Terpsichore
Muse de la Danse · Iconographie numismatique · République romaine
Dans la mythologie grecque, Terpsichore (en grec ancien Τερψιχόρη / Terpsikhórē, de τέρπω / térpô, « réjouir, charmer », et χορός / khorós, « chœur dansé ») est « celle qui se plaît à la danse » : la Muse de la Danse et du chœur. Fille de Zeus et de la Titanide Mnémosyne, elle est l'une des neuf Muses dont Hésiode donne le premier la liste (Théogonie, 77–79), chœur divin qui réjouit les dieux de l'Olympe par le chant et la danse, sous la conduite d'Apollon Musagète.
Dans l'iconographie, elle est le plus souvent figurée avec une lyre et un plectre : dans la choreia antique, c'est la lyre qui donne la cadence aux danseurs. Selon Apollonios de Rhodes, elle est la mère des Sirènes, qu'elle aurait eues du dieu-fleuve Achéloos — généalogie concurrente de celles qui donnent pour mère aux Sirènes Melpomène ou Calliope. Son nom a donné l'adjectif « terpsichoréen », qui qualifie tout ce qui touche à la danse.
Sur les monnaies de la République romaine, Terpsichore n'apparaît qu'une seule fois : au revers du denier RRC 410/7 du monétaire Quintus Pomponius Musa, vers 66 av. J.-C.

« À Terpsichore, les cigales font connaître ceux qui l'ont honorée dans les chœurs, et les lui rendent plus chers. »
— Platon, Phèdre, 259c · trad. LesDioscures

En 1774, des fouilles menées dans la villa dite de Cassius, près de Tivoli, mirent au jour un ensemble de statues de Muses et d'Apollon citharède. Acquises par le pape Pie VI, elles forment le cœur de la salle des Muses du Museo Pio-Clementino, aménagée spécialement pour les accueillir. Ces marbres sont des copies d'époque romaine d'un groupe hellénistique, et plusieurs ont été complétés ou dotés de têtes rapportées lors de leur restauration moderne.
Terpsichore y tient sa lyre, dans l'attitude calme d'une musicienne plutôt que d'une danseuse en mouvement : c'est la Muse qui mène le chœur. Réunies dans une villa privée, ces statues reflètent le goût de l'aristocratie romaine pour un décor « savant » où les Muses signalaient la culture du propriétaire.


Découverte en 1995 dans une villa romaine de Vichten (Luxembourg), cette mosaïque polychrome réunit les neuf Muses : au centre, Calliope en compagnie d'Homère ; tout autour, ses huit sœurs dans des panneaux octogonaux, chacune avec ses attributs. Terpsichore y est identifiable à sa lyre.
À la différence d'une statue isolée, la mosaïque replace Terpsichore dans son collège : la danse n'y est qu'une part d'un programme culturel complet, réunissant poésie, histoire, musique et science. Deux siècles et demi plus tôt, la série monétaire de Pomponius Musa avait déjà décliné ce même collège, Muse par Muse, sur le métal.

Sur la cuve de ce sarcophage, les neuf Muses se succèdent en frise, chacune reconnaissable à son attribut. Dans l'art funéraire romain, ce cortège exprime l'idéal d'une vie consacrée aux arts et au savoir : le défunt se place sous la protection des Muses, gage d'une renommée qui survit à la mort. Terpsichore y figure avec la lyre, comme sur les monnaies et la mosaïque — signe de la stabilité de son image à l'époque impériale.
Les attributs de Terpsichore traduisent l'union de la musique et de la danse dans la pensée antique. Ils forment un langage visuel immédiatement lisible pour un spectateur cultivé, qu'il s'agisse d'un amateur de sculptures, d'un visiteur de villa ornée de mosaïques ou d'un Romain tenant un denier de Pomponius Musa.
Sur le petit flan du denier, l'iconographie est épurée : la Muse se reconnaît à la lyre et au plectre, et le symbole d'avers — la tortue — en renforce la lecture musicale. La couronne de lierre parfois prêtée à Terpsichore dans l'art moderne n'est en revanche pas un attribut antique stable.
Terpsichore n'apparaît qu'une seule fois dans la numismatique de la République romaine : au revers du denier RRC 410/7, frappé à Rome par le monétaire Quintus Pomponius Musa. Crawford date la série de 66 av. J.-C. ; l'étude du trésor de Mesagne par Hersh et Walker (1984) a proposé de l'abaisser vers 56 av. J.-C.
Ce denier appartient à une série de dix types (RRC 410/1 à 410/10) : Hercule Musagète jouant de la lyre, puis chacune des neuf Muses avec ses attributs. Le monétaire y joue sur son cognomen, Musa : aucun autre magistrat de la République n'a consacré une série entière au collège des Muses.

| Variante | Symbole d'avers | Lyre au revers |
|---|---|---|
| RRC 410/7a | Tortue | Ronde |
| RRC 410/7b | « Fleur » | Carrée |
| RRC 410/7c | Tortue | — |
| RRC 410/7d | « Fleur » sur tige | Carrée |
L'avers commun de la série n'est pas Hercule, mais la tête laurée d'Apollon, conducteur du chœur des Muses ; un symbole placé derrière sa tête annonce la Muse du revers. Hercule n'apparaît qu'au revers du premier type de la série (RRC 410/1), en Hercules Musarum jouant de la lyre.
Terpsichore ou Érato ? L'identification de la Muse n'est pas unanime pour toutes les variantes. A. Banti (1980), reprenant une lecture déjà proposée au XIXe siècle par W. H. Smyth, puis P. Davis (2015) ont soutenu que le symbole lu « fleur » était en réalité un plectre, et que les exemplaires qui le portent représentent Érato ; seule la tortue désignerait sûrement Terpsichore. Babelon et Crawford, comme la plupart des catalogues actuels, conservent l'attribution à Terpsichore pour l'ensemble du type 410/7.
Le choix de Quintus Pomponius Musa est à la fois culturel et personnel : son cognomen Musa devient un programme iconographique complet. La présence de Terpsichore sur le métal romain témoigne de l'hellénisation profonde de l'aristocratie de la fin de la République, éprise de poésie, de musique et de philosophie grecques. Chaque type de la série est rare, et celui de Terpsichore ne fait pas exception.
La série frappée par Quintus Pomponius Musa compte dix types : Hercule Musagète (410/1), puis Calliope (410/2), Clio (410/3), Melpomène (410/4), Euterpe (410/5), Érato (410/6), Terpsichore (410/7), Uranie (410/8), Thalie (410/9) et Polymnie (410/10). Jamais un autre monétaire républicain n'a décliné ainsi tout un collège divin en une série cohérente.


On rapproche généralement ces types de l'aedes Herculis Musarum, le temple d'Hercule des Muses élevé à Rome par M. Fulvius Nobilior après la prise d'Ambracie (189 av. J.-C.), où il avait rapporté des statues des Muses ; le sanctuaire fut plus tard enserré dans le portique de L. Marcius Philippus (et non dans le portique d'Octavie). Que les revers reproduisent ou non fidèlement ces statues, la série rappelait à tout Romain un monument civique célèbre, tout en servant la renommée du monétaire.
Elle s'inscrit dans un contexte de forte hellénisation de l'élite romaine — bibliothèques privées, collections de sculptures grecques, cercles poétiques — dont Cicéron et Varron sont les témoins. Terpsichore y représente la choreia antique, l'union du chant, de la musique et du mouvement.
Hésiode ne prête encore aux Muses aucune spécialité : elles chantent et dansent ensemble. Le nom de Terpsichore — « qui se plaît au chœur » — l'oriente toutefois naturellement vers la danse, et Platon, dans le Phèdre, la fait déjà protectrice de ceux qui l'honorent par les chœurs. La répartition précise des domaines entre les neuf sœurs ne se fixe qu'à l'époque hellénistique et romaine, et varie encore d'un auteur à l'autre.

À l'époque moderne, Terpsichore devient l'emblème de la danse savante. Au XVIIIe siècle, les portraitistes font poser leurs modèles en Muse — ainsi Jean-Marc Nattier — et Haendel compose en 1734 un prologue intitulé Terpsichore, dansé à Londres par Marie Sallé. Au XXe siècle, dans Apollon musagète d'Igor Stravinsky (1928), chorégraphié notamment par George Balanchine, Apollon choisit Terpsichore parmi les Muses : la danse y est couronnée comme l'art qui réunit tous les autres.
Un astéroïde porte son nom — (81) Terpsichore, découvert en 1864. Et la figure antique conserve une actualité inattendue : une statuette hellénistique de Terpsichore provenant de Dodone, acquise en 2002 par un musée américain, a été restituée à la Grèce en 2024.
Terpsichore dans la numismatique républicaine
Les autres types de la série de Pomponius Musa (RRC 410)
Divinités liées
- Hésiode, Théogonie, 53–79 — naissance des neuf Muses, filles de Zeus et de Mnémosyne ; liste de leurs noms (77–79), sans encore de spécialité.
- Platon, Phèdre, 259b–d — le mythe des cigales, messagères des Muses ; Terpsichore et les chœurs.
- Apollonios de Rhodes, Argonautiques, IV, 895–896 — Terpsichore mère des Sirènes avec Achéloos.
- Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, IV, 7 — les Muses et l'étymologie de leurs noms.
- Pausanias, Description de la Grèce, IX, 29–31 — le mont Hélicon et le sanctuaire des Muses.
- Crawford, M.H., Roman Republican Coinage, Cambridge University Press, 1974 — RRC 410/7a–d (série de Q. Pomponius Musa, RRC 410/1–10).
- Ghey, E., Leins, I. & Crawford, M.H., A catalogue of the Roman Republican Coins in the British Museum, 2010 — 410.7.
- Babelon, E., Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine, 1885–1886 — gens Pomponia.
- Banti, A., article sur les deniers des Muses de Q. Pomponius Musa, Corpus Nummorum Romanorum, vol. 7, 1980 — attribution à Érato des exemplaires au symbole « plectre ».
- Davis, P., « Erato or Terpsichore? A Reassessment », dans Fides, American Numismatic Society, New York, 2015.
- Hersh, C. & Walker, A., « The Mesagne Hoard », ANS Museum Notes, 29, 1984 — chronologie basse des émissions des années 60–50 av. J.-C.
- Zehnacker, H., Moneta, École française de Rome, 1973 — iconographie des séries mythologiques républicaines.
- Sear, D.R., Roman Coins and their Values, vol. I, Spink, Londres, 2000 — n° 357–358.
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