. J.-C.), les chefs républicains (Scipion, Caton d’Utique) se regroupent en Afrique. Ils forment une coalition puissante avec le roi Juba Ier, disposant d’une armée imposante incluant des éléphants de guerre.
Légitimité dynastique : Quintus Caecilius Metellus Pius Scipio cumule les noms de deux des plus grandes familles de Rome (les Metelli et les Scipions). En tant que descendant (par adoption) du vainqueur de Carthage, sa présence en Afrique possède une charge symbolique immense : « un Scipion ne peut être vaincu en Afrique ».
La fin d’un monde : Ce denier sert à payer les légions juste avant la bataille de Thapsus (février 46 av. J.-C.). La victoire écrasante de César marquera la fin de cette résistance. Scipion se donnera la mort peu après, pour ne pas survivre à la chute de la République.
Note numismatique : Ce denier est particulièrement apprécié pour la finesse de ses détails, notamment le rendu de la trompe de l’éléphant sur l’avers.
L’information monétaire sur ce denier se concentre principalement sur le magistrat responsable de l’émission : Marcus Eppius.
1. Le Magistrat : Marcus Eppius
Marcus Eppius n’est pas un « magistrat monétaire » classique (tresvir monetalis) travaillant à Rome. C’est un légat (officier supérieur) du parti pompéien.
Identité : Membre de la gens Eppia (famille plébéienne), il est l’un des lieutenants fidèles de Quintus Metellus Scipion.
Carrière : Après la défaite en Afrique (Thapsus, 46 av. J.-C.), il fait partie des rares officiers graciés par Jules César. Cependant, il choisit de reprendre les armes en rejoignant Sextus Pompée (le fils de Pompée le Grand) en Espagne pour poursuivre la lutte.
2. Sa fonction monétaire : LEG·F·C
La légende au revers de la pièce est capitale pour comprendre son rôle technique. L’abréviation signifie :
LEG(atus) F(isci) C(astrensis) — Légat du Trésor Militaire (ou du Fisc du Camp).
Le Fiscus Castrensis : Contrairement à l’argent public géré par le Sénat à Rome (Aerarium), le fiscus castrensis était le trésor personnel d’un général en campagne.
Rôle : Eppius était le responsable comptable et logistique. Il gérait les stocks de métal précieux (souvent issus de réquisitions ou de dons d’alliés comme le roi Juba Ier) et supervisait la frappe des monnaies pour payer la solde des soldats.
3. L’Atelier Monétaire
Ce denier est ce qu’on appelle une émission militaire itinérante.
Localisation : On estime généralement que l’atelier était situé à Utique (en actuelle Tunisie), qui servait de quartier général aux partisans de la République, ou qu’il suivait directement les déplacements de l’armée de Scipion à travers la province d’Afrique.
Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon
Eppia. Le seul membre de cette famille qui soit historiquement connu et qui fit frapper monnaie, est M. Eppius qui prit une part active dans les troubles de la fin de la république et figura parmi les principaux chefs du parti pompéien. Il se distingua d’abord comme lieutenant de Q. Metellus Scipion dans la guerre que celui-ci soutint en Afrique contre Jules César ; après Pharsale, il se rangea sous les étendards de Cn. Pompée ; mais à la suite de la bataille de Thapsus en 708 (46 av. J.-C.), il obtint son pardon de César, et l’histoire le perd de vue. Toutes ses monnaies ont été frappées pendant qu’il était lieutenant de Q. Metellus Scipion, de Jules César et de Sextus Pompée, dont elles portent les noms en même temps que le sien ; elles datent donc de 706 à 710 (48 à 44 av. J.-C.). Le denier est de fabrique africaine ; on y voit la tête de l’Afrique coiffée de la peau d’éléphant et environnée de symboles qui marquent la fertilité agricole de cette province, le grenier de Rome. Cette même tête de l’Afrique se voit sur un denier de Q. Metellus Scipion frappé également dans cette province par P. Licinius Crassus (Caecilia, n. 51 ). Le type du revers n’a pas été expliqué jusqu’ici d’une manière satisfaisante. Cavedoni le regardait comme un souvenir de famille : c’était selon lui, en mémoire de ce qu’Hercule avait laissé les Epiens jouir en repos du fruit de leurs travaux et des siens dans la campagne romaine. Cette interprétation semble trop ingénieuse ; le type d’Hercule symbolise peut-être simplement la force du parti politique dans lequel servait M. Eppius.
Après la bataille de Thapsus, en 708, César accorda son pardon à Eppius dont il fit son lieutenant et qui frappa monnaie en cette qualité. Les monnaies que M. Eppius fit frapper enfin, comme lieutenant de Sextus Pompée, n’ont pu être émises qu’en Espagne, après la bataille de Munda, quand Sextus, ayant rallié les débris de l’armée de son frère Cnaeus continua la guerre et battit successivement Carrinas et Pollion ; ces monnaies sont de l’an 710 (44 av. J.-C.).
Lieux de découverte (42 exemplaires)