
1439PO – Denier Postumia – Decimus Postumius Albinus
INDICE DE RARETE : 6
1
10+
ATELIER : Rome
Datation : 48 avant J.C.
Matière : Argent
Gentes : Junia et Postumia
Références : RRC 450/1a – B.11 (Postumia) – Syd.941
Ce denier, frappé en 48 av. J.-C. par Decimus Iunius Brutus Albinus, est une pièce maîtresse de la propagande monétaire de la fin de la République. Elle capture un moment où la gloire des conquêtes gauloises de César se mêle aux tensions croissantes de la guerre civile.
Voici l’analyse détaillée de son symbolisme et de son contexte historique.
1. Symbolisme de l’Avers : Mars
L’avers présente une tête casquée, traditionnellement identifiée par Michael Crawford comme étant Mars, le dieu de la guerre.
Mars : Sa présence souligne la légitimité militaire. En 48 av. J.-C., Rome est en pleine guerre civile (César contre Pompée). Invoquer Mars, c’est affirmer la puissance des armées césariennes auxquelles Albinus appartient.
2. Symbolisme du Revers : Le Triomphe sur la Gaule
Le revers est un véritable catalogue de trophées militaires, faisant référence directe aux campagnes de César en Gaule et aux succès personnels d’Albinus.
Le Carnyx (trompe gauloise) : Ces deux trompettes celtiques entrecroisées sont les symboles les plus explicites de la victoire sur les peuples gaulois. Le carnyx était utilisé pour terrifier l’ennemi par son bruit rauque ; ici, il est réduit au rang de trophée, symbolisant la soumission des Barbares.
Les Boucliers (Ovale et Rond) : Ils représentent l’armement typique des guerriers gaulois. Le bouclier ovale (scutum) et le bouclier rond illustrent la diversité des tribus vaincues.
La disposition en « Sautoir » (X) : Cette composition évoque un trophée dressé sur le champ de bataille, une pratique romaine pour marquer le lieu de la victoire.
3. Contexte Historique : Albinus, l’ombre de César
Le contexte de production est crucial pour comprendre la dualité de cette monnaie :
La Fidélité de 48 av. J.-C. : Au moment de la frappe, Decimus Brutus est l’un des lieutenants les plus estimés de César. Il s’est illustré lors du siège de Marseille (Massalia) en 49 av. J.-C., où il commandait la flotte. Les symboles de victoire gauloise sur la monnaie servent donc à renforcer le prestige de César (et le sien par extension) au moment où ce dernier affronte Pompée à Pharsale.
L’Héritier et le Traître : Albinus était si proche de César qu’il fut nommé héritier au second degré dans son testament. Pourtant, c’est lui qui convaincra César de se rendre au Sénat le jour des Ides de Mars en 44 av. J.-C., participant activement à son assassinat.
Synthèse Numismatique
Cette monnaie est un témoignage de la transition vers le pouvoir personnel : bien que frappée par un magistrat monétaire de la République, elle sert exclusivement la gloire d’un chef militaire et de ses conquêtes.
Le monétaire responsable de l’émission de ce denier est Decimus Iunius Brutus Albinus. C’est un personnage complexe, dont la vie est marquée par une ascension fulgurante sous l’ombre de Jules César et une fin tragique liée à la trahison de ce dernier.
Voici les informations essentielles sur ce magistrat monétaire :
1. Identité et Origines
Nom complet : Decimus Iunius Brutus Albinus.
Famille : Il appartient à la branche des Junii Bruti, mais il a été adopté par un certain Aulus Postumius Albinus (d’où le nom d’Albinus qu’il porte sur ses monnaies). Cette double lignée lui confère un prestige immense au sein de l’aristocratie romaine.
Sur les monnaies : Il signe généralement
ALBINVS BRVTI F(Albinus, fils de Brutus).
2. Carrière sous Jules César
Decimus Brutus fut l’un des lieutenants les plus fidèles et les plus capables de César pendant près de dix ans :
Guerre des Gaules : Il se distingue lors de la guerre contre les Vénètes (en Bretagne) en 56 av. J.-C., où il commande la flotte romaine. Sa victoire navale est décisive pour la soumission de l’Armorique.
Guerre Civile : En 49 av. J.-C., il dirige le siège naval de Marseille (Massalia). C’est en grande partie grâce à ses succès que César parvient à sécuriser la Méditerranée occidentale.
Récompenses : En reconnaissance de ses services, César le nomme gouverneur de la Gaule Transalpine et le désigne même dans son testament comme héritier au second degré.
3. Son rôle de Monétaire (48 av. J.-C.)
Lorsqu’il frappe le denier RRC 450/1, il est en plein apogée de sa carrière militaire. Le choix de l’iconographie (Mars, les carnyces et les boucliers gaulois) est une célébration directe de ses propres exploits en Gaule sous le commandement de César. C’est une forme de communication politique : il rappelle au peuple romain qu’il est l’un des artisans de la grandeur de Rome.
4. La Trahison et les Ides de Mars
Malgré la confiance absolue que César lui portait, Decimus Brutus rejoint la conspiration menée par Cassius et son cousin Marcus Brutus.
C’est lui qui, le matin du 15 mars 44 av. J.-C., se rend à la demeure de César pour le convaincre de ne pas tenir compte des mauvais présages et de se rendre au Sénat.
Après l’assassinat, il s’enfuit en Gaule Cisalpine. Il sera finalement traqué et exécuté en 43 av. J.-C. sur ordre de Marc Antoine.
Pourquoi ce monétaire est-il important pour les collectionneurs ?
Posséder une monnaie de Decimus Brutus Albinus, c’est détenir un objet frappé par l’un des assassins de César au moment même où il célébrait sa loyauté et ses victoires pour lui. Cette ironie historique donne une valeur documentaire exceptionnelle à ses émissions.
Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon
D. Postumius Albinus Bruti f. En 710-711 (44-43 av. J.-C.)
Ce personnage, l’un des meurtriers de César, s’appelait D. Junius Brutus; il était de la famille Junia, mais il fut adopté par A. Postumius Albinus, consul en 655 (99 av. J.-C.) et il joignit à son nom celui de son père adoptif. Il commença par servir en Gaule sous les ordres de César, qui lui donna le commandement de la flotte destinée à subjuguer les Vénètes, en 698 (56 av. J.-C.). On le retrouve quatre ans plus tard dans la campagne contre Vercingétorix. Enfin, au commencement de la guerre civile, en 705 (49 av. J.-C.), César le mit à la tête de la flotte envoyée contre Marseille. Il s’empara de la ville, fit de nouveau la guerre en Gaule, et, en récompense de ses services, le dictateur le combla d’honneurs et lui promit le gouvernement de la Gaule Cisalpine avec la dignité de préteur pour l’année 710 (44 av. J.-C.), et le consulat pour l’année 712 (42 av. J.-C.); César l’institua même son héritier au second degré. Tout cela n’empêcha pas D. Postumius Albinus de conspirer contre son bienfaiteur et de lui plonger un poignard dans le sein. Après la mort de César, D. Postumius Albinus se rendit dans la Gaule Cisalpine et soutint la guerre contre Antoine jusqu’au jour où il fut obligé de prendre la fuite et de passer en Macédoine; enfin trahi par ses troupes, il fut mis à mort par ordre d’Antoine, l’an 711 (43 av. J.-C.).
Ses monnaies furent frappées après la mort de César, pendant la guerre de Modène qui remplit les derniers mois de l’an 710 (44 av. J.-C.), et les premiers de l’an 711 (43 av. J.-C.). Le denier n. 13 est en l’honneur du consul A. Postumius Albinus, père adoptif du monétaire ; les autres ont des types qui font allusion aux faits militaires et aux discordes politiques de l’époque. La tête de Mars rappelle la guerre, et les deux carnyx ou trompettes gauloises, placés en sautoir avec les deux boucliers, font allusion aux campagnes du monétaire en Gaule ; les deux mains jointes et la tête de la Piété font appel à la concorde des citoyens; on sait que les deux mains jointes tenant un caducée étaient l’emblème particulier du Sénat. La couronne d’épis, au revers du denier n. 13, est la couronne des frères Arvales, qui, d’après les rites, était nouée avec des bandelettes de laine blanche. Le mot Bruti porte un accent sur la lettre V, comme le mot Musa sur les monnaies,de Q. Pomponius Musa, et le mot Furius sur les monnaies de L. Furius Brocchus. Il importe de remarquer que D. Postumius Albinus et C. Vibius Pansa frappèrent monnaie, non comme officiers monétaires, charge qu’on donnait à des jeunes gens de vingt-sept ans, au début de leur carrière politique, mais comme généraux de l’armée républicaine qui luttait contre Marc Antoine.
Lieux de découverte (75 exemplaires)