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1421NE – Denier Neria – Cnæus Nerius

Avers : NERI. Q. (VR)B (Nerius quæstor urbinus, Nerius questeur urbain)

Tête de Saturne à droite avec un harpon derrière.

Revers : L. LE(NT) / C. (MA)R/ CO-S / H – P (Lucius Lentulus, Caius Marcellus consules/ Hastati Principes, Lucius Lentulus Caius Marcellus consuls, Hastati et Principes)

Aigle légionnaire (aquila) entre deux étendards de manipules des Hastati et des Principes. Bordure rayée.

British Museum 3.86g

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10+

ATELIER : Rome

Datation 49 avant J.C.

Matière Argent

Gens : Neria, Claudia et Cornelia

Références : RRC 441/1 – B.1 (Neria) – Syd.937

Le monétaire de ce denier est Cnæus Nerius, un personnage dont l’histoire est intrinsèquement liée aux premiers jours de la guerre civile entre Jules César et Pompée en 49 av. J.-C.

Voici les informations clés sur ce magistrat et son rôle :

1. Identité et Origines

  • Nom complet : Cnæus Nerius.

  • Famille : Issu de la gens Neria, une famille plébéienne relativement modeste et peu documentée à Rome. Comme l’indique LesDioscures.com, il est le seul membre connu de cette famille à avoir exercé une haute magistrature et frappé monnaie.

  • Étymologie : Son nom pourrait avoir des racines sabines ou ombriennes (Nerius signifiant « fort » ou « robuste »).

2. Sa fonction : Questeur Urbain (Quaestor Urbanus)

Nerius n’était pas un simple magistrat monétaire (triumvir monetalis). Il occupait la charge de questeur urbain, une fonction prestigieuse qui lui confiait la garde du trésor public de l’État : l’Aerarium Saturni.

  • Ce trésor était conservé dans le temple de Saturne, ce qui explique la présence de la tête de Saturne sur l’avers de la pièce.

  • En tant que gardien des fonds, c’est lui qui a supervisé la frappe d’urgence pour le compte de la faction pompéienne (le Sénat).

3. Son rôle dans la Guerre Civile

L’année 49 av. J.-C. est un tournant : César franchit le Rubicon et marche sur Rome.

  • La fuite de Rome : Face à l’avance rapide de César, les consuls (Lentulus et Marcellus, cités au revers) décident d’abandonner la ville.

  • Le Trésor : Nerius, en sa qualité de questeur, emporta avec lui une partie du trésor public (lingots et numéraire) pour financer l’armée de Pompée en Grèce.

  • Lieu de frappe : Bien que les coins fassent référence à Rome, il est probable que cette monnaie ait été frappée soit juste avant le départ précipité de la ville, soit dans un atelier mobile (ou à Apollonie en Épire) une fois les pompéiens exilés.

4. Un message de légitimité

En signant cette pièce, Nerius ne cherche pas seulement à faire circuler de l’argent, mais à envoyer un message politique fort :

  • L’association de son nom (NERI.Q.VRB) avec celui des consuls (L.LENT C.MARC COS) souligne que l’argent légal de la République se trouve du côté de Pompée, et non de César, qu’ils considéraient comme un rebelle.

Le message porté par ce denier est l’un des plus explicites de la fin de la République romaine. Il ne s’agit pas seulement d’un instrument financier, mais d’un véritable manifeste politique et militaire émis par le camp des « Optimates » (le Sénat et Pompée) contre Jules César.


1. La légitimité institutionnelle (L’Avers)

Le choix de Saturne n’est pas esthétique, il est symbolique du droit républicain :

  • Le Gardien du Trésor : Saturne est la divinité tutélaire de l’éventail public (Aerarium). En le faisant figurer, Cnæus Nerius affirme : « Nous possédons le Trésor légal de l’État ».

  • L’ordre établi : Le titre de Q VRB (Questeur Urbain) accolé à la divinité rappelle que la gestion de cet argent suit les règles ancestrales de la République, par opposition aux fonds que César allait bientôt saisir par la force dans le même temple à son arrivée à Rome.

2. La légitimité légale (La Légende)

La mention des consuls L. LENT C. MARC COS est cruciale :

  • L’année de la République : À Rome, on compte les années par les noms des consuls. Inscrire leurs noms, c’est dire : « Nous sommes l’État en exercice ».

  • Le front uni : En associant le Questeur (pouvoir financier) aux Consuls (pouvoir exécutif), la monnaie proclame l’unité totale des institutions contre le « tyran » César.

3. La démonstration de force (Le Revers)

Le message devient purement militaire avec l’aigle légionnaire et les enseignes des Hastati et des Principes :

  • L’armée du Sénat : Ce revers est un avertissement. Il signifie que les légions romaines sont (théoriquement) du côté de la loi.

  • Appel à la loyauté : Cette monnaie servait à payer les soldats. En recevant un denier qui affiche les symboles de leur propre unité, les soldats étaient rappelés à leur serment de fidélité envers les magistrats légitimes.


En résumé : Le « Denier de la Légalité »

Le message global est le suivant :

« Cet argent est l’argent légitime de Rome, protégé par Saturne, garanti par les Consuls et défendu par nos légions. Tout autre pouvoir (celui de César) est illégal. »

C’est une ironie de l’histoire : malgré ce message de force et de légitimité, les pompéiens ont dû fuir Rome peu après la frappe, laissant derrière eux une partie du trésor que la monnaie prétendait protéger.

Pour voir d’autres exemplaires de cette monnaie :

Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon

On ne connaît de cette famille que Cn. Nerius dont le nom figure sur un des deniers décrits ci-après. Il fut questeur urbain en l’an 705 (49 av. J.-C.) et c’est pendant qu’il exerçait cette charge qu’il fit frapper le denier qui porte son nom associé à celui des deux consuls de l’an 705 : L. Cornelius Lentulus et C. Claudius Marcellus. La présence du nom des consuls est insolite, mais elle s ‘explique pourtant, à cette époque troublée, par la nécessité de légitimer l’émission de la monnaie d’Etat en dehors de Rome et de l ‘Italie. Fuyant devant les légions de César qui entraient à Rome, les consuls et le questeur urbain, avec une partie du parti pompéien, s’arrêtèrent d’abord à Capoue, puis, s’embarquant à Brundusium, ils abordèrent à Dyrrachium, sur la côte d’Epire, et Nerius installa provisoirement son atelier monétaire à Apollonie. Sur le denier n°1, la tête de Saturne rappelle, ainsi que nous le savons déjà par maints exemples, le temple de cette divinité, où était renfermé l’aerarium de l’Etat dont le questeur urbain avait la garde et qu’il avait dû emporter dans sa fuite. L’aigle légionnaire avec les enseignes des cohortes désignées sous les noms de Hastali et Principes, font allusion à la légion et aux cohortes qui accompagnaient les consuls dans leur fuite, et dans lesquelles le parti pompéien plaçait alors toutes ses espérances. Les mêmes cohortes sont aussi désignées sur un denier de C. Valerius Flaccus. Le questeur Nerius frappa en même temps la pièce suivante (n. 2) sur laquelle il est simplement désigné par la lettre Q. (quaeslor) et qui mentionne, comme la première, les noms des deux consuls Lentulus et Marcellus . On doit aussi lui attribuer deux autres deniers qui ne font mention ni de lui ni de sa charge, il est vrai, mais qui portent les noms des consuls et dont l’émission a été ordonnée dans les mêmes circonstances que les pièces que nous décrivons ici.L’un de ces deniers (Cornelia, 66) a pour type de revers la Diane d’Ephèse et a été frappé sans doute dans l’atelier de cette ville quand la flotte pompéienne arriva sur les côtes d’Asie mineure; quant au second (Cornelia, 64), ses types siciliens nous avaient fait croire qu’il avait été émis en Sicile à une époque où le questeur Nérius se serait trouvé dans cette île avec Caton d ‘Utique et une partie de l’armée pompéienne; mais il est plus probable que ces emblèmes siciliens rappellent seulement les exploits de Marcellus, ancêtre de l’un des consuls. Le denier en question a été frappé plutôt à Apollonie d’Epire ou dans un autre atelier d’Orient. Nerius resta toujours attaché à la fortune du parti pompéien ; après Pharsale, il se sauva en Egypte; il y fut arrêté et jeté dans un cachot où il mourut.

Lieux de découverte (21 exemplaires)

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