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1464CA – Denier Scipion et Crassus – Q. Cæcilius Metellus Pius Scipio

Avers : METEL. PIVS / SCIP. IMP (Metellus Pius Scipio Imperator, Metellus pieux Scipion imperator)

Tête barbue et laurée de Jupiter à droite; tête d’aigle tournée à gauche posée sur un sceptre horizontal.

Revers : LEG. PRO. PR / CRASS.IVN (Crassus Iunianus Legatus pro Prætor, Crassus Junanius légat propréteur)

Chaise curule, entourée d’un épi de blé à gauche et d’une tête de dragon tournée à gauche; au-dessus, une corne d’abondance servant de fléau à une balance .

British Museum 3.91g

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10+

ATELIER : Utique

Datation 47-46 avant J.C.

Matière Argent

Gentes : Caecilia et Licinia

Références : RRC 460/2 – B.49 (Caecilia) – Syd.1048

Ce denier est une monnaie fascinante qui agit comme un manifeste politique et militaire en faveur de la cause pompéienne. Frappée en Afrique du Nord alors que la République romaine se déchire, chaque symbole a été choisi pour affirmer la légitimité de Scipion face à Jules César.

1. Le Contexte Historique : L’ultime résistance en Afrique

Nous sommes en 47-46 av. J.-C., après la défaite de Pompée le Grand à Pharsale. Les derniers défenseurs de la République traditionnelle (les Optimates) se sont regroupés en Afrique (actuelle Tunisie/Libye) sous le commandement de Quintus Caecilius Metellus Pius Scipio.

  • L’enjeu : Scipion s’allie au roi Juba Ier de Numidie pour lever une armée massive.

  • Le besoin de monnaie : Ce denier sert principalement à payer les légions. Il est frappé par un atelier monétaire mobile qui suit l’armée.

  • La fin d’une ère : Peu après l’émission de cette monnaie, César remportera la bataille de Thapsus (46 av. J.-C.), entraînant le suicide de Scipion et de Caton d’Utique.


2. Analyse de l’Iconographie 

Le choix des images sur cette pièce est une réponse directe à la propagande césarienne. Là où César met en avant sa lignée divine (Vénus), Scipion met en avant les institutions et la stabilité.

À l’avers : Jupiter et l’Autorité Divine

  • La tête de Jupiter : Le dieu souverain du Panthéon romain symbolise l’ordre établi et la protection de l’État. C’est un rappel que les Pompéiens se considèrent comme les « vrais » Romains.

  • L’aigle et le sceptre : Attributs classiques du pouvoir suprême. Ils renforcent l’idée que le commandement de Scipion est béni par les dieux et conforme aux traditions ancestrales.

Au revers : La République et l’Abondance

Le revers est exceptionnellement riche en symboles compactés :

  • La Chaise Curule (Sella Curulis) : C’est l’élément central. C’est le siège des hauts magistrats (consuls, prêteurs). Elle proclame que Scipion et son légat Crassus Junianus détiennent le pouvoir légal (imperium) par délégation du Sénat.

  • La Balance et la Cornucopia : La balance évoque la Justice (Aequitas), tandis que la corne d’abondance promet la prospérité. Le message est clair : « Sous notre commandement, l’équité et l’abondance reviendront. »

  • L’épi de blé : Une référence directe à la province d’Afrique, « grenier de Rome ». Il assure aux soldats et aux citoyens que les ressources ne manqueront pas.

  • Le Carnyx (trompette gauloise) : Ce symbole est plus ambigu. Il représente souvent un trophée militaire, rappelant peut-être les succès passés de la famille ou la victoire espérée sur les troupes de César (qui revenait de Gaule).


3. Une monnaie de « Légitimité »

Contrairement aux monnaies de César qui sont souvent centrées sur sa propre personne, ce denier est une monnaie de l’institution. Scipion ne se présente pas comme un dictateur, mais comme un défenseur des symboles de la République (la chaise curule, la justice, le blé).

Pour comprendre l’émission de cette monnaie, il faut distinguer les deux figures mentionnées dans la légende : l’autorité émettrice (Scipion) et l’exécutant monétaire (Crassus Junianus).

1. Quintus Caecilius Metellus Pius Scipio (L’émetteur)

Il est l’une des figures les plus puissantes et conservatrices de la fin de la République.

  • Origine prestigieuse :Publius Cornelius Scipio Nasica, il appartient à la branche la plus illustre des Scipions. Il fut adopté par testament par Metellus Pius (consul en 80 av. J.-C.), unissant ainsi deux des plus grandes familles romaines (Gens Cornelia et Gens Caecilia).

  • Lien avec Pompée : Il est le beau-père de Pompée le Grand, qui a épousé sa fille Cornelia Metella. En 52 av. J.-C., il est le collègue de Pompée au consulat.

  • L’Imperator : Le titre SCIPIO IMP sur la pièce fait référence à ses victoires en Syrie (contre les populations du mont Amanus) avant de rejoindre le camp pompéien en Afrique.

  • Sa fin : Après sa défaite contre Jules César à la bataille de Thapsus en 46 av. J.-C., il tente de s’enfuir par mer. Rattrapé par la flotte césarienne, il se suicide. Ses derniers mots célèbres furent : « Imperator se bene habet » (« Le général se porte bien »).

2. P. Licinius Crassus Junianus (Le magistrat monétaire)

Son nom apparaît au revers (P·CRASSVS·IVN / LEG·PRO·PR).

  • Identité : Il est probablement le fils d’un Damasippus, adopté par un membre de la famille des Licinii Crassi. Ami proche de Cicéron, il est un partisan convaincu de la cause sénatoriale.

  • Fonction : Il n’est pas un « triumvir monétaire » classique de l’atelier de Rome, mais un Legatus Pro Praetore (Légat propréteur). Cela signifie qu’il agit comme lieutenant de Scipion avec des pouvoirs civils et militaires étendus.

  • Rôle monétaire : En tant que légat, il supervise la frappe de la monnaie nécessaire pour payer les troupes de Scipion en Afrique. C’est lui qui garantit la qualité et le poids du métal précieux au nom de l’autorité de Scipion.


Pourquoi deux noms sur une seule pièce ?

À cette époque de guerre civile, les monnaies ne sont plus seulement des outils économiques, mais des documents officiels.

  • Scipion (l’Imperator) apporte la légitimité militaire et le prestige familial (l’avers avec Jupiter).

  • Crassus Junianus (le Légat) apporte la légitimité administrative et légale (le revers avec la chaise curule).

Note historique : Ce duo de noms sur le denier souligne la volonté des Pompéiens de montrer qu’ils maintenaient un gouvernement républicain structuré (avec des magistrats nommés), par opposition à ce qu’ils considéraient comme la tyrannie personnelle de César.

Pour voir d’autres exemplaires de cette monnaie :

Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon

Q. Caecilius Metellus Puis Scipio. Imperator en 706-708 (40-46 av J.-C.)

Q. Caecilius Metellus Pius Scipio était fils de P. Cornélius Scipio Nasica préteur en 660 (94 av. J.-C.). Il appartenait donc naissance par sa à la gens Cornelia; mais il fut adopté par Q. Caecilius Metellus Pius, fils de Metellus le Numidique, consul en 674 (80 av. J.C) et dont nous avons donné plus haut les médailles (n°8 à 44). Q. Metellus Pius Scipio est mentionné pour la première fois dans l histoire en 691 (63 av. J.-C.) pour avoir porté, pendant la nuit, à Cicéron une lettre l ‘avertissant de la conspiration de Catilina. En 694 (60 av. J.-C.) il fut tribun du peuple et il brigua victorieusement le consulat en l ‘an 702 (52 av. J.-C.), en concurrence avec Plautius Hypsaeus et Milon. Nommé ensuite gouverneur de Syrie, il se fit remarquer par ses exactions et il avait même projeté de piller le temple de Diane à Ephèse; à la suite d’une expédition contre les populations du mont Amanus, il prit le titre d’imperator qui figure sur ses médailles. Partisan de Pompée, dans la guerre civile, il commandait le centre de l’armée pompéienne à Pharsale ; en 706 (48 av. J.-C.) après la perte de la bataille, il passa en Afrique pour s’allier à Juba roi de Mauritanie; il s’y fit détester comme en Syrie jusqu’au jour où il fut de nouveau battu à Thapsus, en 708 (46 av. J.-C.); il mourut peu après, au moment où il allait tomber entre les mains de ses ennemis.
Les monnaies qui portent son nom et sur lesquelles il prend le titre d’imperator ont été frappées en Afrique, de 706 à 708 (48-46 av. J.-C.), c’est-à-dire pendant son séjour dans cette province, comme lieutenant de Pompée; c’est ce qu’indiquent les pièces qui portent le Génie de l’Afrique. L’éléphant qui figure au revers du premier denier (n. 47) est le symbole de la famille adoptive de Q. Metellus Pius Scipio : on peut croire que le buste en Terme qui figure au droit des n. 47 et 48, représente Jupiter Terminalis ou Terminus, comme le prouvent la tête d’aigle et le sceptre qu’on voit sous ce terme. Ce buste de Jupiter Terminalis se voit aussi sur les monnaies de M. Terentius Varro. Le Génie de l’Afrique qui paraît sur les n. 50 et 51, suffirait, à défaut d’autres renseignements historiques, à établir le lieu d’émission de ces monnaies; c’est à tort que Cohen a interprété la légende par Genio tutelari Ægypti; Q. Metellus Scipion n’a jamais joué aucun rôle en Egypte. Mais il a aussi fait frapper, avant la bataille de Pharsale, des médaillons cistophores dans l’atelier de Pergame; nous n’avons pas à en parler ici, parce que le nom de l’atelier est inscrit sur ces pièces. Nous ajouterons quelques autres détails relatifs à ces monnaies, aux familles Eppia et Licinia auxquelles appartiennent M. Eppius et P. Licinius Crassus Junianus qui ont fait frapper quelques-unes de ces pièces, comme lieutenants de Metellus Scipion.

Lieux de découverte (5 exemplaires)

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