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1410JU – Denier Brutus – Quintus Caepio Brutus

Avers: LIBERTAS

Tête de Libertas (la Liberté) à droite avec collier et boucle d’oreille; le front orné d’un bijou.

Revers : BRVTVS

Le consul Lucius Junius Brutus l’Ancien marchant à gauche entre deux licteurs, précédé de l’accensus; la hache du dernier licteur est pointée vers le bas.

British Museum 4.11g

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10+

ATELIER : Rome

Datation 54 avant J.C.

Matière Argent

Gens : Junia et Servilia

Références : RRC 433/1 – B.31 et 32 (Junia) – Syd.906

Le message politique et idéologique porté par ce denier est l’un des plus explicites et des plus puissants de l’histoire numismatique romaine. En 54 av. J.-C., Marcus Junius Brutus ne se contente pas de frapper monnaie ; il publie un véritable manifeste républicain.

1. La revendication d’un héritage tyrannicide

Le message principal est celui de la généalogie politique. En faisant figurer son ancêtre, Lucius Junius Brutus (le premier consul de Rome en 509 av. J.-C.), Brutus rappelle au peuple que le sang qui coule dans ses veines est celui de l’homme qui a expulsé le dernier roi de Rome, Tarquin le Superbe.

  • Le message caché : « Ma famille a fondé la République en détruisant la monarchie ; je suis le gardien naturel de cette tradition. »

2. L’exaltation de la Libertas

Le choix de la personnification de Libertas (la Liberté) sur l’avers n’est pas anodin. À cette époque, le climat politique à Rome est étouffant : le Premier Triumvirat (César, Pompée, Crassus) monopolise le pouvoir.

  • Le message caché : La liberté n’est pas un concept abstrait, c’est l’essence même de Rome que les puissants actuels menacent. Brutus se positionne comme le champion de cette liberté face aux ambitions personnelles.

3. La légitimité par les institutions (Imperium)

Le revers montre le consul entouré de ses licteurs et de son accensus. Cette mise en scène insiste sur l’ordre légal et républicain.

  • Le message caché : Le pouvoir légitime est celui qui est encadré par la loi et les magistratures élues, symbolisées par les faisceaux des licteurs. C’est une critique directe contre ceux qui tentent d’exercer un pouvoir hors des structures traditionnelles (pouvoirs extraordinaires, armées privées).


Une ironie historique tragique

Le message de cette monnaie est presque prophétique. Dix ans plus tard, en 44 av. J.-C., Brutus passera de la propagande à l’acte en assassinant Jules César. On retrouve sur ce denier de 54 av. J.-C. toute la structure mentale qui le poussera au meurtre :

  • Le culte des ancêtres.

  • L’horreur de la royauté.

  • Le devoir sacré de protéger la Libertas.

Variante avec la légende LIBRETAS au revers.

Bibliothèque nationale de France
Bibliothèque nationale de France

Pour voir d’autres exemplaires de cette monnaie :

Extrait de Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine d’Ernest Babelon

Q. Caepio Brutus.

Ce personnage célèbre était fils de M. Junius Brutus et de Servilia, soeur de Q. Servilius Caepio. Né dans l’automne de l’an 666 (88 av. J.-C.), il fut adopté par son oncle Q. Servilius Caepio, et c’est en raison de cette adoption qu’on voit figurer sur les monnaies de Brutus des souvenirs de la gens Servilia. Sur ses espèces, qu ‘il fit frapper, soit comme proconsul soit comme imperator, il prend simplement le nom de Brutus ou celui de Q. Caepio Brutus.
En 705 (49 av. J.-C.), lorsqu’éclata la guerre civile entre César et Pompée, Brutus, bien que démocrate, se déclara pour le parti aristocratique; l’année suivante, il se distingua à Dyrrachium contre les troupes de César ; après Pharsale il ne dut son salut qu’à la clémence du vainqueur. Réfugié à Larissa, il résolut de quitter le parti pompéien et il écrivit à César pour solliciter son pardon. Non seulement il l’obtint, mais dès l’an 708, il fut nommé gouverneur de la Gaule Cisalpine. Rentré à Rome l’année suivante, il répudia sa femme Claudia pour épouser Porcia, soeur de Caton. En 710 (44 av. J.-C). Brutus était préteur urbain et César lui avait promis le gouvernement de la Macédoine ; il ne s’en joignit pas moins à C. Cassius pour conspirer contre la vie du dictateur qui tomba sous le poignard des assassins le 15 mars 710 (44 av. J.-C.).
Le Sénat pardonna aux meurtriers, mais l’ attitude de Marc Antoine fit comprendre à Brutus que le futur triumvir se disposait à venger le dictateur. Brutus partit pour Athènes avec l ‘intention de prendre possession du gouvernement de la Macédoine dont il s ’empara grâce au secours en argent que lui fournit le questeur M. Appuleius. Mais le Sénat avait, dans l’intervalle, assigné la Macédoine à Marc Antoine qui y envoya son frère, C. Antonius, en qualité de préteur, mais avec les pouvoirs proconsulaires ; ce dernier tomba entre les mains de Brutus qui le fit mettre à mort. D’autre part, Octave, en août 711 (43 av. J.-C.), obtint du Sénat la condamnation des meurtriers de César. La guerre était devenue nécessaire : Brutus prit le titre d’ imperator et fit, à Sardes, sa jonction avec Cassius. On se battit d’abord sur mer, et finalement, dans l’automne de 712 (42 av. J.-C.), à Philippes, où Brutus et Cassius furent vaincus. Brutus désespéré se perça de son poignard.
Les emblèmes qui figurent sur les monnaies de Brutus rappellent que le tyrannicide se prétendait le restaurateur de la liberté du peuple romain. Tantôt son nom n’est suivi d’aucun titre ; tantôt il prend, comme C. Cassius, le titre de proconsul ; celles-ci ont été frappées en Macédoine par le proquesteur L. Sestius. Tantôt enfin, Brutus prend le titre d’imperator ; ces dernières sont frappées par ses lieutenants en Orient, avant la bataille de Philippes : P. Cornélius Lentulus Spinther, C. Flavius Hemicillus, Pedanius Costa, L. Plaetorius Cestianus, M. Servilius, et C. Servilius Casca.

Lieux de découverte (175 exemplaires)

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