
1457AN – Sesterce Antia – Caius Antius Restio
Avers : C·ANTIVS (Caius Antius)
Buste de Mercure à droite, avec le pétase ailé et le caducée.
Revers : RESTIO
Autel allumé et orné de guirlandes.
INDICE DE RARETE : 10+
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ATELIER : Rome
Datation : 47 avant J.C.
Matière : Argent
Gens : Antia
Références : RRC 455/5 – B.5 (Antia)
L’analyse du symbolisme et du contexte historique de ce sesterce nous permet de comprendre comment la gens Antia cherchait à se positionner dans le climat tumultueux de la fin de la République.
1. Symbolisme Iconographique : La Piété et la Tradition
Contrairement au denier (RRC 455/1) qui met en avant un portrait familial réaliste, ce sesterce utilise des codes religieux et mythologiques :
Avers : Tête de Mercure (pétase ailé et caducée)
Le Messager et le Commerce : Mercure est le dieu des échanges. Sa présence sur un sesterce — une dénomination destinée aux transactions courantes — souligne l’importance de la stabilité économique.
Négociation et Paix : Le caducée sur l’épaule est un symbole de diplomatie. Dans le contexte de 47 av. J.-C., cela peut être vu comme un espoir de réconciliation après les déchirements civils.
Revers : L’Autel allumé et orné de guirlandes
La Pietas : L’autel (ara) est l’un des symboles les plus forts de la piété romaine. Il représente le respect des rites et des engagements envers les dieux.
Lien avec la famille : Les Antii revendiquaient une origine mythique (descendance d’Antiades, fils d’Hercule). L’autel souligne la légitimité religieuse de cette famille de « noblesse » récente (hommes nouveaux).
2. Contexte Historique : La Dictature de César (47 av. J.-C.)
Le contexte de production est celui d’une Rome en pleine mutation :
L’année de frappe : En 47 av. J.-C., Jules César est au sommet de son pouvoir. Le monétaire, C. Antius Restio, est un partisan de César. Frapper de la petite monnaie en argent (sesterces) à cette date répond à un besoin de liquidités tout en affirmant une continuité avec les valeurs ancestrales de la République.
La Lex Antia Sumptuaria : La famille Antia était célèbre pour sa rigueur morale. Le père du monétaire avait fait voter une loi contre le luxe excessif des banquets. Comme l’indique LesDioscures.com, l’austérité des symboles choisis (un autel, des divinités classiques) sert de rappel de cette vertu familiale face à la corruption et au luxe de l’époque.
3. Importance Numismatique
Ce sesterce est une pièce rare et technique (je n’ai observé qu’un seul exemplaire). À cette époque, la production de sesterces en argent devenait sporadique avant de disparaître au profit du bronze sous Auguste. Son message est clair : la famille Antia, bien que fidèle à César, reste la gardienne des anciennes mœurs romaines (mos maiorum).
Le monétaire derrière ce sesterce est Caius Antius Restio (souvent écrit C. Antius Restio). Bien que l’histoire n’ait retenu que peu de détails sur sa carrière politique personnelle, son identité et son prestige reposent sur deux piliers : son héritage législatif familial et son allégeance politique.
Voici les informations clés sur ce personnage :
1. Un héritage de rigueur : le fils du législateur
Caius Antius Restio est le fils d’un tribun de la plèbe homonyme, célèbre pour avoir fait voter la Lex Antia Sumptuaria vers 71-68 av. J.-C.
La loi somptuaire : Cette loi visait à limiter les dépenses excessives lors des banquets et interdisait aux magistrats en exercice de dîner chez des tiers pour éviter la corruption.
La réputation : Le père était tellement rigoureux qu’il aurait refusé de dîner à l’extérieur après le vote de sa loi pour ne pas voir ses propres principes bafoués. Le monétaire de 47 av. J.-C. utilise son monnayage (notamment le denier RRC 455/1 avec le portrait de son père) pour capitaliser sur cette image d’austérité et de probité.
2. Un « Homme Nouveau » (Homo Novus)
La gens Antia n’était pas issue de la vieille noblesse patricienne de Rome. C’était une famille de rang sénatorial mais de statut « nouveau ».
Affirmation généalogique : Pour compenser ce manque d’ancêtres consuls, Restio met en avant sur ses monnaies (comme le souligne LesDioscures.com) une origine mythique prestigieuse : la descendance d’Antiades, fils d’Hercule. C’est pour cette raison que Hercule apparaît souvent sur ses émissions.
3. Allégeance à Jules César
En 47 av. J.-C., on ne devient pas monétaire sans l’aval du pouvoir en place.
Soutien césarien : Restio était un partisan de Jules César. Sa nomination au poste de magistrat monétaire pendant la dictature de César montre qu’il faisait partie des cadres de confiance chargés de réorganiser les finances de l’État après la phase la plus aiguë de la guerre civile.
Le titre : Il signe ses pièces avec son nom et parfois son titre, bien que sur les sesterces, la place limitée ne laisse souvent voir que C. ANTIVS ou RESTIO.
4. Le surnom « Restio »
Le cognomen (surnom) Restio a une origine humble et artisanale.
Signification : Il dérive du latin restis (corde), désignant à l’origine un fabricant ou un marchand de cordes.
Symbolisme : Paradoxalement, porter un tel nom à une époque de luxe effréné soulignait l’attachement de la famille aux racines laborieuses et traditionnelles de Rome, renforçant l’image de « gardien des mœurs » héritée de son père.
En résumé : C. Antius Restio est un magistrat qui utilise le métal précieux pour faire de la politique. À travers son sesterce, il ne fait pas que frapper monnaie : il rappelle à Rome que, malgré les guerres civiles, sa famille incarne la loi, la piété et la tradition.
Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon
Très ancienne et d’origine plébéienne, la gens Antia compte parmi ses membres les plus illustres, Sp. Antius qui fut envoyé avec trois autres Romains, en qualité d’ambassadeur, à Lar Tolumnius, roi de Véies, l’an 316 (438 av. J.-C.). Les ambassadeurs furent assassinés et, en souvenir de leur malheur, on leur érigea des statues sur le Forum. Plus tard, les membres, de la gens Antia se fabriquèrent une origine étymologique fabuleuse, imitant en cela, la plupart des plus illustres familles de Rome ; ils se prétendirent issus d’Antiades fils d’Hercule et d’Aglaé. Les Antii comptent, parmi leurs illustrations, le tribun du peuple Antius Restio qui est célèbre par la loi somptuaire qu’il fit décréter en faveur du peuple, peu après le consulat d’Æmilius Lepidus, c’est à-dire vers l’an 680 (74 av. J.-C.). Son fils C. Antius Restio est le seul magistrat monétaire qu’ait fourni cette famille ; il exerçait ses fonctions vers les années 705 à 709 (49 à 45 av. J.-C.). Sur ses monnaies, figure le type d’Hercule victorieux sur le brigand Cacus, lors de ses exploits en Italie avant la fondation de Rome, type qui se rapporte à la fois à la mythologie romaine, et à l’origine fabuleuse que s’attribuait la gens Antia; on y voit aussi le portrait du tribun du peuple, pèrè du monétaire., dont nous avons parlé plus haut. Sur la seconde pièce, on a remplacé la tête du tribun Antius Restio par celles des dieux Pénates, en souvenir de ce que ce tribun, après sa loi somptuaire, avait été obligé de s’exiler et de chercher un refuge à Lavinium, ville où les Pénates étaient honorés d’un culte particulier et-avaient un sanctuaire célèbre ; on peut rapprocher leurs deux têtes accolées de celles des Dioscures, qui figurent sur les deniers de Man. Fbnteius et de G. Sulpicius; les Pénates et les Dioscures étaient parfois assimilés dans la mythologie romaine. Si les deux deniers dont nous venons de parler ont pu être émis dans l’atelier du Capitole, il n’en est pas de même des quinaires et des sesterces qui suivent (nos 3, 4, 5, 6 et 7} ; ces pièces paraissent avoir été frappées en Mysie, où C. Antius Restio, le monétaire, dut exercer une charge importante, par exemple, celle de questeur de l’armée de Pompée, ou même de triumvir monetalis : dans ce cas, on pourrait le considérer comme un des magistrats réguliers de Rome forcés de fuir en Orient avec Pompée, à l’approche de César, en 705 (49 av. J.-C.). Les types des quinaires et des sesterces de C. Antius Restio sont copiés sur les types des monnaies autonomes des villes de Mysie. La tête de Diane avec le cerf se voit sur les monnaies de Priapus; le bucrâne avec l’autel allumé est copié les pièces de Parium sur aux mêmes types; le casque figure sur les monnaies de Lampsaque; la chouette se voit sur celles de Sigeum, de Synnada, de Lebedus, etc. Ces rapprochements nous permettent donc d’établir que les monnaies de C. Antius Restio sont sorties d’un atelier de la Mysie. En l’an 711 (43 àv. J.-C.), Restio fut compris sur les listes de proscription des triumvirs, et il ne dut son salut qu’au dévouement d’un de ses esclaves qui lui facilita les moyens de se réfugier en Sicile, auprès de Sextus Pompée.