
1442VI – Denier Vibia – Caius Vibius Pansa
INDICE DE RARETE : 7
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ATELIER : Rome
Datation : 48 avant J.C.
Matière : Argent
Gentes : Vibia, Junia et Postumia
Références : RRC 451/1 – B.22 (Vibia) – Syd.944
Ce denier, frappé en 48 av. J.-C., est une monnaie fascinante qui capture un moment charnière de la guerre civile entre Jules César et Pompée.
Voici l’analyse du symbolisme et du contexte historique de cette émission :
1. Le Masque de Pan (Avers)
Le portrait de Pan est un exemple classique de « jeu de mots visuel » (type parlant) très apprécié par les magistrats monétaires romains.
Référence familiale : Il s’agit d’une allusion directe au cognomen du magistrat C. Vibius Pansa. Le mot latin Pansa évoque quelqu’un « aux larges pieds », mais ici, le choix de la divinité Pan crée un lien phonétique et iconographique évident avec son nom.
Nature sauvage et chaos : Pan, dieu de la nature sauvage et des bergers, est aussi à l’origine du mot « panique ». Son apparition en pleine guerre civile peut symboliser la force brute nécessaire pour rétablir l’ordre, ou simplement servir d’identifiant personnel pour Pansa.
2. Les Mains Jointes et le Caducée (Revers)
Ce revers est l’un des plus chargés de sens politique de l’époque.
La Concordia (Concorde) : Les deux mains droites jointes (dextrarum iunctio) sont le symbole universel de l’alliance, de la bonne foi (Fides) et de la réconciliation.
Le Caducée : Attribut de Mercure, il représente la paix, la prospérité et la négociation diplomatique.
Synthèse : L’association des mains et du caducée en 48 av. J.-C. est un message de propagande césarienne. Elle suggère qu’après le chaos de la guerre (représenté par Pan ou le contexte ambiant), le but de César est de restaurer la paix publique et l’harmonie entre les citoyens romains.
3. Le Contexte Historique : 48 avant J.-C.
L’année de frappe est capitale pour comprendre l’ironie et la tension derrière cette pièce :
La victoire de César : C’est l’année de la bataille de Pharsale, où César défait Pompée. Rome est sous son contrôle, et ses partisans (comme Pansa et Albinus) utilisent la monnaie pour stabiliser son image : il ne se présente pas comme un tyran, mais comme celui qui apporte la concorde.
Un duo de monnayeurs paradoxal : La pièce est signée par C. Vibius Pansa et Albinus Bruti f. (Décimus Junius Brutus Albinus).
Pansa restera fidèle à César jusqu’à sa mort au combat en 43 av. J.-C.
Décimus Brutus, bien que très proche de César à cette époque, deviendra l’un de ses assassins quatre ans plus tard (aux Ides de Mars 44 av. J.-C.).
Cette émission de 48 av. J.-C. est le fruit d’une collaboration entre deux magistrats aux destins croisés, tous deux proches de Jules César à cette époque.
Voici les informations clés sur les deux monétaires ayant signé ce denier :
1. Gaius Vibius Pansa Caetronianus
Gaius Vibius Pansa était un homo novus (homme nouveau), c’est-à-dire le premier de sa famille à atteindre les hautes sphères de l’État.
Fidèle de César : Il a servi sous César en Gaule et a été un défenseur acharné de ses intérêts à Rome en tant que tribun de la plèbe en 51 av. J.-C.
Carrière : Après avoir été magistrat monétaire en 48 av. J.-C., il devient gouverneur de la Bithynie et du Pont, puis de la Gaule Cisalpine.
Consul en 43 av. J.-C. : Il atteint le sommet du cursus honorum aux côtés d’Aulus Hirtius. Après l’assassinat de César, il tente de maintenir une position modérée pour restaurer la République, mais il meurt de ses blessures après la bataille de Forum Gallorum contre Marc Antoine.
Note numismatique : Il est probablement le fils (adoptif ou naturel) du monétaire C. Vibius Pansa qui avait frappé des monnaies similaires en 90 av. J.-C. (RRC 342).
2. Decimus Junius Brutus Albinus
Souvent éclipsé par son cousin Marcus Junius Brutus (celui du célèbre « Tu quoque »), Décimus est pourtant une figure centrale et tragique.
Le protégé de César : Il était l’un des lieutenants les plus appréciés du dictateur. Il s’est illustré par ses victoires navales contre les Vénètes en Gaule et lors du siège de Marseille. César l’aimait comme un fils, au point de le nommer héritier de second rang dans son testament.
L’adoption : Son nom « Albinus » vient de son adoption par Aulus Postumius Albinus, bien qu’il ait conservé son nom d’origine.
Le traître : Malgré ses liens avec César, il rejoint la conspiration des Ides de Mars. C’est lui qui convainc César de se rendre au Sénat le jour de sa mort alors que ce dernier hésitait à cause des présages.
Sa fin : Poursuivi par les forces de Marc Antoine et d’Octave après la bataille de Modène, il est capturé et exécuté dans le Jura en 43 av. J.-C.
Pourquoi deux noms sur une seule pièce ?
À cette période, il arrivait que les tresviri monetales (le collège des trois magistrats responsables de la monnaie) s’associent pour une émission.
C·PANSA signe l’avers (le masque de Pan).
ALBINVS·BRVTI·F (Albinus fils de Brutus) signe le revers.
Cette association montre la cohésion du parti césarien en 48 av. J.-C., juste après la victoire de Pharsale, avant que les trajectoires politiques de ces deux hommes ne divergent radicalement suite à l’assassinat du dictateur.
Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon
C. Vibius C. f. C. n. Pansa. En 711 (43 av. J.-C.)
Il s’agit de C. Vibius Pansa qui fut consul en 711 avec A. Hirtius. Tribun du peuple en 703 (51 av. J.-C.) et probablement préteur en 706 (48 av. J.-C.), il se montra un ardent partisan de Jules César, qui l’honora de sa confiance et lui donna, en 709 (45 av. J.-C.), le gouvernement de la Gaule Cisalpine. Pansa rentra à Rome l’année suivante, et, en 710, César le fit désigner comme consul avec Hirtius, pour l’an 711 (43 av. J.-C.). En cette année-là, quand la guerre civile fut déclarée, les consuls Hirtius et Pansa se mirent à la tête de l’armée sénatoriale pour aller délivrer Decimus Brutus qui, à ce moment, faisait cause commune avec le sénat et se trouvait assiégé dans Modène par Marc Antoine. Ainsi s’expliquent les monnaies qui portent, à la fois, le nom de D. Brutus et de Pansa. Ce dernier organisa à Rome quatre nouvelles légions qu’il conduisait aux tyrannicides lorsque Antoine vint s’opposer à son passage près de Forum Gallorum (Castel – Franco). Pansa, obligé de se jeter dans la mêlée, fut mortellement blessé : il expira à Bologne quelques jours après. Il résulte de ce qui précède que toutes les monnaies de C. Vibius Pansa n’ont pu être frappées qu’en 711, au cours de la guerre de Modène. Sur le denier n. 16, nous voyons, comme sur les pièces du monétaire précédent, Cérès à la recherche de sa fille Perséphone enlevée par Pluton. Souvent aussi, comme sur le denier n. 17, on représente Cérès dans un bige de dragons.
Jupiter Anxur ou Axur, sur le n. 18, tire son nom de la ville d’Anxur .(Terracine) où il avait un sanctuaire célèbre. Jupiter Anxur, associé à la déesse Féronie, dans le culte de cette ville, était représenté sous les traits d’un jeune homme imberbe, ressemblant beaucoup à Apollon Véjovis, tandis que Féronie avait, de son côté, plus d’un point de contact avec Juno virgo.
Les événements qui s’accomplirent en 711 expliquent d’eux-mêmes les types du n. 20 : Pansa, allié aux tyrannicides, combattait pour Rome et la liberté. Rome assise sur des boucliers est un type déjà usité antérieurement par d’autres monétaires. Les mains jointes, le caducée et Mercure, sur les n. 21 et 22, sont des symboles de paix et étaient les emblèmes particuliers du sénat.
Lieux de découverte (28 exemplaires)