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1456AN – Sesterce Antia – Caius Antius Restio

Avers : C·ANTIVS (Caius Antius)

Bucrâne de face, dont les cornes sont ornées de guirlandes.

Revers : RESTIO 

Autel allumé et orné de guirlandes.

Bibliothèque nationale de France 0.99g

1

10+

ATELIER : Rome

Datation 47 avant J.C.

Matière Argent

Gens : Antia

Références : RRC 455/4 – B.4 (Antia) – Syd.973

L’analyse de ce sesterce nous plonge dans une période de transition majeure (47 av. J.-C.), juste après la victoire de Jules César à Pharsale. Le symbolisme choisi par Caius Antius Restio est tout sauf anodin : il s’agit d’un manifeste de vertu traditionnelle dans un monde en plein bouleversement.

Voici les clés pour comprendre le symbolisme et le contexte de cette monnaie :

1. La Célébration de la Pietas et du Sacrifice

L’iconographie est entièrement centrée sur le rite sacrificiel :

  • Le Bucrâne (Avers) : Le crâne de bœuf orné de guirlandes (infulae) représente le sacrifice accompli. C’est un rappel de la soumission aux dieux et de la protection divine sur la cité.

  • L’Autel Allumé (Revers) : Il symbolise la communication directe entre les hommes et la divinité. Le feu sacré entretenu est le signe d’une République qui respecte ses traditions religieuses.

2. L’Héritage de la Lex Antia Sumptuaria

Le monnayeur, Caius Antius Restio, est le fils d’un législateur célèbre pour sa lutte contre l’ostentation. En 71 av. J.-C., son père avait fait voter une loi limitant les dépenses somptuaires lors des banquets.

  • Un message de sobriété : Contrairement à d’autres monnayeurs qui célèbrent des victoires militaires ou des ancêtres glorieux, Restio choisit des symboles religieux sobres.

  • Lien avec le surnom : La légende RESTIO (qui désigne quelqu’un qui travaille le chanvre ou fabrique des cordes) renforce cette image de famille austère, attachée aux racines paysannes et morales de Rome.

3. Le Contexte de l’Année 47 av. J.-C.

L’année de frappe est cruciale :

  • César et la dictature : Rome est sous le contrôle de Jules César. De nombreuses familles de l’aristocratie traditionnelle utilisent la monnaie pour réaffirmer les valeurs de la « Vieille République » face à la montée du pouvoir personnel.

  • Restauration de l’ordre : Après les déchirements de la guerre civile, l’image d’un autel en paix et d’un sacrifice bien accompli suggère une volonté de retour à la normale et à la concorde civile par la religion.

4. Une Dénomination Stratégique

Le choix de frapper des sesterces en argent (très petits et difficiles à produire) est souvent interprété comme un signe de prestige technique ou une nécessité de fournir de la petite monnaie pour les échanges quotidiens à Rome, tout en maintenant un standard de qualité élevé propre à la noblesse sénatoriale.


En résumé, ce sesterce est un hommage à la rigueur morale de la famille Antia.

Remarque : Moins de quinze exemplaires observés de ce sesterce.

Le monnayeur responsable de cette émission est Caius Antius Restio (souvent abrégé C. Antius C. f. Restio). Il s’agit d’une figure fascinante de la fin de la République, dont la vie et le monnayage sont marqués par une volonté de distinction morale et de survie politique.

Voici les informations clés sur ce personnage :

1. Identité et Origines

  • Gens Antia : Il appartient à une famille plébéienne ancienne mais restée longtemps dans l’ombre. Elle prétendait descendre d’Antiades, le fils d’Hercule (ce qui explique la présence d’Hercule sur ses deniers).

  • Filiation : Il est le fils du tribun de la plèbe homonyme, célèbre pour sa rigueur. C’est pourquoi ses monnaies portent souvent la mention C·F (Caii Filius, fils de Caius).

2. Le fils d’un législateur austère

Le monnayeur utilise son mandat en 47 av. J.-C. pour rendre hommage à son père, l’auteur de la Lex Antia Sumptuaria (68 av. J.-C.).

  • Cette loi visait à limiter les dépenses excessives lors des banquets, interdisant même aux magistrats en fonction d’accepter des invitations à dîner pour éviter la corruption.

  • En plaçant le portrait de son père sur ses deniers (RRC 455/1) et des symboles de sacrifice sobre sur ses sesterces (RRC 455/4), le monnayeur se positionne comme l’héritier d’une vertu antique (mos maiorum) en pleine période de guerres civiles.

3. Un destin mouvementé (Proscription de 43 av. J.-C.)

Le parcours de Caius Antius Restio prend un tournant dramatique quelques années après avoir frappé ses monnaies :

  • Proscrit : En 43 av. J.-C., il figure sur les listes de proscription du Second Triumvirat (Antoine, Octave et Lépide).

  • Une évasion légendaire : Valère Maxime rapporte une anecdote célèbre sur sa fuite. Alors qu’il était traqué, il fut sauvé par la loyauté exceptionnelle d’un esclave qu’il avait pourtant autrefois marqué au fer rouge et enchaîné. Cet esclave le cacha, trompa les soldats en brûlant un cadavre (faisant croire qu’il avait tué son maître lui-même pour se venger), et l’aida à s’enfuir vers la Sicile pour rejoindre Sextus Pompée.

4. Carrière de Monnayeur (47 av. J.-C.)

Son mandat de monnayeur à Rome coïncide avec le retour de Jules César d’Égypte. Frapper des monnaies à cette date précise était un exercice d’équilibriste :

  • Il devait satisfaire le pouvoir césarien tout en affirmant son identité républicaine.

  • L’utilisation du sesterce en argent (comme votre exemplaire au bucrâne) démontre une volonté de fournir des dénominations pratiques pour l’économie locale, tout en conservant une iconographie religieuse neutre mais prestigieuse.

En résumé, Caius Antius Restio est le parfait exemple du « noble républicain » qui utilise la monnaie comme un outil de propagande familiale pour souligner sa piété et son ascétisme.

Pour voir d’autres exemplaires de cette monnaie :

Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon

Très ancienne et d’origine plébéienne, la gens Antia compte parmi ses membres les plus illustres, Sp. Antius qui fut envoyé avec trois autres Romains, en qualité d’ambassadeur, à Lar Tolumnius, roi de Véies, l’an 316 (438 av. J.-C.). Les ambassadeurs furent assassinés et, en souvenir de leur malheur, on leur érigea des statues sur le Forum. Plus tard, les membres, de la gens Antia se fabriquèrent une origine étymologique fabuleuse, imitant en cela, la plupart des plus illustres familles de Rome ; ils se prétendirent issus d’Antiades fils d’Hercule et d’Aglaé. Les Antii comptent, parmi leurs illustrations, le tribun du peuple Antius Restio qui est célèbre par la loi somptuaire qu’il fit décréter en faveur du peuple, peu après le consulat d’Æmilius Lepidus, c’est à-dire vers l’an 680 (74 av. J.-C.). Son fils C. Antius Restio est le seul magistrat monétaire qu’ait fourni cette famille ; il exerçait ses fonctions vers les années 705 à 709 (49 à 45 av. J.-C.). Sur ses monnaies, figure le type d’Hercule victorieux sur le brigand Cacus, lors de ses exploits en Italie avant la fondation de Rome, type qui se rapporte à la fois à la mythologie romaine, et à l’origine fabuleuse que s’attribuait la gens Antia; on y voit aussi le portrait du tribun du peuple, pèrè du monétaire., dont nous avons parlé plus haut. Sur la seconde pièce, on a remplacé la tête du tribun Antius Restio par celles des dieux Pénates, en souvenir de ce que ce tribun, après sa loi somptuaire, avait été obligé de s’exiler et de chercher un refuge à Lavinium, ville où les Pénates étaient honorés d’un culte particulier et-avaient un sanctuaire célèbre ; on peut rapprocher leurs deux têtes accolées de celles des Dioscures, qui figurent sur les deniers de Man. Fbnteius et de G. Sulpicius; les Pénates et les Dioscures étaient parfois assimilés dans la mythologie romaine. Si les deux deniers dont nous venons de parler ont pu être émis dans l’atelier du Capitole, il n’en est pas de même des quinaires et des sesterces qui suivent (nos 3, 4, 5, 6 et 7} ; ces pièces paraissent avoir été frappées en Mysie, où C. Antius Restio, le monétaire, dut exercer une charge importante, par exemple, celle de questeur de l’armée de Pompée, ou même de triumvir monetalis : dans ce cas, on pourrait le considérer comme un des magistrats réguliers de Rome forcés de fuir en Orient avec Pompée, à l’approche de César, en 705 (49 av. J.-C.). Les types des quinaires et des sesterces de C. Antius Restio sont copiés sur les types des monnaies autonomes des villes de Mysie. La tête de Diane avec le cerf se voit sur les monnaies de Priapus; le bucrâne avec l’autel allumé est copié les pièces de Parium sur aux mêmes types; le casque figure sur les monnaies de Lampsaque; la chouette se voit sur celles de Sigeum, de Synnada, de Lebedus, etc. Ces rapprochements nous permettent donc d’établir que les monnaies de C. Antius Restio sont sorties d’un atelier de la Mysie. En l’an 711 (43 àv. J.-C.), Restio fut compris sur les listes de proscription des triumvirs, et il ne dut son salut qu’au dévouement d’un de ses esclaves qui lui facilita les moyens de se réfugier en Sicile, auprès de Sextus Pompée.

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