
1447PL – Denier Plautia – Lucius Plautius Plancus
INDICE DE RARETE : 4
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ATELIER : Rome
Datation : 47 avant J.C.
Matière : Argent
Gens : Plautia
Références : RRC 453/1 – B.14 (Plautia) – Syd.959
Ce denier de Lucius Plautius Plancus est bien plus qu’une simple unité monétaire ; c’est un manifeste politique et culturel. Frappé en 47 av. J.-C., en pleine guerre civile entre César et les partisans de Pompée, son symbolisme puise dans la mythologie et l’histoire familiale pour affirmer le prestige du monnayeur.
1. L’Aurore (Revers) : Un Message d’Espoir ?
Le revers représente Aurore, la déesse de l’aube, menant les chevaux du Soleil.
Le Renouveau : En 47 av. J.-C., après la victoire de César à Pharsale, le monde romain cherche une sortie de crise. L’Aurore symbolise le lever d’un jour nouveau, une ère de paix et de lumière après l’obscurité de la guerre civile.
Référence Artistique : On s’accorde à dire qu’il s’agit d’une reproduction d’une fresque célèbre de Nicomaque de Thèbes. Un ancêtre du monnayeur aurait consacré cette œuvre au Capitole après ses victoires. En l’utilisant, Plancus rappelle à tous la piété et les triomphes passés de sa lignée.
2. Méduse (Avers) : Entre Protection et Jeu de Mots
Le visage frontal de Méduse est l’un des motifs les plus saisissants de la numismatique romaine.
Le Pouvoir Apotropaïque : À Rome, le Gorgoneion (masque de Méduse) est un puissant symbole de protection destiné à détourner le mauvais sort et à pétrifier les ennemis.
Le « Calembour » Numismatique : Le choix de Méduse n’est pas seulement mythologique, il est aussi étymologique. Le nom de famille Plautius était lié, dans l’imaginaire romain, à une anecdote sur les musiciens de flûte (tibicines) qui s’étaient exilés de Rome avant de revenir déguisés avec des masques. Or, le mot grec pour « masque » est proche de la racine du nom.
3. Contexte Historique : L’Époque de César
Lucius Plautius Plancus frappe cette monnaie alors qu’il est monetaire sous la dictature de Jules César.
Lien avec Lyon : Le monnayeur est le frère de Lucius Munatius Plancus, le futur fondateur de la colonie de Lugdunum (Lyon) en 43 av. J.-C. Cette famille faisait partie de la nouvelle élite soutenue par César.
Affirmation de la « Gens » : À cette époque, les monnayeurs utilisaient l’espace restreint du denier pour glorifier leurs ancêtres afin de légitimer leur propre ascension politique (le cursus honorum).
Analyse de l’Expertise
L’esthétique de ce denier rompt avec le style conventionnel (souvent de profil) pour adopter une vue de face, une prouesse technique pour les graveurs de l’époque. Cette audace artistique reflète la période de transition et de rupture que traversait la République.
Le monétaire derrière ce denier est une figure fascinante de la fin de la République, dont la vie illustre parfaitement les bouleversements politiques de l’époque de Jules César.
Voici les informations clés sur Lucius Plautius Plancus :
1. Origine et Identité
Naissance : Né sous le nom de Gaius Munatius Plancus, il appartient à la gens Munatia, une famille de notables italiens (probablement originaires de Tibur).
Adoption : Il a été adopté par un membre de la gens Plautia (probablement un Lucius Plautius), ce qui explique son changement de nom. Conformément à la coutume romaine, il a pris le nomen de son père adoptif (Plautius) tout en conservant son cognomen d’origine (Plancus) comme distinction familiale.
2. Liens Familiaux Célèbres
Lucius était le frère de personnages très influents du Ier siècle av. J.-C. :
Lucius Munatius Plancus : Le plus célèbre de la fratrie. Compagnon de César, il fut consul en 42 av. J.-C. et est surtout connu pour avoir été le fondateur de la ville de Lyon (Lugdunum) en 43 av. J.-C.
Titus Munatius Plancus Bursa : Un tribun de la plèbe fervent partisan de Clodius.
3. Carrière Politique
Magistrat Monétaire (47 av. J.-C.) : Il exerce cette fonction sous la dictature de Jules César. C’est à ce moment qu’il fait frapper le célèbre denier à la tête de Méduse.
Préteur (43 av. J.-C.) : Il atteint le rang de préteur, une position de haute magistrature, juste après l’assassinat de César.
4. Une Fin Tragique (Les Proscriptions)
Contrairement à son frère Lucius Munatius Plancus, qui a survécu aux guerres civiles en changeant habilement d’allégeance, Lucius Plautius Plancus a connu une fin brutale :
Proscrit : En 43 av. J.-C., il est inscrit sur les listes de proscription du Second Triumvirat (Octave, Marc Antoine et Lépide).
Mort : Pour échapper à ses poursuivants, il se cache dans les environs de Salerne. La légende raconte qu’il fut trahi par l’odeur des parfums qu’il utilisait, ou que son sens du luxe a permis de le localiser. Il fut exécuté la même année que Cicéron.
Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon
L. Plautius Plancus. Monétaire vers 709 (4S av. J.-C.).
L. Plautius Plancus était de la gens Munatia et frère de Cn. Munatius Plancus, L. Munatius Plancus et T. Munatius Plancus Bursa; adopté par L. Plautius, il en prit le nom. Proscrit par les triumvirs en l’an 711 (43 av. J.-C.) il se réfugia dans les environs de Salerne où il finit par être découvert et mis à mort. Pendant qu’il exerçait la charge de magistrat monétaire, il émit un denier des plus intéressants et dont Eckhel a fort ingénieusement rapproché le type d’un passage d’Ovide. Le poète latin raconte au sixième livre de ses Fastes (v. 651 et suiv.) qu’en l’an 442 (312 av. J.-C.), le censeur Appius Claudius Caecus avait voulu, sur l’avis du Sénat, réduire le nombre des joueurs de flûte qui avaient l’habitude de faire entendre leur concert aux pompes funèbres. Tous alors, protestèrent contre cette mesure et s’exilèrent volontairement à Tibur. Mais le peuple, par opposition au Sénat, regretta l’absence de ses musiciens favoris, et le collègue d’Appius Claudius Caecus, qui se nommait C. Plautius Venox, usa d’un subterfuge pour les faire rentrer. Il se rendit à Tibur, leur offrit un festin et les enivra ; puis, au milieu de la nuit, il les plaça sur des chariots qui les ramenèrent à Rome au point du jour. Plautius avait pris la précaution de faire recouvrir d’un masque scénique le visage de tous les musiciens, afin que le Sénat ou Ap. Claudius ne les reconnussent pas à leur arrivée par la porte del’Esquilin :
Jamque per Esquiiias Romanam intraverat urbem,
Et mane in medio plaustra fuere foro
Plautius ut posset specie numeroque senatum
Fallere personis imperat ora tegi.
Le revers du denier de L. Plautius Plancus rappelle ce curieux incident de la vie d’un de ses ancêtres. Le char de l’Aurore fait allusion à la rentrée des musiciens dans Rome, et le masque se rapporte à ceux dont les musiciens étaient affublés. Ajoutons qu’on célébrait à Rome, le 13 juin de chaque année, des fêtes appelées Quinquatrus Minusculae, en souvenir du fait que nous venons de raconter : c’était des fêtes musicales où ceux qui y prenaient part avaient la figure cachée sous un masque, comme au carnaval de nos jours. La médaille d’or n’est pas de coin romain; c’est une imitation barbare du denier, et elle ne saurait être comptée au nombre des monnaies d’Etat de la république.
Lieux de découverte (265 exemplaires)