
1449LI – Denier Licinia – Aulus Licinius Nerva
Avers : A·LICINIVS – FIDES (Aulus Licinius – Fides)
Tête de Fides (La Fidélité) laurée à droite.
Revers : NERVA / III VIR (Nerva / Triumvir)
Cavalier galopant à droite, tirant un guerrier par les cheveux.
INDICE DE RARETE : 8
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10+
ATELIER : Rome
Datation : 47avant J.C.
Matière : Argent
Gens : Licinia
Références : RRC 454/2 – B.23 (Licinia) – Syd.955
Ce denier, frappé en 47 av. J.-C. par le monétaire Aulus Licinius Nerva, est un témoignage fascinant de la propagande politique à la fin de la République romaine. À cette époque, Rome est déchirée par la guerre civile entre Jules César et les partisans de Pompée.
1. L’Avers : La Fidélité (Fides)
Le portrait de Fides (la Fidélité personnifiée) n’est pas un choix anodin en 47 av. J.-C.
Appel à la Loyauté : Dans le chaos des guerres civiles, la Fides est une vertu politique cardinale. Pour le parti césarien (auquel appartient le monétaire), il s’agit d’affirmer la loyauté envers Jules César, qui vient de remporter la bataille de Pharsale.
Stabilité : Invoquer Fides, c’est aussi promettre le respect des engagements et la restauration de l’ordre républicain sous l’égide de César, par opposition aux « rebelles » pompéiens.
2. Le Revers : La Gloire Militaire et l’Héritage Familial
Le revers montre un cavalier romain galopant et traînant un captif barbare par les cheveux. Cette scène d’une grande violence est riche en significations.
Commémoration d’un Ancêtre : Selon les historiens, ce type fait référence aux exploits d’un ancêtre homonyme, le préteur Aulus Licinius Nerva. En 142 av. J.-C., ce dernier a écrasé la révolte d’Andriscus en Macédoine. Le captif traîné au sol représenterait ainsi le roi macédonien vaincu.
La « Gens » Licinia : À Rome, les monétaires utilisaient souvent les monnaies pour magnifier le prestige de leur propre famille (gens). En rappelant une victoire historique sur les Macédoniens, Nerva souligne que sa lignée a toujours servi Rome avec succès.
Lien avec l’Actualité : En 47 av. J.-C., César est en pleine campagne en Orient et en Afrique. L’image du cavalier victorieux sert à galvaniser le sentiment de supériorité militaire romaine et à suggérer que, sous la direction de leaders comme les Licinii et César, Rome reste invincible face aux ennemis extérieurs comme intérieurs.
3. Synthèse du Contexte
Ce denier opère une fusion entre :
Le passé glorieux (la victoire de 142 av. J.-C.).
Le présent politique (la nécessité de la Fides envers le nouveau maître de Rome).
L’ambition personnelle du monétaire qui cherche à s’élever dans le cursus honorum en rappelant la puissance de son nom.
Le monétaire responsable de l’émission de ce denier est Aulus Licinius Nerva. Bien que sa biographie précise soit moins documentée que celle des grandes figures comme César ou Pompée, nous pouvons dresser son portrait à travers ses fonctions et son appartenance familiale.
1. Son Rôle : Triumvir Monetalis
En 47 av. J.-C., Aulus Licinius Nerva occupe la fonction de triumvir monétaire (tresviri monetales).
Ce poste était généralement la première étape du cursus honorum (la carrière des honneurs) pour les jeunes aristocrates romains.
Il était responsable, avec deux collègues, de la surveillance de la frappe des monnaies à l’atelier de Rome. C’est à ce titre que son nom
A·LICINIVSet son titreIII·VIRapparaissent sur le revers de la pièce.
2. Son Allégeance Politique
Aulus Licinius Nerva appartient au camp de Jules César.
Soutien Césarien : Sa nomination en 47 av. J.-C. intervient alors que César est dictateur. Le choix de Fides (la Fidélité) sur ses pièces est un signe fort de son adhésion à la cause césarienne dans un climat de guerre civile.
Carrière ultérieure : Il est identifié par les historiens comme le questeur de Decimus Junius Brutus (l’un des lieutenants de César, qui participera plus tard au complot contre lui). Cela confirme qu’il faisait partie du cercle restreint des officiers et magistrats entourant l’état-major césarien.
3. Son Origine Familiale : La Gens Licinia
Il appartient à la gens Licinia, l’une des familles plébéiennes les plus illustres et les plus puissantes de Rome.
Une lignée de prestige : Les Licinii ont produit des figures majeures comme le triumvir Crassus ou le général Lucullus.
L’héritage des Nervae : Sa branche familiale, les Licinii Nervae, s’est distinguée par ses succès militaires. Comme mentionné précédemment, il utilise sa monnaie pour célébrer son ancêtre, le préteur de 142 av. J.-C., rappelant ainsi que sa famille a toujours été un pilier de la force militaire romaine.
Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon
A. Licinius Nerva. Triumvir monétaire de 705 à 709 (49-45 av. J.-C.)
On connaît plusieurs personnages ayant porté le nom de Aulus Licinius Nerva; le premier fut tribun du peuple en 576 (178 av. J.-C.), puis préteur en Espagne, en 588 (166 av. J.-C.) ; un autre, probablement fils du précédent, fut préteur en 611 (143 av. J.-C.) et l’année suivante gouverneur de la Macédoine. Le monétaire dont nous nous entretenons ici, descendait sans doute de ces personnages, mais il n’est pas connu historiquement, à moins que ce ne soit un certain Licinius Nerva, mentionné sans son prénom, et qui fut questeur de Decimus Brutus pendant la guerre de Modène. La même obscurité règne sur l’interprétation des types monétaires de ce magistrat. Nous ne connaissons pas les motifs qui l’ont poussé à représenter sur ses deniers la tête de la déesse de la Bonne Foi, à qui Numa fit, le premier, bâtir un temple. Peut-être un des ancêtres de A. Nerva fut-il prêtre de cette divinité qu’on appelle fides publica du temps des empereurs et qu’on représente sur les monnaies impériales, tenant une patère et une corne d’abondance.
On a proposé de reconnaître dans le type du revers des deniers, le préteur A. Licinius Nerva qui, pendant sa préture en Macédoine, en 612 (142 av. J.-C.), battit Andriscus qui avait entrepris de restaurer le trône de Persée. Les médailles représenteraient Nerva lui-même à cheval et traînant par les cheveux le malheureux roi de Macédoine. On voit au revers du sesterce un cavalier en course, comme sur les monnaies des Calpumii Pisones. C’est une allusion aux ludi Apoliinares institués par P. Licinius Varus, préteur en 546 (208 av. J.-C.).
Lieux de découverte (14 exemplaires)