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1440PO – Denier Postumia – Decimus Postumius Albinus

Avers : PIETAS

Tête de la Piété à droite avec boucles d’oreille et collier.

Revers : ALBINVS BRVTI F (Albinus Bruti Filius, Albinus fils de Brutus)

Deux mains jointes tenant un caducée ailé.

British Museum 4.04g

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10+

ATELIER : Rome

Datation 48 avant J.C.

Matière Argent

Gentes : Junia et Postumia

Références : RRC 450/2 – B.10 (Postumia) – Syd.942

L’analyse du symbolisme et du contexte historique de ce denier est fascinante car elle illustre parfaitement l’utilisation de la monnaie comme outil de communication politique durant les guerres civiles romaines.

1. Le Symbolisme : Un message de Paix et d’Unité

Le choix des motifs sur cette pièce est délibérément porteur d’espoir et de réconciliation :

  • La tête de Pietas (Avers) : La Pietas ne représente pas seulement la piété religieuse, mais surtout le sens du devoir envers la patrie, la famille et les dieux. En 48 av. J.-C., mettre en avant la Pietas est une manière de dire que l’action du monétaire est guidée par le respect des institutions romaines et de la cohésion sociale, par opposition au chaos de la guerre civile.

  • Les mains jointes (Revers) : Les dextrarum iunctio symbolisent la Concorde (Concordia) et l’accord mutuel. C’est l’image même de l’alliance retrouvée.

  • Le caducée ailé (Revers) : Attribut du dieu Mercure, le caducée est le symbole de la négociation, de la paix et de la prospérité commerciale. Tenu par les mains jointes, il renforce l’idée que l’union des citoyens ramènera la paix et l’abondance.

2. Le Contexte Historique : L’ombre de Jules César

Le contexte de frappe (48 av. J.-C.) est celui d’un basculement historique majeur :

  • Le Triomphe de César : Cette année-là, César bat Pompée à la bataille de Pharsale. Le camp césarien, auquel appartient alors Decimus Junius Brutus Albinus, cherche à stabiliser l’opinion publique. Cette monnaie sert de propagande pour montrer que la victoire de César n’est pas celle d’un tyran, mais celle d’un chef cherchant à restaurer l’harmonie (Concordia) dans la République.

  • L’ambiguïté du monétaire : Decimus Brutus est un personnage complexe. Grand général de César (vainqueur des Vénètes et à Marseille), il est très proche du dictateur. Pourtant, c’est ce même homme qui, quatre ans plus tard, participera activement à l’assassinat de César. Le nom gravé sur la pièce (ALBINVS BRVTI F) souligne sa double lignée : il est né Brutus mais a été adopté par un Albinus, liant ainsi deux des plus prestigieuses familles républicaines.

  • Un outil de légitimation : En frappant cette monnaie à Rome, Albinus réaffirme la légitimité du gouvernement césarien installé dans la capitale face aux forces pompéiennes exilées en Orient.

En résumé

Ce denier est un manifeste politique qui tente de masquer la violence de la guerre civile sous les traits de la Dévotion et de la Paix. C’est une promesse de retour à la normale faite au peuple romain au nom de la faction césarienne.

Le monétaire responsable de l’émission de ce denier est Decimus Iunius Brutus Albinus. C’est un personnage complexe, dont la vie est marquée par une ascension fulgurante sous l’ombre de Jules César et une fin tragique liée à la trahison de ce dernier.

Voici les informations essentielles sur ce magistrat monétaire :

1. Identité et Origines

  • Nom complet : Decimus Iunius Brutus Albinus.

  • Famille : Il appartient à la branche des Junii Bruti, mais il a été adopté par un certain Aulus Postumius Albinus (d’où le nom d’Albinus qu’il porte sur ses monnaies). Cette double lignée lui confère un prestige immense au sein de l’aristocratie romaine.

  • Sur les monnaies : Il signe généralement ALBINVS BRVTI F (Albinus, fils de Brutus).

2. Carrière sous Jules César

Decimus Brutus fut l’un des lieutenants les plus fidèles et les plus capables de César pendant près de dix ans :

  • Guerre des Gaules : Il se distingue lors de la guerre contre les Vénètes (en Bretagne) en 56 av. J.-C., où il commande la flotte romaine. Sa victoire navale est décisive pour la soumission de l’Armorique.

  • Guerre Civile : En 49 av. J.-C., il dirige le siège naval de Marseille (Massalia). C’est en grande partie grâce à ses succès que César parvient à sécuriser la Méditerranée occidentale.

  • Récompenses : En reconnaissance de ses services, César le nomme gouverneur de la Gaule Transalpine et le désigne même dans son testament comme héritier au second degré.

3. Son rôle de Monétaire (48 av. J.-C.)

Lorsqu’il frappe le denier RRC 450/1, il est en plein apogée de sa carrière militaire. Le choix de l’iconographie (Mars, les carnyces et les boucliers gaulois) est une célébration directe de ses propres exploits en Gaule sous le commandement de César. C’est une forme de communication politique : il rappelle au peuple romain qu’il est l’un des artisans de la grandeur de Rome.

4. La Trahison et les Ides de Mars

Malgré la confiance absolue que César lui portait, Decimus Brutus rejoint la conspiration menée par Cassius et son cousin Marcus Brutus.

  • C’est lui qui, le matin du 15 mars 44 av. J.-C., se rend à la demeure de César pour le convaincre de ne pas tenir compte des mauvais présages et de se rendre au Sénat.

  • Après l’assassinat, il s’enfuit en Gaule Cisalpine. Il sera finalement traqué et exécuté en 43 av. J.-C. sur ordre de Marc Antoine.


Pourquoi ce monétaire est-il important pour les collectionneurs ?

Posséder une monnaie de Decimus Brutus Albinus, c’est détenir un objet frappé par l’un des assassins de César au moment même où il célébrait sa loyauté et ses victoires pour lui. Cette ironie historique donne une valeur documentaire exceptionnelle à ses émissions.

Pour voir d’autres exemplaires de cette monnaie :

Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon

D. Postumius Albinus Bruti f. En 710-711 (44-43 av. J.-C.)

Ce personnage, l’un des meurtriers de César, s’appelait D. Junius Brutus; il était de la famille Junia, mais il fut adopté par A. Postumius Albinus, consul en 655 (99 av. J.-C.) et il joignit à son nom celui de son père adoptif. Il commença par servir en Gaule sous les ordres de César, qui lui donna le commandement de la flotte destinée à subjuguer les Vénètes, en 698 (56 av. J.-C.). On le retrouve quatre ans plus tard dans la campagne contre Vercingétorix. Enfin, au commencement de la guerre civile, en 705 (49 av. J.-C.), César le mit à la tête de la flotte envoyée contre Marseille. Il s’empara de la ville, fit de nouveau la guerre en Gaule, et, en récompense de ses services, le dictateur le combla d’honneurs et lui promit le gouvernement de la Gaule Cisalpine avec la dignité de préteur pour l’année 710 (44 av. J.-C.), et le consulat pour l’année 712 (42 av. J.-C.); César l’institua même son héritier au second degré. Tout cela n’empêcha pas D. Postumius Albinus de conspirer contre son bienfaiteur et de lui plonger un poignard dans le sein. Après la mort de César, D. Postumius Albinus se rendit dans la Gaule Cisalpine et soutint la guerre contre Antoine jusqu’au jour où il fut obligé de prendre la fuite et de passer en Macédoine; enfin trahi par ses troupes, il fut mis à mort par ordre d’Antoine, l’an 711 (43 av. J.-C.).
Ses monnaies furent frappées après la mort de César, pendant la guerre de Modène qui remplit les derniers mois de l’an 710 (44 av. J.-C.), et les premiers de l’an 711 (43 av. J.-C.). Le denier n. 13 est en l’honneur du consul A. Postumius Albinus, père adoptif du monétaire ; les autres ont des types qui font allusion aux faits militaires et aux discordes politiques de l’époque. La tête de Mars rappelle la guerre, et les deux carnyx ou trompettes gauloises, placés en sautoir avec les deux boucliers, font allusion aux campagnes du monétaire en Gaule ; les deux mains jointes et la tête de la Piété font appel à la concorde des citoyens; on sait que les deux mains jointes tenant un caducée étaient l’emblème particulier du Sénat. La couronne d’épis, au revers du denier n. 13, est la couronne des frères Arvales, qui, d’après les rites, était nouée avec des bandelettes de laine blanche. Le mot Bruti porte un accent sur la lettre V, comme le mot Musa sur les monnaies,de Q. Pomponius Musa, et le mot Furius sur les monnaies de L. Furius Brocchus. Il importe de remarquer que D. Postumius Albinus et C. Vibius Pansa frappèrent monnaie, non comme officiers monétaires, charge qu’on donnait à des jeunes gens de vingt-sept ans, au début de leur carrière politique, mais comme généraux de l’armée républicaine qui luttait contre Marc Antoine.

Lieux de découverte (199 exemplaires)

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