
1458AN – Sesterce Antia – Caius Antius Restio
INDICE DE RARETE : 10+
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ATELIER : Rome
Datation : 47 avant J.C.
Matière : Argent
Gens : Antia
Références : RRC 455/6 – B.6 (Antia) – Syd.975
L’analyse de ce sesterce de C. Antius Restio (47 av. J.-C.) révèle un message politique et culturel subtil, typique de la fin de la République romaine.
1. Le Symbolisme : Minerve et la Vertu Guerrière
Le choix de l’iconographie est délibérément archaïque et religieux, se concentrant sur les attributs de la déesse Minerve (l’Athéna grecque) :
Le Casque Corinthien (Avers) : Il symbolise la Virtus (la bravoure et la valeur militaire). À cette époque, le casque corinthien est déjà un objet de prestige plus symbolique que pratique sur le champ de bataille. Il évoque l’autorité du commandement et la protection de l’État.
La Chouette sur le Bouclier (Revers) : La chouette représente la Prudentia (la sagesse et la stratégie). Posée sur un bouclier, elle signifie que la force militaire romaine est guidée par l’intelligence et la faveur divine. C’est un rappel que la victoire ne dépend pas seulement de la force brute, mais de la légitimité et de la réflexion.
2. Le Contexte Historique : L’Ombre de Jules César
L’année 47 av. J.-C. est une période charnière de la guerre civile entre César et les partisans de Pompée :
Une Rome en transition : César vient de remporter la bataille de Pharsale et se trouve alors en Égypte (Guerre d’Alexandrie). À Rome, l’ambiance est lourde d’incertitudes. En frappant cette monnaie, le magistrat C. Antius Restio doit naviguer entre les traditions républicaines et la réalité d’un pouvoir de plus en plus centralisé.
La Loi Somptuaire : La famille Antia était célèbre pour sa rigueur morale. Le père du monnayeur avait fait passer une loi contre le luxe excessif (Lex Antia Sumptuaria). L’utilisation de symboles classiques et sobres (casque, chouette) sur ce sesterce peut être vue comme une affirmation de ces valeurs ancestrales (Mos Maiorum), par opposition au luxe oriental ou aux dérives autocratiques.
3. Fonctionnement du Sesterce en Argent
À cette période, le sesterce en argent est une dénomination qui disparaît progressivement au profit du denier (plus grand) et, plus tard, du sesterce en bronze sous Auguste. Son émission en 47 av. J.-C. répond souvent à un besoin urgent de numéraire pour payer les troupes ou les petites dépenses administratives à Rome. Sa rareté actuelle (observé moins de cinq exemplaires) s’explique par son petit module, souvent perdu ou refondu.
Le monétaire responsable de l’émission de ce sesterce est Gaius Antius Restio (souvent désigné sous le nom de C. Antius C. f. Restio).
Il appartient à la Gens Antia, une famille plébéienne qui, bien que n’étant pas au premier rang de la noblesse romaine, a marqué l’histoire par son engagement moral et politique.
1. Identité et Famille
Gaius Antius Restio est le fils d’un homme politique célèbre portant le même nom. Cette filiation est cruciale pour comprendre ses émissions monétaires :
Le Père (C. Antius Restio) : Il fut tribun de la plèbe en 68 av. J.-C. Il est passé à la postérité pour avoir fait voter la Lex Antia Sumptuaria, une loi visant à limiter le luxe et les dépenses excessives lors des banquets. Homme de principes, on raconte qu’il refusa par la suite toute invitation à dîner pour ne pas voir sa propre loi bafouée.
Le Fils (Le Monétaire de 47 av. J.-C.) : En frappant cette monnaie, il cherche avant tout à honorer la mémoire et la rigueur morale de son père. Sur ses deniers (RRC 455/1), il va jusqu’à faire graver le portrait réaliste de son père, un geste fort de piété filiale.
2. Carrière et Allégeance Politique
Le monétaire exerce sa fonction de triumvir monetalis dans un contexte de guerre civile :
Partisan de César : Gaius Antius Restio était un soutien de Jules César. Sa nomination au collège des monnayeurs en 47 av. J.-C. intervient au moment où César consolide son pouvoir après la victoire de Pharsale.
Une fin tragique : Malgré son allégeance césarienne, sa carrière se termine brutalement. En 43 av. J.-C., après l’assassinat de César, il est inscrit sur les listes de proscription du Second Triumvirat (Antoine, Octave et Lépide). Il fut contraint de fuir pour sauver sa vie, sauvé, selon la tradition, par la loyauté d’un de ses esclaves.
3. Son rôle de Monétaire
Son passage à l’atelier monétaire de Rome est marqué par une volonté de concilier tradition républicaine et propagande familiale :
Il utilise des divinités comme les Dieux Pénates ou Hercule (dont la famille prétendait descendre via un ancêtre mythique, Antiades) pour asseoir sa légitimité.
Ce sesterce (avec le casque et la chouette) s’inscrit dans cette lignée de sobriété et de rappel aux vertus militaires et intellectuelles romaines.
Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon
Très ancienne et d’origine plébéienne, la gens Antia compte parmi ses membres les plus illustres, Sp. Antius qui fut envoyé avec trois autres Romains, en qualité d’ambassadeur, à Lar Tolumnius, roi de Véies, l’an 316 (438 av. J.-C.). Les ambassadeurs furent assassinés et, en souvenir de leur malheur, on leur érigea des statues sur le Forum. Plus tard, les membres, de la gens Antia se fabriquèrent une origine étymologique fabuleuse, imitant en cela, la plupart des plus illustres familles de Rome ; ils se prétendirent issus d’Antiades fils d’Hercule et d’Aglaé. Les Antii comptent, parmi leurs illustrations, le tribun du peuple Antius Restio qui est célèbre par la loi somptuaire qu’il fit décréter en faveur du peuple, peu après le consulat d’Æmilius Lepidus, c’est à-dire vers l’an 680 (74 av. J.-C.). Son fils C. Antius Restio est le seul magistrat monétaire qu’ait fourni cette famille ; il exerçait ses fonctions vers les années 705 à 709 (49 à 45 av. J.-C.). Sur ses monnaies, figure le type d’Hercule victorieux sur le brigand Cacus, lors de ses exploits en Italie avant la fondation de Rome, type qui se rapporte à la fois à la mythologie romaine, et à l’origine fabuleuse que s’attribuait la gens Antia; on y voit aussi le portrait du tribun du peuple, pèrè du monétaire., dont nous avons parlé plus haut. Sur la seconde pièce, on a remplacé la tête du tribun Antius Restio par celles des dieux Pénates, en souvenir de ce que ce tribun, après sa loi somptuaire, avait été obligé de s’exiler et de chercher un refuge à Lavinium, ville où les Pénates étaient honorés d’un culte particulier et-avaient un sanctuaire célèbre ; on peut rapprocher leurs deux têtes accolées de celles des Dioscures, qui figurent sur les deniers de Man. Fbnteius et de G. Sulpicius; les Pénates et les Dioscures étaient parfois assimilés dans la mythologie romaine. Si les deux deniers dont nous venons de parler ont pu être émis dans l’atelier du Capitole, il n’en est pas de même des quinaires et des sesterces qui suivent (nos 3, 4, 5, 6 et 7} ; ces pièces paraissent avoir été frappées en Mysie, où C. Antius Restio, le monétaire, dut exercer une charge importante, par exemple, celle de questeur de l’armée de Pompée, ou même de triumvir monetalis : dans ce cas, on pourrait le considérer comme un des magistrats réguliers de Rome forcés de fuir en Orient avec Pompée, à l’approche de César, en 705 (49 av. J.-C.). Les types des quinaires et des sesterces de C. Antius Restio sont copiés sur les types des monnaies autonomes des villes de Mysie. La tête de Diane avec le cerf se voit sur les monnaies de Priapus; le bucrâne avec l’autel allumé est copié les pièces de Parium sur aux mêmes types; le casque figure sur les monnaies de Lampsaque; la chouette se voit sur celles de Sigeum, de Synnada, de Lebedus, etc. Ces rapprochements nous permettent donc d’établir que les monnaies de C. Antius Restio sont sorties d’un atelier de la Mysie. En l’an 711 (43 àv. J.-C.), Restio fut compris sur les listes de proscription des triumvirs, et il ne dut son salut qu’au dévouement d’un de ses esclaves qui lui facilita les moyens de se réfugier en Sicile, auprès de Sextus Pompée.